Le renouveau vert de l'activité industrielle des ports européens

 |   |  617  mots
Paul Tourret.
Paul Tourret. (Crédits : DR)
A l'occasion de la 16e conférence mondiale des villes et des ports, qui se tiendra au Québec (Canada) du 11 au 14 juin 2018 (*), la Tribune publie une série d'articles sur ce thème. Aujourd'hui, les dynamiques nouvelles industrielles qui se dégagent dans les ports européens pour contrer les effets de la concurrence mondiale entre ports créée par la globalisation. Par Paul Tourret, directeur de l’ISEMAR (Institut Supérieur d’Economie Maritime).

Dans l'image conventionnelle des ports, il y a les quais, les engins de manutention, les petits et grands navires. Il y a aussi les cheminées fumantes des unités industrielles et les torchères des raffineries dans la nuit.

L'industrie portuaire est le fruit d'une histoire commune à l'Europe, à l'Amérique du Nord et au Japon, lorsque l'élan économique des années cinquante s'est appuyé sur le développement de méga complexes bord à quai. Raffineries, usines pétrochimiques et d'engrais, aciéries, fonderies d'aluminium, cimenteries vont remplir les espaces portuaires. Les ports bénéficiaient alors de l'occupation de leur vaste emprise foncière et des trafics en millions de tonnes du pétrole, du fer, de la bauxite, du phosphate...

Un héritage fondamental

Si la grande expansion des zones industrialo-portuaires a pris fin avec la crise économique (1973-1986), elle a laissé un héritage fondamental pour les ports. Depuis quelques années, la globalisation et la concurrence à l'échelle du monde ont néanmoins porté des coups à ce pan de l'activité portuaire.

Ainsi pour le raffinage, les ambitions industrielles des pays extracteurs de pétrole (golfe Persique, Russie) et des grands émergents (Chine, Inde) ont changé le panorama pétrolier. Le raffinage européen s'est ainsi contracté d'un sixième ces dernières années. Menacée à Tarente (Italie) et à Port Talbot (Pays de Galle), globalement, l'aciérie continentale tient le coup avec l'endiguement de la production chinoise, mais la bataille de l'aluminium a été perdue.

Les investissements portuaires existent

L'avenir est-il alors dans la désindustrialisation des ports européens ? Une première tendance s'est affirmée il est vrai mais le bilan est moins catastrophique. Les investissements portuaires existent et se maintiennent. On peut citer des terminaux méthaniers comme à Dunkerque et Świnoujście (Pologne), des projets sont en cours à Brunsbüttel (Allemagne) et à Göteborg (Suède). De nouvelles usines chimiques des filières traditionnelles sont annoncées à Bilbao, Rotterdam, Anvers, Dunkerque.

Lorsque l'on observe certains investissements portuaires, on voit bien la marque verte. Les usines de biocarburants répondent à une demande de carburant vert. Les unités de broyage de clinker importé remplacent le ciment domestique énergivore ; c'est le cas de deux des récents développements portuaires de Nantes Saint Nazaire. À Gand (Belgique) et à Teesport (Angleterre), ce sont des centrales biomasses qui sont annoncées. À Rotterdam, de la production d'éthanol à base de déchets et à Anvers une usine de la filière chimie verte. À Fos-sur-Mer, le groupe chinois Quechem Silicon Chemical va installer une usine liée à la production de pneus écologiques.

Une version positive de la transition énergétique

La transition énergétique n'est pas toujours favorable aux ports, entre menace sur le raffinage et condamnation du charbon à court terme comme en Grande-Bretagne et en France. Une version positive de la transition énergétique existe cependant avec le développement des énergies marines renouvelables (EMR). Les territoires des ports sont attentifs à ces mutations, c'est-à-dire une nouvelle mutation de leur port.

La question n'est pas tant de l'accueil des besoins logistiques que des implantations industrielles. Des nouvelles usines des EMR ont déjà été construites à Saint Nazaire, à Hull (Grande-Bretagne), à Esbjerg (Danemark) et à Cuxhaven (Allemagne). Une autre est en cours d'achèvement à Cherbourg. Toujours en France, Le Havre espère la confirmation des usines promises. Des aménagements portuaires sont en cours à Brest et projetés à Port La Nouvelle.

Ainsi, des dynamiques nouvelles se dégagent. Les ports et leurs territoires qui sont considérés comme des partenaires répondent aux mutations industrielles en cours. Parce qu'au-delà de l'activité portuaire, c'est la bataille de l'emploi et de la création de valeur qui se jouent là.

(*)

Next Generation

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 19/04/2018 à 8:55 :
Et vous avez du boulot les gars hein !

"Pollution. Un paquebot à quai pollue comme un million de voitures " https://www.ouest-france.fr/environnement/pollution-un-paquebot-quai-pollue-comme-un-million-de-voitures-3581705

Allez maintenant on arrête de dire qu'on va faire et on fait svp. Merci pour nous.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :