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Liban : avant le chaos

Michel Santi (*)

Publié le 03 février 2021 à 16:27 - Mis à jour le 03 février 2021 à 16:27

Michel Santi, 2018.10.08,

Photo d'illustration

DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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CHRONIQUE. Nombre de pays ont décidé de ne plus utiliser leur monnaie mais d'adopter le dollar américain comme standard d'échanges. De fait, pour certaines économies mal gérées, ou pour tous les pays rongés par la corruption, la « dollarisation » est souvent le dernier recours permettant d'éviter la liquéfaction. Par Michel Santi, économiste (*)

Les acteurs de l'économie et les consommateurs sont toujours les premiers à anticiper cette "dollarisation" en se délestant de leur monnaie nationale et en pratiquant toujours plus d'échanges en dollars. Il est en effet tellement plus simple de libeller ses prix en une devise stable que de devoir les modifier quotidiennement s'ils sont exprimés en une monnaie qui ne fait que se déprécier. En refusant de recevoir autres que des dollars, en exigeant d'être payés en dollars, les acteurs économiques achèvent ainsi irrémédiablement leur monnaie nationale et établissent de fait un étalon-dollar. Dans un premier temps, les autorités du pays en question s'attirent les foudres de toute leur population en contrant - à l'aide de passages en force de nouvelles lois et régulations - cet irrésistible mouvement, jusqu'à ce qu'elles finissent par céder à la pression générale.

C'est ce qu'a fait l'Équateur en 2000, et c'est ce doit décider le Liban le plus tôt possible. Pour ce type de nations, la "dollarisation" officielle améliore les revenus de l'État qui deviennent dès lors libellés en billet vert et non plus en une monnaie subissant frontalement inflation et dévaluations en cascade. L'adoption de la devise US comme unique standard stabilise en outre immédiatement l'inflation, car tous les produits et services deviennent exprimés en une monnaie désormais fiable.

D'un taux d'inflation de 50% - par mois - en 1999, l'acte de "dollarisation" institué en Équateur en 2000 a autorisé la stabilisation à 3-3.5% depuis 2004 ! Car la "dollarisation" amène avec elle la sérénité des consommateurs qui n'ont plus à angoisser pour se dessaisir de leur monnaie, qui peuvent se fier aux prix et tarifs en vigueur, et qui peuvent enfin refaire des projets à long terme. La preuve en est que, alors que la durée des prêts immobiliers dans les pays d'Amérique du Sud dont la monnaie est le Pesos n'excède jamais 5 ans, il est possible de contracter un crédit à taux fixe et à 30 ans au Panama, pays officiellement "dollarisé". Et pour cause puisque la disparition du risque de dévaluation permet aux débiteurs de ne plus avoir à payer toujours plus cher les intérêts de leur dette du fait de la chute libre de leur monnaie nationale, comme il permet par ailleurs aux importateurs et aux exportateurs de commercer en toute sécurité et de redonner vitalité à des petites économies, comme le Liban entièrement tourné vers l'extérieur. Enfin, la "dollarisation" permet de court-circuiter la gestion calamiteuse de l'État, car les entreprises et les privés peuvent parfaitement poursuivre leurs affaires même en cas de défaut de paiement de leur pays.

Un marché libre et libéré pour le Liban...

La "dollarisation" empêche donc l'incompétence et la corruption des gouvernants d'infecter l'économie réelle. Elle contribue également de manière décisive à stabiliser le système bancaire commercial, comme en Équateur où les crises se sont interrompues et où les banques sont désormais exemplaires. Il est donc vital pour le Liban de contrer l'extrême raréfaction de devises étrangères «fraîches» en libéralisant totalement ses flux de capitaux, en autorisant sans restriction aucune leur importation et leur exportation. Ce pays doit donc dans l'urgence - et officiellement - adopter l'étalon-dollar ou l'étalon-euro, retirer les livres de la circulation, adopter une devise stable et peu volatile comme instrument pour taxer comme pour dépenser. Quant à la banque centrale - la Banque du Liban -, elle n'aura plus aucune latitude pour une quelconque politique monétaire qui lui échappera totalement, puisqu'elle sera menée depuis Washington (Réserve fédérale) ou depuis Francfort (Banque Centrale européenne). Dès lors, cette Banque du Liban qui ne pourra plus lancer des programmes d'ingénierie financière ayant accéléré le cataclysme du pays devra être démantelée, dissoute, pour être remplacée par un organisme simplement chargé de la surveillance des banques. Non sans que ses actifs ayant encore quelque valeur, comme la compagnie aérienne nationale MEA ou son stock d'or censé être massif, ne soient vendus afin de convertir en dollars et à un cours acceptable toutes les livres en circulation contre des dollars ou des euros.

Un marché désormais libre et libéré tirera nombre de Libanais de la misère, grâce entre autres à un taux d'inflation qui sera bien maîtrisé. La "dollarisation" pleine, entière et sans restriction constitue le seul espoir de sortir le Liban de ses déboires, le seul et unique moyen de contenir l'horrible capacité de nuisance de sa classe dirigeante.

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(*) Michel Santi est macro-économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et directeur général d'Art Trading & Finance.
Il vient de publier « Fauteuil 37 » préfacé par Edgar Morin. Il est également l'auteur d'un nouvel ouvrage : « Le testament d'un économiste désabusé ».
Sa page Facebook et son fil Twitter.

Michel Santi (*)

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