Le nucléaire français  : fantasmes et réalités

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(Crédits : CC / Pixabay)
Le nucléaire n'a pas bonne presse en France, mais la diabolisation de cette énergie manque d'arguments rationnels. Par Donald Berquez, Ingénieur en génie Atomique, membre du du bureau énergie du Collectif STA (Science Technologie Actions).

Le livre « Nucléaire : une catastrophe Française » (éd. Fayard) de Erwan Benezet, journaliste au Parisien-Aujourd'hui en France, vient d'être publié. Un pamphlet anti-nucléaire de plus, l'époque est à cela, destiné à la diabolisation de cette source d'énergie et à créer la peur chez nos compatriotes. Etre anti-nucléaire est tellement facile, pas besoin d'avoir à se justifier avec des arguments rationnels, pas besoin d'analyses ni de preuves scientifiques, les incantations, titres accrocheurs et omissions suffisent.

Sans lasser le lecteur, voici néanmoins quelques points qu'il faut savoir. La lutte contre le réchauffement climatique, qui devrait constituer la seule réelle ambition de la transition énergétique, est régulièrement occultée par le seul objectif de réduire la part du nucléaire dans la production d'électricité. Alors que c'est la France qui rejette le moins de CO2 par habitant parmi les pays du G7, le fait que l'électricité nucléaire soit décarbonée, et donc contribue significativement à la lutte contre le réchauffement climatique, est ignoré par la majorité des Français.

Le retard de l'EPR

Certes, les EPR de Flamanville et finlandais ont connu des difficultés de délai de réalisation et de dépassement des coûts, mais comme toutes les réalisations industrielles tête de série, ainsi l'Airbus A 380, le tunnel sous la manche et d'autres encore. Une partie de ces difficultés venait du fait que depuis 20 ans, aucun réacteur nucléaire n'a été démarré en France et donc que le savoir-faire n'a pu se transmettre convenablement. Personne n'a parlé, en France, du fait que les EPR chinois, construits par la Chine et la France, sont, eux, à l'heure et l'un d'entre eux fonctionne déjà à sa pleine puissance, démonstration de la faisabilité du réacteur...

Le stockage profond des déchets est la meilleure solution

La question du stockage définitif des déchets a une solution opérationnelle et elle est en cours d'examen par l'Autorité de sûreté : le stockage géologique profond dans une couche d'argile de 150 m d'épaisseur. Cette solution sera, de plus, réversible pendant 100 ans, permettant à nos descendants de l'améliorer s'ils le souhaitent. La voie retenue permet ainsi de ne pas laisser « la patate chaude » à d'autres et est donc parfaitement éthique.

Le mythe du nuage de Tchernobyl

La partie dédiée à Tchernobyl présente une vision bien plus catastrophique que la réalité. L'éternel débat autour de la position française de ne pas créer d'interdictions de consommation d'aliments est de nouveau cité par l'auteur, alors que l'on sait maintenant que la position des autorités allemandes et suisses d'instaurer des interdictions temporaires de consommation étaient liées à la période de campagne électorale que ces pays traversaient alors.

Fukushima

En ce qui concerne Fukushima, il s'agit là d'un cas flagrant du manque de pouvoir de l'autorité de sûreté japonaise, qui avait demandé la création d'un mur de protection contre les raz-de-marée beaucoup plus important que celui existant, ce que l'exploitant n'a pas réalisé. Il est reconnu maintenant la collusion entre certaines agences gouvernementales et l'exploitant de la centrale. A la suite de cet accident, il faut souligner que de nombreuses études suivies de réalisations concrètes sont actuellement en cours.

