OPINION. Pour contrer nos égoïsmes : la retraite par capitalisation
Timothée Bouteloup (*)

Retraites : « un système hybride respecte mieux la singularité de chaque individu. »
LTD/Tomas Stevens/ABACAPRESS
Timothée Bouteloup (*)

Retraites : « un système hybride respecte mieux la singularité de chaque individu. »
LTD/Tomas Stevens/ABACAPRESS
Après les rapports, les conventions, les Grenelles et les missions d'information, la France laïque a découvert avec gourmandise qu'elle pouvait organiser son propre « conclave » pour traiter de la réforme des retraites.
Nous sommes devenus experts dans l'art de gagner du temps, comme si le réel ne pouvait résister à aucune concertation et aucune loi ! Nous savons pourtant depuis des décennies que le système par répartition, pyramide de Ponzi légale qui repose sur un ratio actif-retraité se dégradant rapidement, sera rattrapé par le syndrome de l'île de Pâques.
Avoir laissé les Français croire qu'ils cotisaient leur vie professionnelle durant pour leur propre retraite, comme c'est le cas dans un système par capitalisation, relève peut-être du péché originel. Lorsqu'une personne considère ses droits comme acquis il devient, et on peut le comprendre, très difficile d'y toucher. Il faut le redire fermement, notre système de retraite par répartition consiste à faire financer les revenus des retraités de 2025 grâce aux sommes (cotisations) prélevées sur les revenus des actifs de 2025.
Les signaux d'alerte évidents se multiplient pourtant : une natalité qui continue à chuter alors que (bonne nouvelle au demeurant), l'on vit de plus en plus âgé, un taux d'emploi des jeunes et des seniors et un nombre d'heures travaillées inférieurs à la moyenne des pays européens, un poids des cotisations pour le financement des retraites atteignant aujourd'hui, en moyenne, un tiers du salaire brut des actifs dans le privé (davantage encore dans le public), pénalisant la valeur travail et notre compétitivité. Aussi insoutenables soit-elle, nous avons jusqu'à présent choisi de maintenir l'illusion de la viabilité d'un système reposant uniquement sur la répartition.
Le système de retraite collectif qui repose sur des intérêts particuliers est arrivé à sa limite
Les sondages qui indiquent l'attachement des Français au régime par répartition reposant sur la solidarité entre les générations semblent purement déclaratifs. Malheureusement la solidarité ne se décrète pas. Les débats récents tendent à prouver qu'on n'y consent pas davantage.
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Aucune organisation représentant les salariés ne souhaite repousser l'âge de départ à la retraite. Aucune organisation représentant les retraités n'est prête à accepter une diminution des pensions. Aucune organisation représentant les employeurs ne semble prête à accepter une hausse des cotisations retraites et donc du coût du travail (on rappelle que celui-ci se calcule en super brut c'est-à-dire en additionnant les cotisations sociales part « salariée » et part « patronale »). Chacune étant légitime dans son rôle de défense d'intérêts catégoriels.
Or un régime par répartition implique une solidarité et un sens du sacrifice aigus, deux valeurs qui ne sont pas l'apanage d'un pays où l'on attend tout de l'État et donc de ceux qui produisent la richesse préalable à toute forme de redistribution.
Notre système par répartition porte en lui les ferments de l'égoïsme qui le détruira lorsque ses différents paramètres auront été étirés au maximum de leur soutenabilité par les différentes parties prenantes. Lorsque tout le monde est responsable de tout, personne n'est responsable de rien : il devient alors tentant de dénoncer son voisin, lui enjoignant de faire lui-même des efforts.
Preuve que la situation n'est pas soutenable, depuis 1993, la France connait en moyenne une réforme des retraites tous les 4 ans, s'accompagnant systématiquement de pénibles discussions politiques et politiciennes pour un lot d'ajustements paramétriques à la marge permettant de repousser l'échéance à grand renfort d'endettement improductif. Nous avons besoin, enfin, de changer de paradigme pour résoudre la quadrature du cercle.
Age de départ, montant des pensions, compétitivité et financement de l'économie : les nombreux avantages de la retraite par capitalisation
L'introduction progressive d'une part de retraite par capitalisation doit permettre de financer les retraites d'aujourd'hui et de demain en responsabilisant les Français et en prenant en compte leurs préoccupations légitimes tout en soutenant notre économie, et donc la production de richesses. Car, il faut le répéter : c'est le seul moyen permettant de financer notre modèle social.
