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Que cette crise soit une chance !

Photo de Michel Santi

Michel Santi

Publié le 15 juin 2020 à 07:46 - Mis à jour le 07 juillet 2020 à 15:32

Michel Santi, économiste.

Michel Santi, économiste.

DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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OPINION. La baisse de l'endettement des plus aisés - progressive et incontestable ces deux dernières décennies - est inversement proportionnelle à l'envolée des dettes des 90% les moins fortunés. Les plus riches se retrouvent donc les créanciers en ligne directe de ces 90%. Par Michel Santi, économiste (*).

Pour le bien commun, pour la préservation pure et simple du capitalisme, cette crise devrait être saisie à bras le corps car la relation de cause à effet entre l'accumulation des endettements et les inégalités, pour moi, coule de source.

Le fait est que la baisse de l'endettement des plus aisés - progressive et incontestable ces deux dernières décennies - est inversement proportionnelle à l'envolée des dettes des 90% les moins fortunés. Les plus riches se retrouvent donc les créanciers en ligne directe des 90%, et ils détiennent en outre d'autres créances sous forme de dépôts bancaires, de contrats d'assurance-vie, de parts sociales dans les entreprises.

En même temps, nous sommes en présence d'une légion de débiteurs qui plient et qui sont sur le point de rompre à mesure de la succession des crises et de la mauvaise gestion des États.

Banques centrales: des théories du complot qui ne sont que fantasmes

Cette simultanéité d'une infime minorité exempte de dettes qui coexiste à côté d'environ 90% de la population dont les dettes s'amoncellent fragilise évidemment une économie d'ores et déjà compromise et qui s'en serait bien passée.

Voilà pourquoi les discours enflammés voire haineux à l'encontre des banquiers centraux, voilà pourquoi ce halo de théories du complot qui entoure les banques centrales accusées de tous nos maux sont purs fantasmes.

Non seulement leurs taux d'intérêt proches du zéro (ou au zéro) n'ont pas pu exacerber les inégalités, tout simplement parce que les moins bien nantis ne disposent pas de suffisamment d'épargne pour être pénalisés du point de vue de la rémunération d'avoirs qu'ils n'ont pas.

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Ce n'est par ailleurs pas la politique monétaire extraordinairement laxiste des banques centrales qui creuse les déficits, lesquels sont générés en quelque sorte mécaniquement par un appétit et par une propension toujours plus importants à l'épargne (par temps incertains), et ce, au détriment de l'investissement dans l'économie.

L'obsession pour les valeurs refuges a massivement comprimé les taux d'intérêts réels

C'est cette quête effrénée et quasi maladive de sécurité (dont je parlais
dans ma précédente analyse) qui a comprimé massivement les taux d'intérêt réels. C'est cette obsession des valeurs refuges qui n'a laissé d'autre choix aux intervenants privés et institutionnels en quête de liquidités que de s'endetter toujours plus.

C'est la spirale de ces déficits qui a gelé la demande agrégée et la consommation chez les acteurs économiques qui ne pouvaient plus se permettre de remplir leur rôle respectifs que par davantage de dettes.

C'est cette dégradation de la consommation qui, à son tour, a conduit à un creusement supplémentaire des endettements. Le fait est que les plus fortunés n'ont pas joué le jeu: ils n'ont pas transformé au moins une partie substantielle de leur épargne en investissements en direction de l'économie, car ils ont dévoyé la fonction originelle de
pourvoyeuse de liquidités que fut la Bourse en tiroir-caisse source de profits rapides. Ceci étant un exemple parmi tant d'autres ayant conduit le taux d'investissement à drastiquement baisser, et ce, en dépit de taux d'intérêt quasi nuls censés, en théorie, relancer les placements profitant à la collectivité.

Casser la préférence pour la hausse du chômage contre celle des déficits

À la faveur de cette crise, les gouvernements doivent casser et dépasser ce choix cornélien qui les obligeait jusque-là à préférer la hausse du chômage à celle des déficits. Dans notre contexte actuel de financement à taux nuls et même à taux négatifs à portée des États, ils doivent impérativement profiter de cette chance inouïe et créer des fonds souverains qui prendront littéralement des participations dans les capitaux des entreprises, y compris dans les PME, afin d'infléchir cette trajectoire et de peser sur la redistribution.

L'interventionnisme intelligent des pouvoirs publics et la multiplication des partenariats privé-public doivent stimuler l'investissement et la consommation sans que cela ne passe par l'aggravation des dettes des 90%. Car la dette excessive est source de fragilité, d'instabilité, et nos économies ne pourront éternellement tourner grâce aux
cycle infernal de formations/implosions de bulle spéculatives.

___
(*) Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et directeur général d'Art Trading & Finance.

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Il vient de publier «Fauteuil 37» préfacé par Edgar Morin

Sa page Facebook et son fil Twitter.

Michel Santi

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