Les renouvelables ne sont pas moins chères

Enfin, l'éternelle rengaine sur les coûts comparés de l'éolien et du solaire par rapport au nucléaire nous est resservie. Quelques chiffres : le coût du nucléaire en exploitation en France est de 32 euros/MWh, le prix du marché de gros en Europe environ 40 euros/MWh, d'où l'intérêt de continuer l'exploitation des centrales actuelles. Le coût de l'éolien (2016) est 82 euros/MWh, auquel il convient de rajouter le coût des réseaux supplémentaires à construire et le coût de son intermittence (rappelons que son facteur de charge n'est que de 23%), soient des coûts supplémentaires estimés à 45 euros/MWh. Il faut en effet comparer ce qui est comparable, à savoir une énergie fiable 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, qui répond à la demande contrairement aux énergies éolienne et solaire qui, elles, suivent la météo.

Une énergie toujours bien subventionnée

Rappelons que si ces énergies renouvelables (éolien et photo voltaïque) étaient si économiques financièrement, il n'y aurait pas besoin de les soutenir encore à la hauteur vertigineuse actuelle de 7 Mds euros/an, financées par un prélèvement sur la TIPC (taxe sur les carburants pétroliers) à hauteur de 40% de la part de l'état. A l'heure où le prix des carburants pétroliers fait débat, il est bon de s'en rappeler.

Pour conclure, ne nous trompons pas dans nos choix futurs, regardons l'Allemagne qui relâche deux fois plus de CO2 par habitant que la France, dû au fait que sa production électrique est majoritairement à base de charbon et que ceci n'a absolument pas diminué avec l'abandon du nucléaire. En effet substituer une énergie décarbonée à une autre énergie décarbonée n'a jamais fait diminuer la quantité de CO2 relâchée. Il nous faut plus d'électricité pour des usages permettant de réduire la consommation de gaz (pour le chauffage) et de pétrole (pour les transports) et pour cela, a minima, garder notre électricité nucléaire au niveau actuel.

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Commentaires
a écrit le 26/11/2018 à 10:03 :
Bon article! si nous voulons pérenniser une énergie de masse décarbonée il faudra accepter le nucléaire. Cette énergie doit se développer dans le cadre de la puissance publique et sous le contrôle d'une Autorité de Sureté indépendante comme c'est actuellement le cas.
a écrit le 24/11/2018 à 19:18 :
Tout est dit !
a écrit le 22/11/2018 à 3:24 :
Sujet polémique s'il en est !

Evidemment que l'auteur est pro-nucléaire tout comme ses détracteurs sont anti : bon soit ... et si on passait au-delà de ce postulat de base ?

Les faits :
- nous sommes à un tournant dans notre mode de gestion et de (sur)exploitation de la planète
- le dérèglement climatique est là (terme que je préfère au "réchauffement climatique", car peu de gens comprennent que des hivers locallement plus froids et intenses sont aussi une conséquence d'un réchauffement global, par contre dérèglement je trouve que cela parle à tout le monde) et le GIEC ne nous donne que 15 ou 20 ans pour réagir : après les réfugiés climatiques se compteront par milions
- notre consommation d'énergie ne risque pas de baisser à court terme : certe il faut pousser les programmes d'efficacité énergétique, la sobriété energétique ... mais cela ne fera que compenser au mieux les hausses dues à l'augmentation du niveau de vie dans les pays émergents, l'augmentation de la population mondiale, les nouveaux besoins (informatique : qui sait que le moindre e-mail ou la création d'un bitcoin consomme beaucoup d'électricité ?, l'émergence du véhicule électrique ...)
- la consommation d'énergie est directement liée à l'espérance de vie et au niveau de vie
- on ne peut pas se dire qu'on vivra, travaillera, se soignera, se déplacera, s'instruira ... quand le vent ou le soleil le permettront : l'energie doit être disponible, en quantité, qualité, sûre et compétitive à tout moment

Partant de ces constats, évidemment le nucléaire n'est absolument pas parfait en ce qu'il génère des déchets dont on se passerait bien volontiers, et comporte intrinsèquement un risque de sûreté qu'il faut maîtriser ... mais il apporte une solution de moyen terme évidente à ce "tournant" des prochaines décennies. Non générateur de gaz à effet de serre, puissant et stable à tout instant, très peu impacté par les coûts du combustible ... il est le complément idéal des ENR, qui ont un rôle à jouer évidemment (source d'energie gratuite et inépuisable) mais ne peuvent constituer une solution unique de l'équation.

