J'écris aujourd'hui non pas seulement en tant qu'ancien ministre, mais en tant que fils du Liban, en tant que Libanais qui, comme des millions d'autres, ressent dans sa chair l'agonie d'un pays qui survit à peine. Un pays qui, au fil des années, s'est retrouvé à dépendre d'aides internationales, essentielles, oui, mais trop souvent dérisoires au regard des ravages que nous vivons. Cette aide d'urgence, obtenue lors du dernier sommet international pour le Liban à Paris, compte, bien sûr. Mais peut-on vraiment se contenter de ces gestes ponctuels ? De la survie quand c'est de vie que nous avons besoin ?
Aujourd'hui, le Liban est au bord du gouffre. Depuis 2019, chaque Libanais a vu s'accumuler des drames sans fin : l'effondrement bancaire, l'explosion du port de Beyrouth, une pandémie qui a étouffé nos hôpitaux, un système politique en déliquescence. La richesse de notre diversité culturelle et religieuse, jadis notre fierté, risque de devenir le symbole d'une société éclatée. À force de naviguer en eaux troubles, notre modèle unique de coexistence est en péril, comme étouffé par les conflits qui gangrènent notre région.
Les tensions régionales, de plus en plus violentes, infiltrent nos frontières, fragilisant chaque jour un peu plus notre unité nationale. Notre armée, l'un des boucliers de notre souveraineté, se retrouve sans les moyens nécessaires pour protéger le pays. Des groupes armés échappant au contrôle de l'État en profitent pour faire du Liban un champ de bataille. Et tandis que ces affrontements laissent des traces dans nos villes et nos villages, des millions de Libanais se retrouvent délogés, étrangers chez eux. Deux millions de réfugiés syriens, eux aussi, cherchent refuge ici, sur un territoire qui ne peut plus répondre à cette urgence sans renforts substantiels. Le Liban n'a plus le luxe d'attendre. Nous devons imposer un cessez-le-feu immédiat, obtenir une aide humanitaire en rapport avec l'ampleur réelle de la catastrophe.