Pourquoi les taux bas impactent votre épargne ?

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OPINION. La dérèglementation financière a donné lieu à un modèle d'économie basée sur la dette et l'épargne depuis les années 80. Dans le même temps, la croissance par la dette de nos économies s'est accélérée depuis une vingtaine d'années. Par Nicolas Tarnaud, Frics directeur du MBA Immobilier International à Financia Business School et chercheur associé à LAREFI, Université de Bordeaux.

Pour les uns, les dettes publiques sont des créances perpétuelles et ne posent aucun problème majeur. Pour d'autres, elles renforcent le pouvoir des créanciers envers les pays concernés. Ces derniers n'ont pas d'autres alternatives que d'augmenter la charge fiscale à destination des entreprises et des ménages pour rembourser les dettes contractées sur des maturités plus ou moins longues. Les entreprises privées ont suivi la même direction.

En effet, le taux d'endettement du secteur privé a plus que triplé dans les pays industrialisés entre 1950 et 2006. L'endettement a augmenté puisque le crédit a connu une croissance plus élevée que le PIB nominal.

La dérèglementation financière a donné lieu à un modèle d'économie basée sur la dette et l'épargne depuis les années 80 dans les pays de l'OCDE et la croissance par la dette de nos économies s'est accélérée depuis une vingtaine d'années aux États-Unis et dans le reste du monde. Dès la fin des années 80, le montant des encours de crédit augmentait de 10 à 15% par an alors que la croissance annuelle s'établissait à 5% pour le revenu national nominal.

Les épargnants financent la dette

Aussi, avec le vieillissement des populations le montant de l'épargne n'a cessé d'augmenter dans un monde de plus en plus imprévisible économiquement, politiquement et endetté avec lui-même. Les épargnants financent des dettes sans forcément le savoir via des fonds communs de placement ou des fonds monétaires dans le cadre de leur contrat d'assurance-vie. Les enjeux financiers sont considérables.

Ainsi, en France, les encours des contrats d'assurance-vie s'élèvent à 1.779 milliards d'euros à fin octobre 2019 selon la Fédération française de l'assurance. La taille du marché obligataire mondial est estimée aujourd'hui à 84.000 milliards d'euros selon l'AMF.

Lire aussi : La dette publique dépasse le seuil des 100% du PIB fin septembre

La dette, c'est plus de x3 du PIB mondial

Il convient de noter également que la somme des dettes publiques et privées représente plus de trois fois le produit intérieur brut mondial soit 230 trillions de dollars. Un chiffre qui ne devrait qu'augmenter dans l'avenir puisque la dette a accompagné la croissance des grands États, des pays émergents et des grandes entreprises. En effet, la croissance actuelle des pays de l'OCDE demeure insuffisante pour diminuer de manière significative leurs dettes actuelles et leurs besoins en financement.

Les nouvelles dettes servent à rembourser les anciennes et dans peu de cas sont utilisées à financer de nouvelles infrastructures génératrices d'emplois et de croissance économique. Derrière ces dettes il y a des emprunteurs, puis des prêteurs et des épargnants. Ces derniers sont préoccupés par la préparation de leur retraite et la transmission de leur patrimoine à leur descendance.

Autres inquiétudes : faire face aux maladies dégénératives (Alzheimer, Parkinson ...) dont les frais d'hébergements ne sont pas pris en charge par l'État dans la plupart des pays industrialisés. Comment ne pas s'endetter aujourd'hui lorsque le taux nominal est inférieur au taux d'inflation ?

Dans cet environnement monétaire attractif, les États et les acteurs privés continuent d'en profiter. Ainsi, les banques centrales ont créé de nouvelles dettes grâce à la politique d'assouplissement monétaire « quantitative easing » offrant des taux négatifs ou proches de zéro pour relancer la croissance des pays concernés suite à la correction des valeurs technologiques en 2000 et de la crise des subprimes en 2008. Les gagnants ont été les grands États qui se sont endettés pour rien et les investisseurs qui ont maximisé l'effet de levier du crédit. Par voie de conséquence, les marchés financiers et immobiliers se sont valorisés considérablement ces dernières années. Sans l'épargne des ménages et la trésorerie des entreprises, il ne pourrait y avoir l'existence d'un marché obligataire et d'un marché action aussi important qu'aujourd'hui.

Les épargnants lésés par les banques centrales

Dans ces économies de la dette, une diminution de l'épargne poserait de sérieux problèmes pour attirer les épargnants lors de l'émission de nouvelles dettes obligataires. Ces dernières étant essentielles pour assurer un minimum de croissance dans les pays avancés dans un contexte d'économies interdépendantes et mondialisées. Lorsqu'une économie doit gérer trop de dettes, il est difficile pour elle de s'en débarrasser à moins de créer de l'inflation.

Si cette dernière dépassait un certain seuil, les investisseurs ne seraient plus intéressés pour financer les dettes futures ou exigeraient des primes de rendement beaucoup plus élevées pour compenser les conséquences d'un risque inflationniste.

Les banques centrales vont maintenir une politique de taux bas afin de maintenir la solvabilité des dettes et éviter un risque systémique en cas de crise financière. Cette politique monétaire des taux bas contribue à rémunérer faiblement l'épargne sécurisée. Les épargnants ne peuvent plus protéger leur épargne contre l'érosion monétaire même si elle demeure encore faible aujourd'hui.

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Commentaires
a écrit le 18/01/2020 à 9:30 :
Faut pas se leurrer les taux bas est pour les investissements, le monde de la finance
Pour le particulier ça ne sert à rien sauf pour ceux qui ont un moyen de négocier avec les banques ( des cadres ou autres qui ont les moyens )
Les épargnes des populations font «  tampons «  aux 400 coups de ces filous financiers et leurs valets d’entrepreneurs chouchous...
a écrit le 14/01/2020 à 14:17 :
"Il convient de noter également que la somme des dettes publiques et privées représente plus de trois fois le produit intérieur brut mondial soit 230 trillions de dollars" : et bien sûr, tout le monde sait cette dette sera remboursée un jour, n'est-ce pas :-D !!
a écrit le 13/01/2020 à 18:38 :
On pompe l'épargne et la valeur travail de chacun pour engraisser un trou noir!
a écrit le 13/01/2020 à 16:39 :
"elles renforcent le pouvoir des créanciers envers les pays concernés."

"Si vous avez un découvert de 100 euros à la banque c'est votre problème mais si vous avez un découvert de 100 millions d'euros à la banque c'est le problème de la banque"

De ce fait on peut voir le verrevide et en effet avec des dirigeants politiques complètement soumis à la finance les citoyens dudit pays sont condamnés ou bien on peut voir le verre plein et s'endetter toujours plus de sorte que cela impacte aussi les finances desdits créanciers.

Alors pour les états unis cela a été facile de mettre à genoux tout cette bande de banquiers cupides et stupides étant donné que c'est le premier marcher américain, ceux-ci rigolent tous les jours un peu plus de leur soit disant dette mais on peut également voir que sans être la première puissance économique mondiale, avec un temps soit peu de puissance politique et donc de légitimité citoyenne, que les neuneux ne cherchent pas les deux sont liés à vie, comme en Turquie ou en Russie, quand même dire aux banquiers de se clamer et d’arrêter d'oser menacer les citoyens du pays concerné.

Mais forcément en UE, dictature financière s'il en est, les politiciens ne sont rien et les citoyens obligés de se saigner pour engraisser les paradis fiscaux des mégas riches européens et de leurs copains.

Comme d'habitude, cela ne dépend pas de quoi on parle mais de qui on parle.

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