Un des points d'achoppement les plus symboliques est celui de l'âge de départ à la retraite. 64 ans comme le prévoit la réforme en cours, 62 comme le réclament les organisations syndicales, de 65 à 67 ans comme chez l'ensemble de nos voisins européens. Dans un monde où les carrières ne sont plus aussi rectilignes et où l'on peut avoir désormais plusieurs vies professionnelles, il semble cependant contreproductif de souhaiter que chaque individu arrête de travailler à un âge identique fixé arbitrairement, faisant fi de chaque situation personnelle (rapport au travail, état de santé, enjeux financiers ou familiaux...). Dans un système par capitalisation, l'âge de départ à la retraite gagne en flexibilité car il est individualisable : il dépend de l'accumulation des fonds de chacun et du niveau de pension souhaité. S'il souhaite partir tôt, un individu correctement informé fera appel au caractère incitatif du dispositif et cotisera à un rythme plus soutenu durant sa carrière
Thomas Piketty, que l'on ne peut pas considérer comme défenseur d'un capitalisme exacerbé, estime le rendement du capital entre 3 et 6 % par an. Le rendement annuel dividendes inclus du CAC40 depuis sa création en 1987 est même de près de 7%, malgré les différents krachs boursiers sur la période. Alors que le rendement de la retraite par répartition calculé par le COR se rapproche aujourd'hui des 1,6% pour une personne ayant commencé à travailler en 1985. Dès lors pour quelle raison, autre qu'idéologique se prive-t-on d'un système qui enrichirait les Français ? Plus de 4 millions de fonctionnaires bénéficient, à leur avantage, d'un tel dispositif en complément du socle par répartition via le régime additionnel de la fonction publique (RAFP) dont les cotisations sont placées dans un fonds de capitalisation investi en obligations, en actions françaises (et internationales) ou encore en biens immobiliers. A juste titre, personne ne les a entendus se plaindre. *
Les cotisations au régime par capitalisation s'additionnent en se substituant progressivement à celles des cotisations du régime par répartition. Leur montant pourra être modulé selon les différents types de profils d'épargnants avec un socle minimal obligatoire et à la condition d'être transparent sur ce que cela impliquera en termes de montant de retraite pour un âge de départ donné. Grâce au rendement des placements, la somme des cotisations des régimes par répartition et par capitalisation sera à terme inférieure à celui de la seule répartition, soulageant notre coin socio-fiscal qui culmine à 57%, pour un coût du travail moindre et une amélioration du salaire net des actifs.
Enfin, dans un contexte de concurrence économique exacerbée, la retraite par capitalisation contribuera à la constitution d'une épargne propice au financement des entreprises et de l'économie française.
Bien sûr les risques liés à la capitalisation ne doivent pas être omis mais on pourra toujours rassurer sur l'existence d'une retraite minimum garantie grâce au socle par répartition. Une transition réussie vers un modèle hybride passera par une introduction progressive et maitrisée. Le coût de l'immobilisme serait de toute façon supérieur à celui de cette transition.
Le dernier argument et non le moindre, est moral et philosophique : un système hybride respecte mieux la singularité de chaque individu, le laissant maitre de sa vie car aucun dispositif unique, aussi raffiné soit-il, ne peut convenir à la multitude de situations individuelles qui s'enrichit à chaque instant des nouvelles actions et décisions humaines. Gustave de Molinari écrivait dans ses conversations de la rue Saint-Lazare qu'il « sait parfaitement que les hommes ne sont pas infaillibles ». Il ajoutait immédiatement qu'il sait « aussi que chacun est le meilleur juge de son intérêt ». Il faut donc offrir aux Français la capacité de devenir (un peu) acteurs et responsables de leur retraite, une façon de leur restituer un peu de liberté et de dignité.
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(*) Timothée Bouteloup est fondateur de Thétis conseil. Il a travaillé pour les entreprises, les organisations professionnelles et l'administration en France et à l'international dans les domaines des relations internationales, des affaires publiques et de la communication.
Timothée Bouteloup (*)