Présidence française de l'UE : recréons le consentement à l'Europe  !

OPINION. Alors que la France prend la présidence du Conseil de l'Union européenne, nous avons une opportunité unique d'enclencher la réinvention de notre consentement à l'Europe et, in fine, de ré-enchanter le lien entre les peuples de notre continent. Par Jad Zahab, Essayiste.

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(Crédits : Yves Herman)

A de nombreux égards la simple évocation de l'Union européenne est devenue ces dernières années, dans la société française, la source d'un débat acerbe. Même, parce qu'elle convoque les thématiques de la souveraineté ou encore de la culture nationale, elle est devenue un marqueur idéologique et partisan puissant, en témoigne la première polémique de l'année dans l'Hexagone au sujet de la présence du drapeau de l'Union sous l'Arc de Triomphe parisien. Alors que la France prend la présidence du Conseil de l'Union européenne, nous avons une opportunité unique d'enclencher la réinvention de notre consentement à l'Europe et, in fine, de ré-enchanter le lien entre les peuples de notre continent.

La contestation de l'Union européenne n'est pas nouvelle en France, elle est, ces dernières années, survalorisée par certaines formations politiques qui en font une ligne de conduite politique et idéologique. Néanmoins, que l'on soit ou non d'accord avec la tournure qu'a pris la réalisation de cette belle ambition initiale d'une union politique des États, chacun doit concéder que l'Union européenne s'est sans doute, dans ses premières années, trop élargie sans s'approfondir et, plus récemment, qu'elle a oublié de se mettre en récit aux yeux des citoyens. Aussi, dans le cas de la France, le référendum portant sur l'adoption du Traité pour une Constitution européenne de 2005 a achevé d'ancrer, de manière assez légitime, un profond non-consentement à l'Union européenne : en faisant adopter deux ans plus tard et par voie de Congrès le texte que les Français avaient rejeté dans les urnes, Nicolas Sarkozy a posé les bases d'un rejet démocratique de cette Union, vécue par beaucoup comme une concurrence à la souveraineté nationale.

Une Europe de citoyens

Assurément, le populisme juridique qui grandit partout sur le continent européen est nourri de l'idée selon laquelle l'Union européenne serait une concurrence, une entrave, une limitation contre leur gré de la capacité des États à agir. Au-delà des modalités pratiques d'adoption des Traités, l'Union européenne souffre très clairement d'un déficit de notoriété de la part des citoyens européens, alors que cette dernière n'a jamais autant œuvré pour leurs intérêts. Ce n'est pas peu dire que, ces dernières années et ces derniers mois, l'Union a accompli ce que jamais auparavant elle n'avait réussi : le plan de relance inédit adopté durant la pandémie où les États ont emprunté ensemble fonde de manière jurisprudentielle une nouvelle ère de notre coopération ; si elle avait tardé à réagir de manière coordonnée, l'Union européenne a réussi à être au rendez-vous de la vaccination de tous ses citoyens, etc.

Alors que la France aborde la présidence du Conseil de l'Union européenne en parallèle des échéances électorales que nous nous apprêtons à vivre, le choix de l'Europe est celui de la raison face à l'écume des choses. Tous les enjeux de notre époque, fussent-ils écologiques, sécuritaires, migratoires, numériques ou diplomatiques font de l'Union européenne l'outil le plus puissant que nous ayons pour nous projeter collectivement dans l'avenir et le temps long. Sans évidemment disqualifier le rôle et la force des États à impulser individuellement les initiatives que leurs peuples souhaitent, il y a une navrante facilité, une forme d'arrogance prétendument patriote mais en réalité nationaliste, à faire croire que nous ferions mieux et plus si nous étions seuls. Qu'on ne s'y trompe pas, il va de soi que l'Union d'aujourd'hui n'est pas exempte de critiques et que quiconque y est attaché doit avoir la lucidité de les pointer pour mieux les appréhender. Si l'agenda porté par la présidence française de l'Union incarne, à de très nombreux égards, une ambition inédite, n'oublions pas, pour le temps long, un précepte simple mais ô combien d'actualité : « on ne consent qu'à ce que l'on comprend ». Dans les jours comme dans les semaines à venir, ne refusons aucun débat ni aucune proposition qui pourrait contribuer à revigorer (voire réinventer) le lien démocratique - nécessaire - entre les citoyens et les institutions, comme l'harmonisation des modalités d'élection du Parlement européen via une règle commune.

L'Union européenne est notre horizon, mais elle n'est rien sans ses citoyens, face au galopant attrait pour la réaction, préférons le pragmatisme et l'humilité de l'action.

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Commentaires 6
à écrit le 21/01/2022 à 10:56
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Aucune condition n'est réunie vu que les banquiers européens ont prit le peuple européen en otage mais il faudrait quand même qu'on... qu'on quoi en fait ? Vous rendez-vous compte quand même à quel stade d'irréalisme vous parvenez là ? 13% de confian...

à écrit le 20/01/2022 à 19:33
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Il faudrait etre fou pour ne pas voir dans l'Europe un frein à la liberté nationale. le coeur du problème est que l'Europe n'est pas dotée de compétences propres, et oeuvre dans tout ce qui l'intéresse. Prenons le cas du Canada, le fédéral (canada) a...

à écrit le 19/01/2022 à 11:16
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Puisque nous avons la présidence, mettons l'UE devant ses responsabilité et demandons aux européens de partager le fardeau financier de nos opérations extérieures destinées à protéger l'UE du terrorisme, puisqu'ils ne participent pas ou si peu !

à écrit le 19/01/2022 à 10:17
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Un article qui met tout dans le même sac: L'administration technocratique qui nous impose son dogme et les peuples qui sont prêt a s'entendre, si, l'on ne les clivait pas sans cesse pour stimuler "une concurrence libre et non faussée" et les uniformi...

à écrit le 19/01/2022 à 9:23
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que cette Europe s'occupe du commerce et de la défense mais laisse le reste aux pays membres .

à écrit le 19/01/2022 à 8:44
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La merveilleuse UE qu'on nous vantait ce révèle être un cauchemar, quand à la paix, la guerre est aux portes de l'UE et les dettes monstrueuses sont partout. Il serait temps de demander aux 27 peuples ce qu'ils en pensent par une question simple dans...

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