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Présidentielle et crise ukrainienne : quand le pouvoir d'achat est confronté à d'autres priorités

Samir Ayoub et Luc Meunier

Publié le 02 mars 2022 à 10:48 - Mis à jour le 03 mars 2022 à 10:51

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ANALYSE. Tous les sondages menés dans le cadre des élections présidentielles montrent que le pouvoir d'achat reste la préoccupation absolue des Français. Cette préoccupation est d'autant plus actuelle que la crise en Ukraine accentuera certainement la pression sur les ménages à travers l'augmentation du prix de l'énergie et de certaines matières premières essentielles, tel que le blé. Par Samir Ayoub et Luc Meunier, Professeurs de Finance à l'ESSCA School of Management

Les candidats de tous bords ont bien compris cette préoccupation des Français concernant leur pouvoir d'achat. De l'extrême droite à l'extrême gauche en passant par les socialistes et la droite républicaine, les candidats déclarés ont rivalisé ces derniers mois de promesses de subventions et de hausse de salaires pour les jeunes et les moins jeunes. Augmentation du SMIC, dotation autonomie jeune, prime natalité, revenu jeunes actifs, revenu citoyen... jamais une campagne présidentielle n'a mobilisé autant de milliards !

Si l'augmentation des salaires était jusqu'à présent le monopole de la gauche, la droite républicaine s'en empare lors de cette présidentielle. Le leitmotiv de Nicolas Sarkozy était de « travailler plus pour gagner plus ». Celui de François Fillon, de revenir aux 39h. Valérie Pécresse, quant à elle, promet d'augmenter les salaires nets inférieurs à 2,2 SMIC de 10% dans les 5 ans. La candidate n'est plus sur une logique d'augmentation du pouvoir d'achat par la promotion de la croissance ou du temps de travail - des valeurs historiquement chères à la droite - mais bien par une redistribution de la richesse des entreprises vers les Français.

Le « quoi qu'il en coûte » : une mesure d'urgence devenue structurelle

La nécessité de séduire l'électeur français par des aides financières directes - notamment par l'augmentation des salaires - tient incontestablement à la banalisation du « quoi qu'il en coute ».  Déployé pendant la crise COVID, le mesure a renforcé le rôle de l'état providence dans la protection et l'accompagnement des Français en temps de crise. Mais cette mesure d'un jour semble être devenue une mesure pour toujours. Et aujourd'hui, chacun distribue ses enveloppes pour être élu... « quoi qu'il en coûte » !

Les mesures déployées par le gouvernement ont en effet laissé croire à l'idée d'un argent accessible et rapidement mobilisable. Changement de cap par rapport aux discours dépeignant l'Etat Français au bord de la faillite.

Changement de regard également vis-à-vis de la dette qui se trouve reléguée au second plan. L'Europe et de la BCE passent ainsi du père fouettard à la mère nourricière. Oubliée la fameuse règle des 3% et adieu les programmes électoraux basés sur la réduction de la dette :  aucun candidat ne détaille réellement les mesures qu'il mettra en place pour la contenir. Aussi, cette crise qui a menacé directement la santé des Français montre à quel point il est important de profiter de l'instant présent, en oubliant ainsi le poids que cette dette pourrait avoir dans le futur pour nos enfants et petits-enfants.

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Le rapport des Français à l'Etat a également été métamorphosé. Avec le retour en force de l'Etat providence, les attentes des citoyens ne cessent de croître. Les candidats à la présidentielle ne voient d'autre solution que de rivaliser de prodigalité.

Quelle stratégie pour le dernier candidat non déclaré ?

Emmanuel Macron pourrait tout-à-fait continuer sur sa lancée avec le « quoi qu'il en coûte », dont il est après tout le créateur. Et donc s'aligner sur les autres candidats, pour continuer à rassurer les Français. En effet, tous les économistes s'accordent à dire que les semaines et les mois à venir seront durs en termes de pouvoir d'achat pour les ménages. Cette crise pourrait également toucher les entreprises qui commercent avec la Russie et qui pourraient avoir besoin de subventions pour compenser l'arrêt de l'activité ou avoir recours au chômage partiel. Tout ceci pourrait se faire avec l'aide de l'Europe comme ce fut le cas avec la crise COVID.

Mais en retardant l'annonce de sa candidature, le président s'est aussi offert la possibilité de créer son programme en fonction de l'actualité et en ayant connaissance des propositions adverses.  Au lieu de se positionner dans la continuité, et donc entrer dans la compétition électorale sur les mesures liées au pouvoir d'achat, il peut faire le choix d'une proposition de rupture. Fort de son avance dans les sondages, d'une économie en forte croissance et d'un taux de chômage au plus bas, il peut faire le choix d'un « service minimum » en matière d'annonces sur le thème du pouvoir d'achat (par exemple, le prolongement du bouclier tarifaire sur le gaz de quelques mois) et recentrer l'essentiel du débat - et donc du budget - vers une autre priorité.

Il pourrait choisir d'orienter sa stratégie sur un volet géopolitique en lien avec le renforcement de la défense nationale et européenne. Face au géant russe, l'idée d'une France et d'une Europe militairement fortes peut susciter l'adhésion de bon nombre d'électeurs. Rappelons que le président Macron avait déjà opéré plusieurs augmentations sur le budget de la défense pour atteindre 41 milliards en 2022.

Par ailleurs, les deux crises successives de la COVID et de l'Ukraine montrent à quel point la souveraineté économique et industrielle de la France est indispensable. Un plan d'investissement de 30 milliards d'euros pour l'autonomie industrielle et technologique a été dévoilé à cet effet en octobre dernier. Tout cela sera-t-il suffisant compte tenu des évènements récents ? Les investissements annoncés ne devront-ils pas être réévalués dès lors qu'il s'agit désormais d'assurer rapidement l'autonomie industrielle, agricole et énergétique de la France.

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Aussi, pour le Président sortant, le vrai danger de la campagne à venir est-il de courir plusieurs lièvres à la fois : vouloir confirmer aux électeurs le maintien d'un « quoi qu'il en coûte » généralisé, tout en affichant un programme volontariste d'investissement à la fois dans la défense et dans la souveraineté économique de la France. Ceci risquerait d'entraîner une forte augmentation de la dette et de la dépendance qu'elle implique vis-à-vis de ses détenteurs... à plus de 50% étrangers.

Samir Ayoub et Luc Meunier

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