LA solution est je l'espère la fusion : là aussi source inépuisable, puissance énorme et continue, et pas de déchets ! La communauté internationale y travaille (ITER) : les défis technologiques sont vertigineux, et on en a probalement pour 40 à 50 ans avant le déploiement commercial. Une centrale nucléaire actuelle à fission a une durée de vie de 60 ans !

A bon entendeur ...
a écrit le 21/11/2018 à 17:27 :
Bravo pour cet article pertinent et courageux.
Le nucléaire n'est pas une solution miracle sans inconvénients, c'est un élément de solution qui comporte plus d'avantages que d'inconvénients , son développement est fondamental pour le bien être futur : les renouvelables et l'efficacité énergétique ne pouvant suffire, le nucléaire permettra de moins manquer d'énergie en recourant moins aux énergies fossiles. Ces dernières sont responsables de plusieurs millions de décès prématurés chaque année à cause de la pollution, c'est à dire que que les fossiles font, en nombre de morts, des centaines de Tchernobyl chaque année, sans même parler des conséquences du réchauffement climatique.
a écrit le 21/11/2018 à 9:40 :
Cet article est juste l'exact opposé du livre contre lequel il s'insurge. Avec des arguments tout aussi peu crédibles.
Le Mythe du Nuage de Tchernobyl, la valeur du coût de revient du MWh nucléaire à 32€... Effectivement, comme indiqué dans un autre commentaire tout y passe : on ne peut qu'en rire tellement c'est caricatural et partiel par rapport à la vraie problématique que le nucléaire pose.
A mon sens, cela ne fait que démontrer que l'Homme, pour aussi intelligent qu'il puisse être, ne sait pas très majoritairement pas vraiment réfléchir autrement qu'à l'horizon de son intérêt personnel du moment. C'est dommage.

Je me permets de citer un autre livre sur ce problème, livre bien plus posé : La Comédie Atomique d'Yves Lenoir paru en 2016.
Réponse de le 23/11/2018 à 21:18 :
Nous ne sommes absolu plus sur l’echelle Temps dont vous parler . Le Giec nous donne 2 ans pour réagir, ensuite l’emballe Sera incontrôlable.
Antonio Gutierrez Le Directeur de l’ONU a confirmé son inquiétude extrême dès ses très courtes échéances. Pourquoi laisser croire que l’energie Nucléaire reste viable quand nous ignorons Sur combien de degrés supplémentaires seront les canicules des 10 prochaines années, l’etat De nos rivières. Le Lac d’Annecy cet automne, les inondations du printemps, les épisodes méditerranéens de l’aude... comment pouvez-vous vous portez garant qu’il n’y aura jamais de glissement de terrain, de rupture de barrage hydraulique dans ke perimetre des 58 centrales nucléaires françaises ? Le déréglément est planétaire et exponentiel. Nous ne l’arreterons Pas, nous pourrons à peine le contenir. Dès hypothèses soutenues par la NASA évaluent à 4 degrés le réchauffement moyens d’où la fonte du permafrost qui serait calamiteuse et probablement la fin de l’humanité. Votre bonhomie est non seulement irresponsable, elle est effrayante.
Réponse de le 26/11/2018 à 10:13 :
Méfions nous de tout ce qui est excessif: le temps de l'humanité n'est pas le temps géologique, il y a 6000 ans seulement le Sahara était un marécage..Maintenant je suis tout à fait en accord avec l'idée qu'il faut réduire les pollutions aujourd'hui très importantes et je m'étonnes que jamais nous ne citions la guerre comme source majeure de pollution.
a écrit le 20/11/2018 à 19:03 :
Il fallait oser ...
pas un seul argument ne tiens la route
1.Le retard de l'EPR : ca compte pas c'était pour du beurre on n'avait pas vraiment commencé ....
2.Le stockage profond des déchets est bien la meilleure solution ; une solution dont l'auteur lui même dit qu'elle est en cours d'étude donc pas une solution
3.Le mythe du nuage de Tchernobyl : on se demande ce que vient faire la campagne allemande
4.Fukushima : Lauvergeon nous a fait un matin sur France Inter ou France Culture le coup des Russes qui buvaient de la Vodka plutot que de s'occuper de la centrale pour expliquer Tchernobyl. là on nous sert le coup des petits Gnakwé incapablent de dimensionner un mur de béton . par ailleurs la collusion entre organisme de surveillance et groupe privée c'est déja arrivé en France aussi (Servier ...)
5 Non, les renouvelables ne sont pas moins chers : et les coûts cachées du nucléaires
6 Une énergie toujours bien subventionné : une assureur en dernier ressort qui est l'Etat français et donc le contribuable, ce n'est pas une belle subvention ??
a écrit le 20/11/2018 à 15:07 :
Interessant, tout est dit ou presque ...
Retards EPR, déchets radioactifs, Tchernobyl, Fukushima
Et pour le futur:
un prix de 104 E/Mwh a Hinkley point, les milliards payés pour renflouer EDF et Areva debut 2018, le gouffre financier et l'impasse technique du reacteur Astrid (successeur de Super-Phoenix), les surcouts encore a venir de Flamanville (soudures et couvercle cuve)!
A chacun de se faire son idée sur la question! (L'Espagne vient d'annoncer sa sortie du Nucleaire)
a écrit le 20/11/2018 à 14:47 :
Commencer un article en critiquant un pamphlet anti-nucléaire et argumenter avec des arguments dignes des pamphlets anti-EnR, il fallait le faire...

