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Monnaie - dette : droits et devoirs

Karl Eychenne (*)

Publié le 04 octobre 2021 à 16:32 - Mis à jour le 06 octobre 2021 à 16:36

Pas de hausse des taux d'interet prevue par la bce en 2023, dit de cos

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OPINION. Le droit de battre monnaie ou d'émettre de la dette ne dispense pas de certains devoirs. Une évidence qui pourrait être éclairé par le retour d'une chimère... l'inflation. (*) Par Karl Eychenne, stratégiste et économiste.

Tout comme le pékin moyen, le grand argentier (Banque Centrale) et le grand horloger (gouvernement) ont des droits mais aussi des devoirs. La Banque Centrale a le droit de contrôler le coût de l'argent. Mais elle a aussi le devoir d'indexer ce coût de l'argent à l'évolution des prix, afin que la machine économique ne s'emballe pas. Le gouvernement a le droit de contribuer au bien vivre ensemble. Mais il a aussi le devoir d'indexer sa contribution à l'équilibre de ses finances, afin que la dette publique ne s'emballe pas.

Ainsi, en théorie, la Banque Centrale et le gouvernement ne peuvent pas faire n'importe quoi. Ils ne peuvent pas faire comme s'ils n'avaient que des droits, mais pas de devoirs. La politique monétaire ne peut pas être trop laxiste, la politique budgétaire idem. Les devoirs sont perçus comme des garde-fous aux droits qui sont accordés aux politiques. C'est ainsi que les politiques comme les super héros doivent faire un usage éclairé de leurs grands pouvoirs qui donnent de grandes responsabilités (Spiderman).

Toutefois, il existe un cas bien précis où les droits et devoirs ne font plus chambre commune. Précisément, c'est un cas où Banque Centrale et gouvernement se retrouvent avec des droits, mais plus aucun devoir. Tout est alors permis, sans retenue aucune. Ce cas c'est lorsque le risque inflationniste disparait des radars. Ce cas c'est celui que nous avons connu depuis près de 10 ans maintenant. Mais aujourd'hui, ce cas arriverait à terme entend - on, le retour d'une inflation post - Covid menaçant le bel édifice conçu par nos politiques.

Il faut bien réaliser que si nos ratios de dette publique sur PIB, de base monétaire sur PIB ont pu atteindre des niveaux si élevés, si nos taux d'intérêt ont pu atteindre des niveaux aussi bas, si les bilans des Banques Centrales ont pu atteindre des tailles monstrueuses, c'est uniquement parce que l'inflation n'était plus considérée comme une menace crédible. Et pour cause, depuis trop longtemps l'inflation est restée trop sage, refusant d'obéir aux injonctions des théories monétaristes, des règles de Taylor, ou autres courbes de Phillips qui anticipaient une inflation plus fringante. On accusera même Banques centrales et gouvernants d'un idiotisme de métier, les deux s'obstinant à lire leur politique avec des lunettes inadaptées au monde économique contemporain.

Et puis, très vite l'évidence s'imposa : dans un monde sans inflation, il est possible de dépenser plus, toujours plus, sans dommages collatéraux. Banques Centrales et gouvernements ont le droit de battre monnaie et d'émettre de la dette sans retenue aucune, puisqu'il n'y a plus aucun devoir d'indexer ces politiques à un risque inflationniste inexistant.

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On se met alors à imaginer toutes sortes d'objets bizarres puisqu'aucun ne semble nuisible. Parmi ces objets, le plus tordu fut celui de monnaie - dette à tout faire, rien à voir avec le chèque sans provision (dit-on). Il s'agit d'un genre de prise branchée sur elle-même, où l'on ne sait plus trop si c'est la Banque Centrale qui crée de la monnaie pour financer la dette de l'État, ou si c'est l'État qui s'endette pour que la Banque Centrale ait de quoi acheter les titres avec la monnaie qu'elle crée.

On obtient un programme qui tourne en boucle, qui n'a aucune raison de s'arrêter un jour : toujours plus de monnaie pour financer toujours plus de dette... sauf si l'inflation revenait. Le retour de l'inflation permettrait alors de debugger le programme. La Banque Centrale pratiquerait alors une politique moins accommodante, réduisant sa création monétaire destinée à financer la dette de l'État. De son côté, l'État serait alors contraint de réduire son déficit budgétaire afin de limiter un endettement devenu plus couteux.

Or il se pourrait bien que nous soyons dans cet instant décisif. En effet, l'inflation Covid est plus forte et plus tenace qu'anticipée, la faute à l'offre qui s'ajuste trop mollement à la demande, la faute aux nouvelles mesures de restrictions en Asie, bref la faute à l'autre... Résultat, l'inflation a de nouveau reçu un coup de pied aux fesses avec l'accélération à la hausse de certains prix des matières premières. Il n'en fallait pas davantage pour que l'inflation transitoire vendue par les Banques Centrales menace de perdre son épithète !

D'ailleurs, même les Banquiers centraux ont du mal à résister à la horde. Comme si l'inflation transitoire pouvait vous mener au bûcher des économistes. Alors cédons un peu, se dit - on en haut lieu ; c'est ainsi qu'il faut lire les derniers discours zélés de Jerome Powell (Fed) et Christine Lagarde (BCE), annonçant de moindres achats d'actifs incessamment sous peu, ce qui eut pour conséquence de lâcher (un peu) la bride des taux d'intérêt de long terme. « Être dans le vent, c'est avoir un destin de feuille morte » (Gustave Thibon). Certes ; mais pisser contre le vent a aussi ses inconvénients.

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Ainsi donc, ce retour transitoire ou pas de l'inflation aura au moins eu une vertu. Celle de nous rappeler que le droit de pratiquer des politiques monétaire et budgétaire exubérantes, ne peut pas faire éternellement l'économie de devoir s'assurer que ces politiques soient des promesses solvables.

Karl Eychenne (*)

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