Montebourg, Sarkozy : des baisses d'impôt sans se préoccuper du déficit ?

Évidemment opposés, Arnaud Montebourg et Nicolas Sarkozy se rejoignent pourtant sur un point dans leurs programmes: la volonté d'une baisse massive des impôts, pas vraiment financée
Ivan Best
(Crédits : REUTERS/Vincent Kessler/File Photo.)

Il peut paraître curieux de rapprocher ainsi deux responsables politiques dont le seul point commun est apparemment de prétendre à la magistrature suprême. Quel lien entre le chantre du made in France qui veut s'affranchir des règles européennes pour mieux redonner du pouvoir d'achat aux classes moyennes et populaires, et l'ex président de plus en plus libéral ? Nicolas Sarkozy est partisan de l'abrogation totale des 35 heures -le code du travail ne contiendrait plus aucune référence à une durée hebdomadaire du temps de travail- , de licenciements économiques grandement facilités, d'une indemnisation des chômeurs réduite, devenant dégressive, et de la suppression de 300.000 fonctionnaires. Autant d'orientations qu'Arnaud Montebourg ne reprendra jamais à son compte.

Place aux baisses d'impôts

Pourtant, ils partagent sans le dire une même vision de la gestion des finances publiques : tous deux veulent baisser franchement les impôts. Ils prennent acte d'une situation de « ras le bol fiscal » qui perdurerait en dépit de la stabilisation des prélèvements obligatoires, depuis 2014. Pas de redressement économique sans allègement massif des impôts, affirment-ils en chœur. Nicolas Sarkozy va plus loin, de ce point de vue, que son concurrent Alain Juppé ou que François Fillon. Certes, Montebourg et Sarkozy n'entendent pas baisser les mêmes impôts. Le premier veut en faire profiter les couches populaires et moyennes.

« Je propose que nous décidions par une mesure de solidarité nationale l'annulation progressive des hausses d'impôts de ces cinq dernières années sur les revenus du travail des classes moyennes et populaires » a-t-il affirmé depuis Frangy, où il a présenté son pré-programme. « Ce sera justice de restituer ces prélèvements indus et ce sera excellent pour l'économie. »

Nicolas Sarkozy, lui, vise plutôt les hauts revenus. Il supprimerait l'ISF, allègerait voire annulerait les droits de succession sur les transmissions d'entreprise, ferait disparaître l'imposition des successions à hauteur de 400.000 euros par bénéficiaire et diminuerait de 10% l'impôt sur le revenu de tous. Par définition, cet impôt ne peut être allégé qu'au profit des 45% de ménages les plus aisés qui le paient. En outre, les revenus de l'épargne du patrimoine seraient fortement détaxés, leur imposition revenant à 26% (y compris les prélèvements sociaux), contre une taxation au barème de l'impôt sur le revenu aujourd'hui. Seule mesure bénéficiant aux salariés du bas de l'échelle : le retour de la détaxation des heures supplémentaires. Des allègements d'impôts massifs, que le candidat à la candidature n'a pas manifestement cherché à chiffrer. Tout comme Arnaud Montebourg. L'heure n'est manifestement pas aux comptables, fussent-ils experts...

 Quel financement?

Une question essentielle sera néanmoins posée, c'est celle du financement de ces allègements fiscaux. Comment baisser ainsi les impôts sans creuser le déficit ? Interrogé sur le sujet, Nicolas Sarkozy répondra sans aucun doute « coupes dans les dépenses publiques ». Il a présenté le 30 mars un « document d'orientation » concernant les sujets de dépense publique et de fiscalité, qui contenait déjà une grande partie des propositions qu'il vient de formuler dans son nouveau livre. Il évaluait alors à 25 milliards d'euros les baisses d'impôts, évoquant « dès l'été 2017, un contre-choc fiscal de plus de 25 milliards d'euros pour (...) redonner de l'oxygène à notre économie ». Ce serait sans doute plus, compte tenu de ses nouvelles propositions.

Comment ce programme serait-il financé ? Au nom de Républicains, Nicolas Sarkozy évoquait fin mars 100 milliards d'euros d'économies sur le dépenses publiques. Mais seront-elles vraiment au rendez-vous ? La logique reste du celle du coup de rabot appliqué aux différentes politiques publiques, sans véritable remise en cause de celles-ci. L'économiste Jean-Marc Daniel, peu suspect de sympathie pour la gauche, a eu l'occasion d'analyser précisément les limites de cette stratégie :

« Tous les candidats déclarent vouloir baisser les dépenses publiques, de 100 à 130 milliards d'euros au cours du quinquennat » a-t-il déclaré aux Echos. « C'est même leur obsession. Mais, à part Hervé Mariton, aucun ne dit clairement où ces économies seront trouvées. Ils se contentent d'objectifs de baisse de dépenses publiques sans remettre en cause les missions de l'Etat. Ils restent dans une logique de rabot. Pour eux, il s'agit de faire passer la révision générale des politiques publiques (RGPP) mise en place par Nicolas Sarkozy de 10 à 100 milliards. En somme, pour eux, c'est une simple question d'échelle. Or, l'expérience prouve que cela n'est pas réaliste. Pour baisser les dépenses publiques, il faudra faire des choix, pas seulement raboter ».