Qu'en dit l'auteur sur la confusion volontaire et patente entre énergies "décarbonées" et "renouvelables"? N'oublions pas que le terme d'énergie décarbonée a été introduit par les partisans pro-nucléaires car le nucléaire n'est pas une énergie renouvelable et qui plus est non locale (d'où est extrait l'uranium?)

Enfin, donner des leçons sur le véritable coût de l'énergie pour ensuite comparer le coût du nucléaire historique (les coûts et niveau de sécurité des années 60 ne sont pas ceux avec de nouvelles énergies installées c'est le pompon. A l'heure d'un tournant majeur pour notre société, il serait plus sérieux de comparer le coût des énergies que l'on installerait demain : quel est le prix négocié pour l'EPR d'Hinkley Point? Bien plus cher que les autres énergies.

Aucune énergie n'est parfaite, sinon nous n'aurions pas ce débat. un peu d'objectivité SVP!
Réponse de le 20/11/2018 à 18:09 :
Aucune énergie n'est parfaite, les renouvelables ont pour inconvénient majeur leur intermittence (sauf les barrages) - avec un risque majeur sur notre économie et notre mode de vie.
Les fossiles les émissions de cO2, avec un risque majeur pour la planêtte.
Le nucléaire, un risque majeur dans les 50 kms autour d'une centrale.

Au global, c'est le moins pire.
Réponse de le 20/11/2018 à 18:21 :
"quel est le prix négocié pour l'EPR d'Hinkley Point? Bien plus cher que les autres énergies." raisonnement douteux ! Quel sera le prix des autres énergies (tenant compte l'intermittance) Apparemment le Royaume Uni a accepté un prix qui satisfait aussi le fabricant .... Pourquoi donnez vous votre avis sur une négociation entre vendeur et acheteur ?
Réponse de le 21/11/2018 à 9:31 :
@FakeNews : Dire que les barrage ne sont pas intermittents démontre que vous ne connaissez pas grand chose de la production hydraulique... La production hydraulique non intermittente ne peut être réalisée que par les centrales dites au fil de l'eau (ou de basse chute) comme celles installées le long du Rhone. Ou bien encore par des centrales de haute chute non dépendantes d'un barrage (ce qui réduit drastiquement les capacités de production)

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