Retraites : âge, pénibilité... La CFDT pose ses revendications
latribune.fr
La secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, a indiqué comme « première priorité (...) d'obtenir un bougé sur l'âge légal » de départ à la retraite.
Le premier syndicat français a listé ce qu’il entend défendre à propos des retraites, dans le cadre de la renégociation de la réforme de 2023. Avec toujours en ligne de mire l’abrogation de l’âge de départ à 64 ans.
La CFDT a fait part ce mardi 28 janvier de ses revendications au sujet des retraites. Le premier syndicat français défend toujours « le retour (de la retraite) à 62 ans », a indiqué sa secrétaire générale, Marylise Léon. Mais « on se positionnera au regard d'un équilibre » d'ensemble, a-t-elle ajouté, soulignant que « notre première priorité est d'obtenir un bougé sur l'âge légal ».
Pour rappel, la controversée réforme des retraites, entrée en vigueur en 2023, prévoit un décalage progressif de l'âge légal de départ de 62 à 64 ans. Actuellement de 62 ans et six mois pour la génération née en 1962, il doit passer à 62 ans et neuf mois le 1er octobre prochain pour la génération née en 1963. Il sera décalé à 64 ans pour les personnes nées en 1968 et après.
Le Premier ministre François Bayrou a accepté que cette réforme soit remise sur la table et une première réunion avec les partenaires sociaux a eu lieu le 17 janvier dernier. Les discussions, pilotées par l'ancien directeur général de l'Agirc-Arrco, Jean-Jacques Marette, doivent durer trois mois pour se terminer fin mai. Si elles aboutissent à un accord, même partiel, il sera soumis au Parlement pour modifier la réforme.
La cheffe de file de la CFDT déplore le décalage de l'âge de départ d'un point de vue général, mais également au regard de la question de l'égalité femmes-hommes. « Alors que les inégalités entre les femmes et les hommes s'accentuent encore au moment de la retraite, le décalage de l'âge légal annule purement et simplement l'intérêt des trimestres acquis en cas de maternité, tout comme le bénéfice de la surcote passé 62 ans », a justifié Marylise Léon, qui veut « réparer l'injustice faite aux femmes ».
La CFDT exige aussi la réintégration de « quatre situations de pénibilité qui ont été exclues du droit à départ anticipé en retraite » en 2017. À savoir les postures pénibles, les manutentions manuelles de charges, les vibrations mécaniques, et l'exposition aux agents chimiques dangereux. Le syndicat justifie leur retour par le fait qu'elles « représentent à elles seules 90% des déclarations de maladies professionnelles », a souligné Marylise Léon. Dans sa « lettre de cadrage », la CFDT réclame aussi un « diagnostic social » sur les retraites et l'ouverture « simultanée » d'une négociation sur le travail.
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
Pour que les travaux entre syndicats et patronat démarrent officiellement, la Cour des comptes doit rendre son analyse sur l'état financier du système de retraites. Le rapport est attendu pour le 19 février. D'après la lettre de mission envoyée la semaine dernière par Matignon, révélée par le quotidien Le Monde et consultée par l'AFP, les Sages doivent se pencher sur « l'ensemble du système » : régimes de base et complémentaires, de la fonction publique, comme régimes spéciaux.
Un calcul que la CDFT ne valide pas. « Notre organisation ne s'engagera dans les discussions que si, et uniquement si, le diagnostic financier n'intègre pas la fable » des milliards d'euros de « déficit caché », mis en avant par le chef du gouvernement, a prévenu Marylise Léon. Le syndicat ne veut pas que l'équilibre financier global du système des retraites inclue les retraites des fonctionnaires, qui se calculent différemment.
Une vision que partagent les autres syndicats. « On a rappelé qu'il ne fallait pas tout mettre dans un même pot commun », a aussi indiqué la semaine dernière Michel Beaugas, de Force ouvrière. Et d'ajouter, après lecture de la lettre de Matignon : « Si c'est ça la base de départ des discussions, c'est mal parti ».
L'enjeu est en tout cas crucial. En acceptant de renégocier la réforme des retraites, François Bayrou a obtenu du Parti socialiste (PS) qu'il ne vote pas la première motion de censure déposée par LFI contre son gouvernement à la suite de sa déclaration de politique générale. Il a en outre fait d'autres concessions au parti à la rose, abandonnant notamment une coupe dans les rangs des enseignants ou le déremboursement de certains médicaments.
Le Premier ministre n'est toutefois pas sorti d'affaire et pourrait même tomber avant que les travaux des partenaires sociaux sur les retraites ne débutent. Car le budget 2025 doit faire son apparition sur les bancs de l'Assemblée nationale la semaine prochaine. Et le PS n'exclut pas de voter une prochaine motion de censure, que LFI et les Écologistes ont déjà annoncée, si le gouvernement fait usage du 49.3 pour adopter le texte sans vote. Des tractations sont donc en cours et, en une semaine, tout peut arriver.