Pour le dire clairement, le programme fiscal de Nicolas Sarkozy n'apparaît pas financé par des économies totalement crédibles. Par exemple, 8 milliards d'euros seraient économisés en "optimisant les achats publics", selon le document d'orientation débattu fin mars. Comment est-on parvenu à ce résultat? Les achats ne sont-ils pas déjà largement "optimisés"?

Peut-être Nicolas Sarkozy a-t-il décidé de faire passer au second plan la question du déficit, rejoignant en cela Arnaud Montebourg. Ce dernier assume le conflit avec l'Europe, se disant prêt à payer des amendes qui seraient imposées par Bruxelles pour déficit excessif. Il estime que le « redécollage » de l'économie -c'est son expression- est à ce prix. Un redécollage au moyen d'une politique de la demande qui n'a du reste rien d'assuré. Mais ce mépris pour les traités budgétaires européens n'est pas à ce jour la position officielle de Nicolas Sarkozy.

Certes, les campagnes électorales tournent rarement au concours de rigueur, tant intellectuelle que budgétaire (celle de 2012 faisant exception sur ce second point, François Hollande tenant à annoncer dès la campagne de lourdes hausses d'impôts pour diminuer rapidement le déficit à 3% du PIB, avec le résultat que l'on sait). Mais s'ils sont habités par quelque souci d'honnêteté, les candidats à la candidature devraient faire la lumière sur ce sujet non négligeable.

Ivan Best

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Commentaires 30
à écrit le 05/09/2016 à 8:07
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Je me demande qui paye ses internats pour descendre Sarkozy. Toujours la même haine, la même incompréhension, que des ragots genre bfm,itélé et consort, pauvres France, tous ces petits malins avec de grandes pensées comblésur de certitude. Il n' ...

le 07/09/2016 à 11:10
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Ayant pas mal vécu à l'étranger et notamment au Canada, j'ai eu honte lors de la visite de Tartarin Sarko au Canada en 2008. Toujours rivé à son portable, malpoli vis à vis de ses hôtes (il y a plus agressif dans le monde que les Canadiens) et écourt...

le 07/09/2016 à 12:29
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Sarkozy est mis en examen. Sarkozy a déjà été président et le résultat c'est 600 milliards de dettes en plus, des déficits commerciaux et budgétaires explosés, un million de chômeurs supplémentaires, presqu' un million de nouveaux immigrés en plus, 4...

à écrit le 01/09/2016 à 17:31
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C'est ce qu'on pourrait appeler de " l'auto-élimination ".............si certains candidats se décidaient à ne pas faire, eux aussi, du Hollande en plus énorme, au risque de ne jamais être élus. Mais pourquoi se gêner, il y a plein de naïfs pour cro...

à écrit le 01/09/2016 à 10:49
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Un truc me dérange : Nicolas Sarkozy veut détaxer les heures supplémentaires ..... et supprimer le seuil de déclenchement de ces mêmes heures supplémentaires...

à écrit le 29/08/2016 à 11:43
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Les "outsiders" mentent toujours plus que les favoris, normal. C'est pour cela d'ailleurs que marine le pen est beaucoup plus discrète en ce moment.

à écrit le 27/08/2016 à 22:12
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"Cette annonce me rappelle un homme politique français qui était élu grâce à ses virevoltes permanentes et qui s'appelait Edgard Faure. Edgard Faure disait à propos des girouettes qu'on trouve sur les cheminées des fermes de nos campagnes, ce n'est p...

à écrit le 26/08/2016 à 15:34
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Entre un démago fascisant et un démago communiste c'est vraiment difficile de les départager.

à écrit le 26/08/2016 à 8:19
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Dans le cas de Sarkozy on sait tres bien que c est que du vent. Il a ete president il n y a pas longtemps et a globalement augmente les impots (et les deficits, qui sont des impots futurs). Avant de promettre de baisser les impots, il faut baisser le...

à écrit le 25/08/2016 à 0:46
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Il est pourtant fondamental de remettre l'économie française sur les rails. On attend de la rigueur. On doit financer les dépenses et même essayer de faire renter un peu plus.

à écrit le 24/08/2016 à 15:53
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Juste pour éviter les malentendus la dette a augmenté beaucoup plus sous Sarkozy que sous Francois Holland, qui de plus a été obligé d'augmenter le budget de l'armée et pour la sécurité intérieur, les 2 on été raboté par Sarkozy en plus de celui de l...

à écrit le 24/08/2016 à 14:47
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Hollande le mou, papy Juppé, Sarkozy en guide touristique avec ses adhérents L.R. du 3ème âge... triste contast ni à droite ni à gauche un vrai learder pour remmettre à neuf le pays. Ainsi va la France dans son déclin.

