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Le nouveau Parlement européen est confronté à une crise existentielle

Nick Clegg

Publié le 27 juin 2024 à 05:12 - Mis à jour le 27 juin 2024 à 05:24

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Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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OPINION. Les citoyens européens ont voté. Un nouveau Parlement a été élu. Les candidats au poste de président de la Commission européenne et à la nouvelle liste de commissaires s'affrontent. Certains anciens pourraient revenir, d'autres jeunes loups espèrent se faire une place. Mais ce n'est pas quelque chose d'habituel pour Bruxelles. Par Nick Clegg, Président en charge des affaires internationales de Meta

Peu importe qui occupera les sièges à la fin des discussions, la tâche dont ils hériteront est existentielle. Il y a trente ans, l'Europe représentait environ un quart du PIB mondial. Aujourd'hui, nous avons pris du retard. Le PIB par habitant dans l'UE est la moitié de celui des États-Unis, soit environ 40 000 dollars par Européen contre 80 000 dollars par Américain.

Aucune des dix premières entreprises mondiales n'est européenne. Aucune des douze licornes les plus importantes (startup évaluées à 1 milliard de dollars ou plus) n'est européenne. Parmi les 50 premières entreprises européennes, aucune n'a été créée au cours des 30 dernières années.

Nos entreprises se développent plus lentement, affichent des rendements plus faibles et sont à la traîne par rapport à leurs homologues en matière de recherche et de développement, même dans des secteurs traditionnellement forts en Europe comme l'automobile et l'industrie manufacturière. L'année dernière, une seule des dix premières marques de véhicules électriques aux États-Unis était européenne. Quatre fois plus d'usines de semi-conducteurs sont prévues en Chine qu'en Europe.

Malheureusement, l'UE n'est plus un terrain fertile pour l'innovation et les entreprises de classe mondiale. Comme l'ont déclaré sans ambages Emmanuel Macron et Olaf Scholz : "notre Europe est mortelle". Selon eux, l'Europe vit son "Zeitenwende", un tournant historique. Mais il reste à savoir de quel côté elle se trouve.

L'ère de l'IA générative offre la possibilité de changer l'histoire. Ces puissantes technologies pourraient donner un coup de pouce massif au moment où nous en avons le plus besoin. Goldman Sachs estime que l'IA générative pourrait accroître le PIB mondial de 7 % au cours de la prochaine décennie.

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L'Europe est pionnière en matière de réglementation des technologies - comme le montrent le RGPD, le DMA, le DSA et l'AI Act - mais elle n'est pas encore à l'avant-garde et ne déploie pas elle-même les technologies à grande échelle. La complexité réglementaire de l'Europe et le patchwork de lois en vigueur dans les différents États membres font que les entreprises hésitent souvent à y déployer de nouveaux produits. Meta, Google et d'autres ont retardé le déploiement de leurs assistants d'intelligence artificielle ici, et même les entreprises européennes à succès telles que Volkswagen partent de plus en plus produire et lancer leurs produits d'intelligence artificielle aux États-Unis. Avec l'adoption rapide de l'IA aux États-Unis et en Chine, le fossé entre ces superpuissances et l'UE se creuse.

Comment l'Europe peut-elle changer de cap ? L'infrastructure sous-jacente des modèles de fondation d'IA est extrêmement coûteuse. Mais le déploiement et la personnalisation des modèles d'IA, en particulier des modèles open source, permettront aux entreprises, aux startup et aux chercheurs européens d'accéder à des outils qu'ils n'auraient pas été en mesure de développer eux-mêmes. Grâce au secteur universitaire européen de grande qualité qui produit les meilleurs talents et à notre grande capacité de recherche et de développement, nous pourrions devenir un leader mondial dans la couche d'applications de l'IA - en créant les applications et les services par lesquels les gens font l'expérience de cette nouvelle technologie puissante.

L'Europe n'exploite pas son principal atout : son marché unique de 450 millions de consommateurs. Les dirigeants européens ont déclaré à plusieurs reprises que l'un de leurs principaux objectifs était que l'Europe rivalise avec les États-Unis et la Chine dans le domaine de la technologie. Ils souhaitent ardemment que la prochaine Silicon Valley voie le jour sur le sol européen. Je partage cette ambition. En tant qu'Européen et fier de l'être, j'aimerais voir le prochain Meta, Alibaba ou Google émerger sur le continent européen. Nous disposons de tous les ingrédients nécessaires : un vaste marché de consommation, de grandes universités, les meilleurs talents et une tradition d'expérimentation et d'innovation.

Mais malgré tout l'activisme réglementaire - 77 nouveaux textes législatifs européens sur le numérique ont été adoptés depuis 2019 - nous avons été freinés par notre incapacité à achever correctement le marché unique numérique. Il est frappant, par exemple, qu'une startup numérique à Amsterdam doive encore naviguer entre 27 lois différentes sur la propriété intellectuelle, échanger avec autant d'autorités de protection des données, tenir compte de nombreuses règles pour l'octroi de licences de contenu, et bien d'autres sujets avant de pouvoir se déployer sur tout le continent.

Dans les années 1990, lorsque je n'étais qu'un jeune homme à Bruxelles, le marché unique suscitait un grand optimisme. J'ai étudié au Collège d'Europe et suis devenu fonctionnaire à la Commission à l'apogée de la mondialisation et de l'intégration européenne. Le mur de Berlin était tombé, l'Acte unique européen était mis en place, le traité de Maastricht était tout juste sorti des presses et l'OMC était en marche. J'étais alors député européen à la fin des années 1990 et au début des années 2000, lorsque le monde semblait se rapprocher et que l'UE - cette expérience remarquable de coopération, d'ouverture et de force du nombre - était le symbole de cet optimisme.

Cette époque semble bien lointaine aujourd'hui. La crise financière de 2008 a brisé les reins de la mondialisation. Un nuage d'introspection s'est abattu sur l'Europe alors que les gouvernements, accablés par d'énormes déficits et séduits par les populistes anti-establishment de gauche et de droite, donnaient la priorité aux questions de souveraineté nationale plutôt qu'à l'effort commun. Aucun pays n'a tourné le dos au projet européen de manière aussi catégorique que mon propre pays, le Royaume-Uni. Les architectes du marché unique - et notamment son maître d'œuvre britannique Lord Cockfield - se retourneraient dans leur tombe s'ils voyaient à quel point ce marché n'apporte pas la prospérité dont les Européens ont besoin aujourd'hui. Au contraire, l'UE est de plus en plus controversée et fragmentée, avec des régulateurs et des décideurs politiques qui tirent dans des directions différentes. Il n'est pas étonnant que tant d'électeurs, en particulier les jeunes, soutiennent les populistes qui promettent de bousculer le statu quo.

Je crois que nous pouvons retrouver cet optimisme. Nos nouveaux parlementaires et commissaires ont la lourde tâche d'inverser le déclin économique de l'Europe. Ce ne sera pas facile, mais c'est possible. Nous devons simplement jouer sur nos points forts. Le marché unique est le plus grand atout de l'Europe, mais il n'est pas complet. Il faut terminer le travail. Éviter les réglementations fragmentées. Adopter une approche ouverte du développement de l'IA. Enfin, laissons la créativité, l'ingéniosité et l'esprit d'entreprise européens ramener l'optimisme dont nous avons tous besoin.

Nick Clegg

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