La France a rendez-vous avec l'Océan (Annick Girardin, ministre de la mer)

OPINION. Alors que l'exploration des fonds marins constituent l'un des dix objectifs stratégiques mis en avant par Emmanuel Macron dans la présentation de son plan d'investissement pour préparer la France de 2030, Annick Girardin, ministre de la mer depuis 2020,détaille dans La Tribune les enjeux de cette décision et les défis à relever.

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(Crédits : Charles Platiau)

Le 12 octobre, le président de la République a fait appel à notre esprit pionnier pour se lancer dans la grande aventure de l'exploration des fonds marins et en a fait l'un des dix grands objectifs du grand plan d'investissement France 2030.Les océans restent en effet largement méconnus. La profondeur de l'ensemble des océans n'est connue de façon précise que sur à peine le dixième de leur superficie.

L'exploration du fond des océans est indispensable, les applications concrètes de cette recherche sont essentielles pour répondre aux grands défis environnementaux du XXIe siècle : suivi de l'évolution de la température et de la circulation des eaux profondes sous l'effet du changement climatique, observation d'un volcan sous-marin apparu au large de Mayotte, surveillance de l'état des aires marines protégées, compréhension du fonctionnement des écosystèmes profonds et découverte de formes de vie inconnues, etc.

La connaissance des grands fonds marins est également fondamentale pour évaluer les conséquences d'une éventuelle exploitation des ressources en métaux. La stratégie nationale d'exploration et d'exploitation de ces ressources minérales, adoptée en 2019, est très claire : la condition première est la maîtrise de l'impact environnemental. Il n'y a pas de politique responsable d'usage de la mer et de ses ressources sans connaissance. C'est vrai pour la pêche comme pour les éoliennes en mer. Ça l'est également pour les grands fonds.

Une exploitation de profonde de l'espace maritime

Plus de 98% des flux de données numériques entre les continents transitent par des câbles situés au fond des océans. Les câbliers français sont au premier rang mondial pour leur installation. Cette activité aussi nécessite une connaissance précise des fonds marins. Ces espaces sont mal connus parce qu'ils sont difficiles d'accès. La profondeur moyenne des océans est supérieure à 3.500 mètres. La pression y est 350 fois supérieure à la pression atmosphérique, la température de quelques degrés seulement et l'obscurité totale.

L'accélération du progrès des engins d'exploration autonomes annonce une rupture : drones naviguant en surface ou sous-marins, essaims de planeurs ou de bouées plongeant de la surface dans les couches profondes de l'océan, sont autant de technologies dont la France, deuxième espace maritime au monde, ne peut se passer.

Sur le plan industriel, des pays comme la Norvège ou les États-Unis détiennent des parts importantes du marché des nouveaux engins autonomes pour l'exploration des fonds marins. Leur industrie s'appuie sur des programmes importants d'exploration et de caractérisation de leur zone économique exclusive, comme le font aussi l'Irlande et le Portugal. D'autres pays, comme la Chine, le Japon, ou plus récemment l'Inde ont lancé des plans de développement des technologies robotiques pour l'observation de l'océan et l'exploration des fonds marins.

Dans ce grand mouvement, l'exercice de nos responsabilités sur un vaste espace maritime impose une exploration souveraine de nos fonds marins... mais il a pourtant fallu recourir à des systèmes étrangers pour retrouver en 2019 l'épave du sous-marin Minerve, disparu en 1968. Nous devons par conséquent accroître notre capacité à explorer notre espace sous-marin, avec un triple objectif : connaître, protéger, gérer ces espaces. Ne nous le cachons pas : les progrès des engins autonomes font qu'ils pourraient être utilisés par d'autres dans nos eaux si nous n'y sommes pas présents.

Heureusement, la capacité d'innovation de nos entreprises et laboratoires peut nous placer au premier rang dans l'exploration des fonds marins. Un espace considérable s'ouvre pour nos talents en matière de technologie, de robotique, d'intelligence artificielle, d'ingénierie de systèmes complexes, de big data.

Dès 2022, France 2030 sera un levier puissant pour renforcer la synergie entre ingénieurs, techniciens, scientifiques et « marins des abysses », avec le développement d'engins autonomes innovants, la recherche de nouvelles solutions aux défis techniques de l'exploration des grands fonds et l'exploration de régions prioritaires.

Les Français ont rendez-vous avec l'Océan.

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Commentaires 2
à écrit le 06/12/2021 à 16:05
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Tandis que nous venons de céder CGG (Compagnie Générale de Géophysique) et l'offshore et les navires de Technip (création de l'IFPEN) aux américains. Bravo les artistes, patrons et élus, bien trop payés, qui vendent notre Nation à la découpe. Du gr...

à écrit le 06/12/2021 à 8:37
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Hé les LREM ont du apprendre à faire de la plongée sous marine lors de leurs dernières vacances ! C'est tirer une nouvelle fois à côté de la cible tandis que nous devrions maximiser la construction de parcs éoliens partout là où se trouve notre espac...

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