La mort du projet européen à la française

Olivier Passet, Xerfi

olivier passet xerfi
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Voici deux décennies que la France porte avec une certaine constance un projet de réforme économique de l'Europe, qui demeure lettre morte.
Ce projet dans sa formulation de façade repose sur un postulat principal. L'édifice monétaire doit être complété d'un volet budgétaire pour que la zone euro fonctionne de façon harmonieuse. Un budget qui aurait trois fonctions principales :
Le deuxième axe, c'est de limiter la concurrence fiscale et sociale. Par une harmonisation de la fiscalité et des droits sociaux sur l'espace économique européen (instauration de salaires minimums européen, au pluriel, proposition de bouclier social). Le troisième axe, c'est de porter un projet de croissance, aujourd'hui verte, en assouplissant le carcan des règles budgétaires, en permettant notamment l'émission de titres de dettes européens, les Eurobonds, qui permettrait de mutualiser une partie des risques.
Aucun des trois derniers présidents français n'a réussi à infléchir les positions allemandes en la matière. Sur le sujet emblématique de la mutualisation de la dette, Nicolas Sarkozy avait essuyé un refus sans appel de l'Allemagne en août 2011. François Hollande, de son côté, a très rapidement lâché prise face au mur Merkel-Schauble dans son projet d'insertion d'un volet croissance dans le pacte de stabilité. Emmanuel Macron déchante lui aussi à son tour, alors même qu'il avait déclaré au début de son mandat que la croissance était avant tout une affaire européenne. Il pensait infléchir l'intransigeance allemande en posant pour préalable la réalisation de réformes à la Schröder en France.
Or sa voix ne porte pas plus que celle de ses prédécesseurs. Sa tribune de mars, « pour une renaissance européenne », a eu pour réplique immédiate la réponse cinglante de la nouvelle patronne de la CDU allemande : « le centralisme européen, l'étatisme européen, la mutualisation des dettes, l'européanisation des systèmes sociaux et du salaire minimum seraient la mauvaise voie ». Et la voix française trouve encore moins du côté des gouvernements populistes, avant tout préoccupés de renforcer le degré de liberté au plan national face au trop d'Europe. La France tente ainsi d'avancer sur les questions sur lesquelles elle peut trouver un écho favorable en Allemagne : les questions de sécurité, de défense, et l'assouplissement des règles de concurrence pour faire émerger des champions européens.
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Et le nouveau parlement issu des élections de juin ferme toujours plus le jeu pour la France. L'Europe sociale et budgétaire est la grande perdante du scrutin. Même si plusieurs jeux d'alliances peuvent faire émerger des majorités au sein du nouveau parlement, il est clair que politiquement la ligne budgétaire et sociale française sort très affaiblie du scrutin. Même en mettant bout à bout la part des représentants des courants sociaux-démocrates, de la gauche plus radicale et des écologistes (loin d'être unanimes sur la question du budget), ces derniers représentent 1/3 de l'assemblée. Et si le nouveau positionnement français en pointe sur l'écologie peut sembler pouvoir trouver un écho au parlement, tant la thématique écologique traverse l'ensemble des courants. C'est une fausse apparence. La vision française, très axée sur l'investissement massif et accéléré, armé par le budget européen et une banque du climat, n'a que très peu de relais dans les différents partis qui composent le parlement.
Ce n'est pas pour rien que la France place aujourd'hui ses propositions sécuritaires et militaires en tête de gondole de ses propositions, et qu'elle appuie sur les thématiques de la protection des investissements stratégiques et de l'amendement des règles de concurrence en faveur d'une concentration des entreprises européennes. Car oui, effectivement sur ces terrains défensifs, il y a un vrai relais politique en Europe.
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Olivier Passet, Xerfi