L'informatique quantique : la véritable rupture technologique ?

 |   |  644  mots
L'informatique quantique est un sujet trop important pour être laissé aux seuls ingénieurs. Il est temps que les forces vives de l'écosystème numérique français et européen s'en saisissent.
L'informatique quantique est un sujet trop important pour être laissé aux seuls ingénieurs. Il est temps que les forces vives de l'écosystème numérique français et européen s'en saisissent. (Crédits : DR)
IDEE. L'informatique quantique pourrait se révéler une vague technologique plus puissante encore que l'intelligence artificielle et la blockchain. Par Nicolas Brien, CEO France Digitale et Benoît Darde, Directeur Associé, Wavestone.

2015 avait vu la déferlante du "bigdata", 2016 était submergé par "l'intelligence artificielle" et 2017 n'avait pu échapper à la "blockchain"... Chacune de ces vagues technologiques d'ampleur avait un mérite : attirer l'attention du grand public mais surtout celle des investisseurs institutionnels ! Parmi toutes ces avancées, l'informatique quantique pourrait bien se révéler être la plus puissante.

Cette technologie de rupture reste à ce jour méconnue, concentrée dans les mains de quelques "Big Tech", alors même que ses potentialités d'application paraissent massives. En augmentant et en accélérant la capacité de calcul, l'ordinateur quantique pourra, demain, transformer de nombreux pans de nos économies : banques, laboratoires pharmaceutiques et transports seront les premiers touchés. La cryptographie, l'intelligence artificielle ou encore la modélisation du vivant connaîtront une accélération.

Bouleverser la compréhension du vivant et la cybersécurité

Cette vague technologique a le potentiel de briser trois totems : la barrière entre sciences du vivant et du digital ; la notion-même de cybersécurité ; le droit de la concurrence tel que nous le connaissons. La révolution numérique a reconfiguré la concurrence internationale avec le principe du "winner takes all". L'intelligence artificielle a depuis contribué à démultiplier les effets de réseau. L'informatique quantique a la capacité de dramatiquement renforcer les phénomènes de concentration. Seule une poignée de géants technologiques a aujourd'hui les moyens humains et financiers pour développer des capacités et en tirer des applications commerciales.

Alors même que les laboratoires pharmaceutiques auront à disposition une puissance de calcul sans précédent pour réduire la durée des essais cliniques et de mise sur le marché de nouvelles molécules, une rivalité s'installera entre Big Pharma et Big Tech, qui de leur côté pourront enfin utiliser les masses de données de santé accumulées au service de la modélisation du vivant. L'informatique quantique peut devenir la technologie qui gommera encore un peu plus les frontières entre le digital et les sciences du vivant. La gouvernance des Big Pharma se prépare à un véritable choc. Avec l'informatique quantique, les fonctions de "Chief Medical Officer" et de "Chief Digital Officer" fusionneront.

La décennie qui s'achève a vu une explosion du nombre, de la fréquence et de l'intensité des cyberattaques dans le monde, notamment du fait de l'intelligence artificielle. En augmentant et en accélérant la capacité de calcul, l'ordinateur quantique donnera dans un premier temps un avantage certain aux grands groupes qui auront fait l'effort financier de se doter de capacités défensives. Une fois l'informatique quantique démocratisé, les premières applications "offensives" de cette technologie intensifieront comme jamais la compétition dans le cyberespace.

Nécessité d'une stratégie nationale ambitieuse

La compétition mondiale pour le contrôle de la technologie quantique s'engage. L'Europe peine à exister comme un ensemble cohérent, face aux investissements colossaux des États-Unis (1,3 milliards de dollars) et de la Chine (2 milliards de dollars). Le continent n'a pas décliné une véritable « stratégie quantique » pour mobiliser les laboratoires de recherche, les startups, les grands groupes, les investisseurs et gouvernements.

Avec une vingtaine de startups pionnières de l'informatique quantique, des centres de recherche d'excellence et des grands groupes industriels comme Airbus, Thalès et Atos, qui investissent dans les applications de cette technologie, la France peut être un moteur de cette stratégie. Pour cela, des investissements importants, publics et privés, doivent être mobilisés dans le cadre du prochain budget européen pour permettre l'éclosion de startups quantiques.

Face à ces constats, il apparaît évident que l'informatique quantique est un sujet trop important pour être laissé aux seuls ingénieurs. Il est temps que les forces vives de l'écosystème numérique français et européen s'en saisissent.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 01/11/2019 à 18:31 :
La conclusion de l’article est une évidence : l’union fait la force , si seulement les intentions sont nobles et humbles et dans l’intérêt de «  l’humanité «  et non de «  quelques privilégiés « .

Cordialement,
a écrit le 31/10/2019 à 9:20 :
En route pour un monde déshumanisé où la place des humains sera soumise aux machines. Rêves d'immortalité pour certains qui entrevoient dans cette technologie des prouesses medicales ?...un cauchemar sur une Terre défigurée, ravagée, polluée...par toutes les technologies. Non sens.
a écrit le 31/10/2019 à 9:17 :
"L'Europe peine à exister comme un ensemble cohérent"

ET si ce n'était que dans ce domaine encore...

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :