Paris Rouen Le Havre, une seule ville reliée par la Seine

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Depuis 2008, le projet de Paris, Rouen, Le Havre a fait l'objet d'innombrables débats, conférences, articles et de nombreuses institutions se sont emparés de ce projet.
Depuis 2008, le projet de Paris, Rouen, Le Havre a fait l'objet d'innombrables débats, conférences, articles et de nombreuses institutions se sont emparés de ce projet. (Crédits : DR)
Comment faire du Grand Paris une métropole portuaire? Par Antoine Grumbach, urbaniste.

« Paris, Rouen, Le Havre, une seule et même ville dont la Seine est la grande rue », avait pu dire Bonaparte au Havre, le 7 novembre 1802.

Lors de la consultation pour « Le Grand Paris » organisée en 2008 par Nicolas Sarkozy, j'ai proposé que le Grand Paris s'inscrive à l'échelle des grandes mégapoles mondiales. Toutes sont fluviales et portuaires. Le Havre et la vallée de la Seine participent de cette observation.

Géopolitique du Grand Paris

Notre proposition Seine Métropole s'est inscrite dans le diagnostic prospectif de l'agglomération parisienne. Jacques Attali a soutenu notre réflexion avec son ouvrage collectif « Paris et la Mer » sous titré « La Seine est capitale ». En terme géopolitiques, l'ensemble de Paris, Londres, Rotterdam représente la porte de l'Europe continentale en même temps que l'une des plus importantes concentrations mondiales économiques et culturelles. L'évolution des transports ferroviaires a réduit l'espace temps. Lier Paris au Havre en une heure ouvre des perspectives innombrables.

Fernand Braudel dans l'Identité de la France écrit : « A son désavantage la capitale française est continentale ». La région capitale résultant de la fusion des régions Ile de France et des deux Normandie réunies acquerrait une dimension de mégapole mondiale.

L'identité géographique et le tressage des mobilités

L'une des questions que nous essayons de traiter consiste à s'interroger sur la représentation que peuvent avoir les populations des grandes métropoles des territoires qu'elles pratiquent. Sans une représentation partagée, les habitants n'habitent que leur espace de vie quotidienne, résidence, travail et quelques points de pratiques exceptionnelles. La grande échelle leur échappe.

L'identité géographique de la Seine associée à un plan de synthèse des transports de collectifs constitue l'une des réponses à notre interrogation.
Aujourd'hui, on se doit de célébrer la fin de l'opposition ville-nature en raison des impératifs de concilier la recherche des circuits courts de distribution des produits agricoles et la consommation d'activités de plein air ou de promenades quotidiennes.
D'un point de vue industriel, la place de la Vallée est considérable à partir des aspects logistiques et du traitement des déchets (Port 2000 au Havre, Limay, Gennevilliers et demain Port Seine Métropole à Achères), des industries automobiles (Renault/Peugeot) et aérospatiales, des raffineries en cours de redéploiement (industries des matériaux) ainsi que du port céréalier de Rouen (premier port fluvial céréalier européen).

Le développement durable passe par la grande échelle

Confronté aujourd'hui plus que jamais aux préoccupations de développement durable, nous avons pu démontrer que pour atteindre les objectifs (dépassés) de l'après Kyoto, seule la grande échelle est pertinente. En effet, l'industrie circulaire qui consiste à organiser une chaîne vertueuse de recyclage de déchets ne peut s'envisager que sur un territoire très diversifié en emprises industrielles donc à la grande échelle.

Les villes traditionnelles se définissent par une centralité identifiée et des espaces publics inscrits dans un vocabulaire urbain issu de la continuité du bâti, des rues et des places.
Les grandes métropoles s'organisent autour d'une multipolarité, de centralités aux identités différentes et par un déficit d'espaces publics constitués. Face à l'inachèvement perpétuel des mégapoles et à leurs formes sans limites, la mise en valeur de leur ADN géographique et de l'offre de déplacements permettront de construire une représentation partagée.

Paris, Rouen, Le Havre en marche

Depuis 2008, le projet de Paris, Rouen, Le Havre a fait l'objet d'innombrables débats, conférences, articles et de nombreuses institutions se sont emparés de ce projet.
La Ligne Nouvelle Paris Normandie (LNPN) a fait l'objet d'une consultation publique sous la présidence de Jean Pierre Duport ancien Préfet de la Région Ile-de-France. Les études de réalisation sont en cours. Cette ligne desservira La Défense ce qui associera ce grand pôle tertiaire aux ports du Havre et de Rouen.

La prolongation de la ligne EOLE de la Gare Saint-Lazare à Mantes est en cours de réalisation pour décharger les trains en provenance du Havre et de Rouen. Elle desservira également La Défense ce qui créera un territoire de redéploiement résidentiel et tertiaire entre Mantes et Paris. Un délégué interministériel au développement de la Vallée de la Seine a été nommé (Antoine Rufenacht, ancien Maire du Havre puis François Philizot, Préfet). Un schéma stratégique de la Vallée de la Seine 2030 ainsi qu'un contrat de Plan Etat-Régions 2015-2020 de 30,766 millions d'euros ont été validés.

Fusion des trois ports

Les trois ports de Paris, Rouen, Le Havre ont fusionné dans une seule entité, HAROPA soit Harbour of Paris qui devient ainsi le 5éme port du range Nord Européen. La création de PSM (Port Seine Métropole) à la confluence de l'Oise et de la Seine marque l'ambition de développer le transport fluvial. Situé au débouché du futur canal Seine Nord Europe dans la Seine, le chantier de la première tranche va débuter.

Les Chambres de Commerce des régions IDF et des deux Normandie ainsi que les CCI des départements bordant la Seine ont crée une association, PSN, Paris Seine Normandie, « visant à construire le territoire économique du Grand Paris Métropole Maritime Mondiale du XXIème siècle ».

A côté de ces ambitions économiques, le succès des expositions à Rouen et au Havre sur « Les impressionnistes et la Seine » contribue à nourrir l'ambition d'un territoire ouvert aux problématiques culturelles.

La poursuite d'études d'aménagements territoriaux

A la suite de notre proposition nous avons entrepris plusieurs études :
- L'Axe Seine de La Défense à Mantes : L'urbanisation, les paysages et le tressage des nouvelles Eco-mobilités, les transports a câbles « Trams du Ciel ».
- Au Havre : Le « Parc de L'Estuaire » répondant au fait que le Port du Havre gère un territoire Natura 2000 très étendu. Cette situation vécue comme une contrainte doit devenir l'exemplarité d'une réconciliation d'un développement industriel et d'espaces naturels protégés.

Au sein de l'AIGP, la prise en compte de Paris, Rouen, Le Havre n'a jamais faibli. Plusieurs équipes ont développés certaines parties de la vallée de la Seine en Ile-de-France (Paola Vigano, TER, MRDV).

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L'AUTEUR:
Antoine Grumbach, urbaniste, Grand prix national d'Urbanisme et d'Art urbain, est membre du conseil scientifique de l'AIGP (Atelier international du Grand Paris), et intervient dans le cadre de GrandParis#Climat

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Commentaires
a écrit le 06/12/2015 à 18:21 :
La fusion des trois ports n'existe qu'en termes de communication et non en termes de répartition de l'activité. Chaque port essayant de défendre son bout de gras. De plus la notion de développement durable est un grand foutage de gueule si l'on parle des projets en cours du port de Rouen. Ils sont en train de creuser le lit de la Seine sur des kilomètres, détruire des paysages, polluer et pourrir la vie des gens. Figurez-vous qu'en ce moment le Port de Rouen est en train de saccager un site classé : la boucle de Roumare ! Alors, il se donne bonne conscience en présentant des "compensations" (comme ils disent) mais celles-ci sont des plus minables. On est loin du développement durable : les aspects écologiques sont réduits à de ridicules projets d'espaces verts, on se moque de l'aspect sociétal, la vie des riverains n'est pas prise en compte, aucune étude d'impact ne tient debout et le comble c'est que l'on peut douter du bien-fondé économique. Il est facile de financer des projets avec environ 50% d'argent public (on ne prend pas de risque ainsi). Et comme ces projets ne sont pas vraiment attractifs, la métropole offre des cadeaux fiscaux...
a écrit le 04/12/2015 à 9:13 :
C'est un très beau
a écrit le 03/12/2015 à 18:03 :
Je ne suis pas convaincu que les mégapoles et l'urbanisation à tout va soient l'avenir de la société ou du moins de son bien être ....par ailleurs l'auteur ne prend pas en compte les effets que la digitalisation est en train de créer dans le monde du travail : création destruction d'emplois, emplois nomades et dans un autre domaine la robotisation et les imprimantes trois D .
Je verrai plutôt l'avenir avec des métropoles régionales et des villes satellites de plus ou moins grandes tailles .

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