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OpinionsTribunes

Pouvoir d’achat : quelques perspectives rassurantes pour 2022

Virgile Chassagnon

Publié le 21 février 2022 à 06:29

Face a l'inflation, castex appelle les entreprises a relever les salaires

Photo d'illustration

Sarah Meyssonnier / Reuters

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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OPINION. Plusieurs indices laissent penser que la hausse des prix pourrait être contenue et que les salaires pourraient augmenter dans les prochains mois. Par Virgile Chassagnon, Université Grenoble Alpes (UGA).

À quelques semaines de l'élection présidentielle, les sondages indiquent que la question du pouvoir d'achat reste en tête des principales préoccupations des Français. Cette tendance est renforcée par les tensions inflationnistes, entretenues en premier lieu par la hausse des prix de l'énergie qui frappent les dépenses contraintes des ménages.

Pour l'année 2021, la hausse des prix en France a ainsi atteint 3,4 % selon Eurostat, soit un taux inférieur à la moyenne de la zone euro, à savoir un peu plus de 5 %. Outre l'énergie, cette inflation s'explique par le redémarrage concomitant des grandes économies mondiales.

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Photo d'illustration (Crédits : DR)

La reprise économique se caractérise en effet par une forte demande, de matières premières tout particulièrement. Ce grand redémarrage a ainsi entraîné des défauts d'approvisionnement, des embouteillages dans les ports, des embouteillages d'acheminement. Cependant, l'on peut déjà constater un début de désengorgement des chaînes de production. Cet embouteillage était en effet dû au fait que tout le monde s'était mis à consommer, des biens industriels notamment, au même moment.

Il s'agit là d'un premier indice qui peut nous laisser penser, même s'il faut être prudent, que les prix, qui continuent d'augmenter en janvier 2022, pourraient se stabiliser en cours d'année, voire même baisser quelque peu en fin d'année.

Relance post-crise

Sur le front de l'énergie, l'augmentation du prix du gaz s'explique aujourd'hui par des raisons climatiques mais aussi par des raisons géopolitiques, notamment par notre dépendance à la Russie dont la position régionale et internationale est des plus instables en plein conflit avec l'Ukraine. Quant à l'électricité, pour des raisons légitimes d'ordre écologique, l'on a remplacé l'utilisation du charbon par le gaz, y compris dans les centrales de production d'électricité.

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Puisque le prix du gaz augmente, le prix de l'électricité augmente mécaniquement. Il y a donc une forte interdépendance des prix dans cette hausse récente de l'inflation, qui concerne aussi, dans une moindre mesure, les services et l'alimentation. Enfin, lorsque l'inflation augmente les prix d'autres biens ou services vont augmenter car ils sont indexés, parfois en des termes juridiques, sur l'inflation. Ainsi il y a des contrats qui lient les sociétés d'autoroutes à l'État qui prévoient une augmentation automatique des tarifs des péages tous les ans au 1er février en fonction notamment de l'inflation, ce qui explique la dernière hausse d'environ 2 %.

Or, la hausse des prix du gaz devrait diminuer, voire s'arrêter en 2022. Certes le scénario ukrainien inquiète et crée une incertitude sur le prix du gaz russe. Mais l'on peut envisager aussi certaines nouvelles sources d'approvisionnement et, dans un scénario politique favorable, l'ouverture du nouveau gazoduc russe, Nord Stream 2, qui permettrait de réduire les coûts en acheminant des volumes supplémentaires de gaz.

En ce qui concerne les carburants, on a effectivement pu constater une baisse du prix du baril de pétrole au printemps 2020 car l'activité économique avait fortement ralenti. Les producteurs avaient alors baissé la production afin de stabiliser les cours. Avec la reprise économique, la demande de pétrole a augmenté fortement et les prix du Brent sont revenus à leur niveau de 2018, mais restent loin de ceux enregistrés entre 2012 et 2014.

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Photo d'illustration (Crédits : DR)

L'économie mondiale entre donc dans une phase de relance post-crise pour laquelle les entreprises, semble-t-il, sont prêtes. Les mesures sanitaires n'ont pas dégradé l'appareil productif et la stratégie du « quoi qu'il en coûte » et des plans relance mondiaux a été efficace.

À lire aussi : Covid-19 : à quoi aurait ressemblé l'économie française sans les mesures de soutien ?

En 2020, l'on a connu une récession, courte mais de grande ampleur, de l'ordre de 8 % (tout en maintenant le pouvoir d'achat constant) et l'on ne craignait pas l'inflation, mais potentiellement une crise économique majeure avec une hausse du chômage.