à écrit le 24/08/2016 à 13:42
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La campagne des mensonges éhontés a commencé comment de pas trouver des milliers de voix lorsque l’on parle de baisse des impôts pour ceux qui en paient, fort peu en quantité il est vrai, et taxer encore plus ceux qui en paient pour faire un plaisir ...

à écrit le 24/08/2016 à 11:39
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Il ne faut pas que le débat sur l'identité nationale prenne le pas sur l'économie et sur le choix de société. Il faut déplacer le curseur vers plus de libéralisme. Tous les candidats sauront faire preuve d'autorité. C'est dans les aspirations et les...

à écrit le 24/08/2016 à 10:42
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1,2,3, c'est partis nous allons assister à au déferlement de haine contre NS et là censure des modérateurs. Si messieurs les journaliste et les pseudo spécialistes vous savez tout pourquoi ne vous présentez vous pas à la présidentielle. On fai...

le 24/08/2016 à 11:21
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Il faut être aveugle pour ne pas voir que ce qui a échoué durant le quinquennat de NS ne peut pas réussir en 2017. Surtout lorsqu’on envisage le même programme à la puissance 10. NS n’a réussi qu’à augmenter la dette de la France et à affaiblir les ...

le 24/08/2016 à 13:08
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@Gerard71 : les "échecs" de Sarkozy apparaissent comme des triomphes par rapport à ce qui a suivi. L'endettement a continué à croître quasiment au même rythme avec Hollande alors que le gros de la crise était passé en 2012 . Idem pour le chômage.

le 24/08/2016 à 13:54
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Le système français de parrainage interdit au simple citoyen de se présenter . Votre poulain n'est pas en reste pour refuser la démocratie chez LR puisqu'il n ' a pas voulu fournir le listing des militants pour que ceux qui souhaitent concourir à al...

à écrit le 24/08/2016 à 10:34
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Montebourg et Sarkosy avec le culot qu'ils ont peuvent toujours essayer de saisir la commission de surendettement pour effacer le déficit ABYSSAL de la France. Et nos agences de notations avec leurs A, Aa+ etc, on ne les entends plus!

à écrit le 24/08/2016 à 10:18
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Paul BISMUTH est déjà l'auteur de ce merveilleux bilan sur lequel la presse garde un silence pudique : - Déficit FRANCE 2001 = 1.6 % du PIB (1.2 % si on retire l'argent mis de côté pour les retraites). - Déficit ALLEMAGNE 2001 = 2.4 % du PIB -...

à écrit le 24/08/2016 à 9:13
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Nous en sommes là parce que nous ne faisons aucun lien entre recettes et dépenses. Quand il s'agit de transfert (des riches vers les pauvres) ou de fonctionnement récurrent d'un service rendu, le déficit n'a pas de sens : il faut distribuer ce qu'on ...

à écrit le 24/08/2016 à 9:09
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Quand on ne le paye pas en "impôt" pour avoir un système collectif, on le paye, quand même, pour un système de substitution!

à écrit le 24/08/2016 à 8:29
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On sait que Sarkozy est un gros dépensier, il suffit de voir son programme, mais ou sont les recettes pour baisser les déficits qu'il a fait exploser e surtout sa dette de 600 milliards qu'il a laissé a son successeur ? De nouvelles taxes TVA impots ...

à écrit le 23/08/2016 à 22:41
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Le truc de Sarkozy ressemble furieusement à ce qu il a fait à l été 2007 c est à dire de blinder les plus riches tout en faisant un doigt à l Europe, on sait comment ça a fini: les plus grosse augmentations d impôt de notre histoire en fin de mandat....

à écrit le 23/08/2016 à 18:13
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C'est tout l'inverse qu'il faut faire. Un New Deal avec un taux marginal d'imposition de 90%. Non seulement les riches s'en remettraient, mais ils auraient aussi la possibilité de s'enrichir encore plus dans une économie qui aurait enfin décollé...da...

à écrit le 23/08/2016 à 18:06
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"Comment ce programme serait-il financé ?" ah, un détail mesquin. Les idées d'abord, au diable la comptabilité. Emprunter ça rend service quand y a des besoins. :-)

à écrit le 23/08/2016 à 18:02
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Sarkozy va nous refaire le coup du TEPA avec 600 milliards de dettes supplémentaires.

à écrit le 23/08/2016 à 17:47
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La raison du déficit public est que la pression fiscale qui frappe entreprises et ménages est parmi la plus élevée du monde. L’état prélève 58 % de la richesse nationale et empêche toute création de richesse. Baisser les impôts permettra de retrou...

le 25/08/2016 à 16:03
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OK pour la suppression des aides aux entreprises (et pour la baisse de leurs prélèvements en conséquence). D'ailleurs ce sont toujours les personnes physiques qui payent en définitive car ce sont les consommateurs finaux alors autant exonérer complèt...

à écrit le 23/08/2016 à 17:31
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Allez ! Royal au bar !

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