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Le succès de Snowflake, emblématique de l'échec de l'Europe dans le domaine numérique

Bruno Alomar (*)

Publié le 01 octobre 2020 à 08:56 - Mis à jour le 01 octobre 2020 à 08:56

europe

Photo d'illustration

Yves Herman

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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OPINION. Après Business Objects dans les années 1990-2000, après Critéo listée au Nasdaq depuis 2013, il faut se féliciter du succès d'une entreprise dont les Pères fondateurs et dirigeants sont français. Ce satisfecit étant posé, comme toujours en économie, il faut, selon l'expression de l'économiste Frédéric Bastiat, se demander, au-delà de ce qui se voit, ce qui ne se voit pas. Par Bruno Alomar, économiste (*).

Le 16 septembre 2020, Snowflake, spécialisé dans le datawarehouse cloud, a été introduit en bourse. Le moins que l'on puisse dire est que cette opération a été un succès, puisque pour son premier jour d'introduction, l'éditeur a levé près de 3,36 milliards de dollars, portant sa valorisation à environ 70 milliards de dollars, soit peu ou prou la valeur en bourse de la BNP Paribas, première banque de la zone euro. Fondée par deux ingénieurs français, Benoit Dageville et Thierry Cruanes, voilà donc une « licorne » française de plus.

Disons-le tout net : après Business Objects dans les années 1990-2000, après Critéo listée au Nasdaq depuis 2013, il faut se féliciter du succès d'une entreprise dont les Pères fondateurs et dirigeants sont français. Ce satisfecit étant posé, comme toujours en économie, il faut, selon l'expression de l'économiste Frédéric Bastiat, se demander, au-delà de ce qui se voit, ce qui ne se voit pas. A cette aune, le succès de Snowflake est bien l'arbre qui cache mal la forêt de l'échec de l'Union européenne dans le domaine du numérique. Au moins trois raisons expliquent en effet que ce soit aux Etats-Unis, et non en Europe, que Snowflake a choisi de se faire lister et d'y poursuivre son développement.

Une raison, ou plutôt des raisons financières d'abord. En ce domaine, les Etats-Unis continuent d'offrir un éco système beaucoup plus favorable que l'Europe, et en son sein la France. Il y est beaucoup plus facile de trouver du venture capital car la culture du risque y est plus fortement ancrée, avec celle de l'échec assumé mais surmonté. La profondeur des marchés financiers est un atout considérable au moment de lever des capitaux. Et surtout, la fiscalité sur les plus-values réalisées par les fondateurs de start-up y est beaucoup plus favorable. Et l'Europe, et la France dirait-on ? Des progrès sont faits, mais restent insuffisants. Il suffit de regarder, en France, combien les maigres efforts pour réduire les impôts de production et rendre la fiscalité sur le capital moins confiscatoire rencontrent d'obstacles, qui expliquent qu'en masse, aucun entrepreneur à succès dans le numérique n'a vraiment intérêt à demeurer sur le territoire européen.

L'échec de l'Europe est également commercial

Chaque nouvelle Commission européenne a beau faire du numérique l'une de ses priorités, de la création d'un marché intérieur du numérique un objectif, la réalité n'est pas celle-là. Elle est celle d'un continent où l'effet de taille qui devrait jouer à plein ne joue pas suffisamment. Bien sûr il y a quelques raisons institutionnelles et politiques à ce que la construction progressive d'un marché intégré à coup de normes prenne du temps. Le processus normatif européen est laborieux, long, surtout pour un monde aussi changeant et agile que le numérique. Le résultat est ce qu'il est : il est beaucoup plus facile de développer son entreprise aux Etats-Unis qu'en Europe.

Enfin, et c'est peut-être l'essentiel, l'Union européenne privilégie, de fait, une approche punitive dans le domaine numérique. La question lancinante qui taraude l'UE n'est pas de savoir comment aider les entreprises comme Snowflake à se développer en Europe : abaisser et simplifier les barrières réglementaires ; assurer un meilleur drainage de l'épargne ; inciter à la prise de risque et à l'esprit d'entreprise etc. Ce qui intéresse l'UE, c'est plutôt de lutter contre l'ennemi qu'elle s'est choisie, en dépit d'ailleurs des services que ces entreprises rendent aux citoyens et aux entreprises européennes, les GAFAM. Pour cela, l'UE mobilise son bras armé le plus fort, le droit de la concurrence, jusqu'à l'excès comme l'a montré la récente annulation par la Cour de Justice de l'Union européenne de la décision Apple. Son Commissaire au numérique, Thierry Breton, enchaîne les déclarations martiales, et plaide pour une refonte d'un certain nombre de directives (directive sur le e commerce, directive sur les services numériques) sans déguiser que leur objectif essentiel est de mettre des bâtons dans les roues d'entreprises américaines dont le succès est insupportable. Au niveau national, l'on pourrait également évoquer ici la croisade française en faveur d'une taxation européenne du numérique, dont l'un des moindres effets ne sera pas, une fois de plus, de répondre à une difficulté de politique publique par de nouveaux impôts que, n'en déplaise à nos gouvernants, nous paieront de manière directe ou indirecte.

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De tout ceci une conclusion émerge : l'Europe, en matière numérique, s'agite, plaide pour plus de souveraineté sans vraiment savoir ce que cela signifie. Elle devrait remiser une forme de nationalisme non assumée et faire l'examen de faiblesses propres qui ne doivent à personne d'autre qu'à elle-même.

--

Par Bruno Alomar, économiste, auteur de La réforme ou l'insignifiance : 10 ans pour sauver l'Union européenne (Ed.Ecole de guerre - 2018)

Bruno Alomar (*)

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