Le pouvoir d'achat toujours en hausse

Or, deux ans plus tard, ce sont plutôt aussi les « vagues de grandes démissions » et les difficultés de recrutement dans certains secteurs qui préoccupent. La situation impose désormais aux entreprises de se remettre à la table des négociations et de prendre leur part en 2022. Le taux de chômage devrait en outre rester à des niveaux bas, et, d'après nos projections, l'on peut supposer que les salaires jusqu'à 1,7 fois le smic augmentent en moyenne en 2022, peut-être de 2 ou 2,5 %.

À lire aussi : Le mystère de la « Grande démission » : comment expliquer les difficultés actuelles de recrutement en France ?

Dans ce contexte, il est alors loisible d'envisager un scénario de conjoncture économique positif pour la France en 2022. Dans ce scénario, la croissance serait autour de 3-3,5 % et le pouvoir d'achat pourrait encore progresser. Selon la direction générale du Trésor, cette hausse pourrait être de 1 % en 2022 après avoir atteint 2,2 % en 2021 et 0,4 % en 2020.

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Photo d'illustration (Crédits : DR)

Cette mesure du pouvoir d'achat se fait de manière statistique à partir des comptes nationaux. Et l'on calcule l'évolution du pouvoir d'achat pour l'ensemble des ménages en tant que différence l'entre l'évolution du revenu des ménages et l'évolution de l'inflation, donc ce que l'on appelle en France l'indice des prix à la consommation.

Des inégalités

Cependant, si le pouvoir d'achat des ménages français a augmenté depuis 2017, l'on constate aussi que les gains qui en sont issus ne concernent pas tous les ménages de manière homogène. De manière complémentaire, l'Institut des politiques publiques estime dans une étude récente que pour les ménages les 5 % les plus modestes, le niveau de vie a même très légèrement diminué.

Ainsi, derrière nos statistiques nationales qui portent sur des moyennes, l'on doit prendre en compte la réalité que peuvent vivre les Français les plus modestes qui, en raison de leur mode de vie, peuvent connaître une baisse du pouvoir d'achat. En effet, si ces ménages modestes doivent utiliser très fréquemment leur voiture, se chauffent au gaz et habitent une passoire thermique, alors l'augmentation nominale de leurs dépenses contraintes est susceptible d'entraîner une perte de pouvoir d'achat en dépit des aides de l'État comme les chèques énergie et l'indemnité inflation.

A contrario, un ménage au revenu confortable prenant les transports en commun et habitant un logement récent aura un gain de pouvoir d'achat davantage significatif. Même s'il ne reçoit pas les récentes aides de l'État, ses dépenses restent moins contraintes par la hausse de l'énergie et il aura en outre pu bénéficier d'avantages fiscaux, comme la réduction ou la suppression de la taxe d'habitation, la défiscalisation des heures supplémentaires, etc.

Le risque des taux

Partant, le contexte actuel nous rappelle que nous sortons d'une crise économique, et que nos économies sont dans une phase de relance post-récession très particulière, dans laquelle les ménages les moins aisés ne doivent pas être les plus fragilisés. L'inflation est plutôt le marqueur d'une économie qui se porte bien et, en raison de ce contexte particulier, il faut dissiper, pour le moment au moins, les risques d'une spirale inflationniste (le fait que la hausse des prix implique une demande d'augmentation des salaires qui implique ensuite une nouvelle hausse des prix des entreprises qui veulent répercuter cette hausse des salaires, et ainsi suite) ainsi que les doutes sur les risques d'une stagflation (coexistence de l'inflation et du chômage).

Cependant, une question importante qui se posera dans la deuxième partie de 2022 sera la remontée des taux d'intérêt. La Banque centrale européenne devra en effet gérer la "fin" de ses politiques monétaires accommodantes (quantative easing) en optant pour une remontée tardive et très progressive des taux d'intérêt, afin de ne pas pénaliser la reprise économique.

À lire également

  • L'inflation à 15 % ou bien à 2,5 % ?
  • Quand agir face à l'inflation ? Christine Lagarde (BCE) s'oppose à une hausse trop rapide des taux en zone euro
  • Aux Etats-Unis, l'inflation surprend en accélérant à 7,5% en janvier

Par Virgile Chassagnon, Professeur des Universités en Economie (FEG-CREG), Directeur de l'Institut de Recherche pour l'Economie Politique de l'Entreprise, Université Grenoble Alpes (UGA).

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Virgile Chassagnon

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