Quelles perspectives économiques pour l'Iran avec ou sans accord nucléaire ?

OPINION. Plusieurs experts économiques ont évalué les conséquences pour l'Iran en cas de renouvellement de l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPoA) ou de son échec. Deux scénarios se dégagent. (*) Par Hamid Enayat, analyste et écrivain iranien basé à Paris.

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(Crédits : Reuters)

On ignore si le JCPoA sera relancé ou non. Mais on peut examiner les stratégies économiques et commerciales de l'Iran dans le cadre de ces deux scénarios.

Scénario 1 : un accord sera conclu, et le JCPoA sera renouvelé.

Dans le cas le plus optimiste, supposons que toutes les parties reviendront au JCPoA 2015, favorisé par le régime iranien, et non au JCPoA 2021 que les États-Unis et l'Europe privilégient. Dans le JCPoA 2021, l'Iran renonce à son programme de développement d'armes nucléaires et de missiles, met fin à son ingérence et à son influence dans la région et améliore la situation des droits de l'homme. Dans ce scénario, le régime iranien s'engage auprès du Groupe d'action financière (GAFI).

Le Guide Suprême iranien, Ali Khamenei, insiste sur la relance du JCPoA 2015. Son régime exerce une forte pression sur la communauté internationale à travers ses menaces d'augmenter son stock d'uranium hautement enrichi et le niveau de concentration d'uranium.

Dans ce scénario très optimiste, l'Iran pourra vendre son pétrole à une capacité journalière d'au moins 2,5 millions barils, comme avant. Les recettes de ces ventes, ainsi qu'une énorme quantité d'avoirs monétaires iraniens gelés, seront remis au gouvernement iranien. Étant donné que l'économie iranienne est principalement dirigée par le CGRI (Corps des Gardiens de la révolution islamique) et des institutions affiliées au Guide Suprême, les profits réalisés seront au centre des préoccupations du peuple iranien au lieu de lui représenter un besoin. En Iran, au lieu d'investir dans la fabrication locale, les marchandises sont importées de la Chine et d'autres pays. En 2016, l'Iran a connu des manifestations à l'échelle nationale dans plus de 160 villes en raison de la pauvreté et de l'inflation.

Bien qu'un soulagement économique temporaire existera si le JCPoA est relancé, l'économie nationale est gravement endommagée. En Iran, il n'y a pas de code au niveau national identifiant les priorités avec une approche scientifique et basée sur des programmes, et ce malgré le niveau de la technologie de développement industriel et de la feuille de route du pays.

Scénario 2 : le JCPoA ne sera pas relancé

Dans ce cas, les pressions des sanctions et des restrictions internationales croissantes sur l'Iran se poursuivront.

Dans cette option, le régime iranien quitte officiellement le JCPoA et tentera de mettre à niveau son programme nucléaire comme une menace pour le monde afin d'assurer sa survie. L'action militaire va provenir probablement de sources extérieures. L'économie iranienne, qui est actuellement au bord de l'effondrement, surtout après la pandémie du Covid-19, est confrontée à l'inflation et à la montée du chômage.

En raison de l'isolement international, les entreprises affiliées au gouvernement utilisent les ressources financières et le capital du gouvernement sans une gestion cohérente. La corruption colossale et les tensions géopolitiques, notamment avec Israël, et l'instabilité interne se poursuivront. Une telle instabilité économique et politique repoussera tout investisseur étranger et ne dressera pas une image favorable du gouvernement iranien sur la scène internationale.

Quelle est la situation économique actuelle en Iran ?

À l'heure actuelle, la liquidité au cours des douze mois jusqu'à fin août 2021 a augmenté de 39,1%. L'argent non pris en charge est imprimé pour compenser le déficit budgétaire. En avril 2021, Abdul Nasser Hemmati, ancien gouverneur de la Banque centrale d'Iran, a déclaré : "En 1998 et 1999, une partie du budget du gouvernement a été fournie par les recettes en devises du Fonds national de développement, ce qui signifie simplement imprimer de l'argent."

Récemment, M. Aghamohammadi, un cadre proche des cercles décisionnels iraniens, a présenté un rapport montrant qu'au cours des 50 dernières années, la part de la productivité dans la croissance économique de l'Iran a été nulle. Dans de nombreux autres pays, cette part est supérieure à 30 %. Lorsque le pourcentage de productivité dans la croissance économique reste si faible pendant si longtemps, cela signifie que la structure financière globale du pays est en grave difficulté. Les statistiques suggèrent qu'une grande partie du capital du pays le quitte et n'y retournera probablement pas.

Il y a eu beaucoup de nouvelles sur la taille de l'économie iranienne et la baisse du PIB qui ont suscité la controverse ces dernières semaines. Selon les nouveaux chiffres de la Banque mondiale, le PIB de l'Iran, d'environ 600 milliards de dollars en 2012, a chuté d'un tiers après huit ans. L'économiste Mahmoud Jamsaz a déclaré: "Nous avions beaucoup de revenus pétroliers, s'ils étaient correctement gérés et leurs recettes étaient allouées aux réels secteurs de l'économie, nos produits ne seront pas gaspillés et la production nationale ne sera pas retardée".

Crise des moyens de subsistance

Il a souligné que la principale préoccupation des gens est leur gagne-pain. La crise actuelle des moyens de subsistance en Iran résulte des politiques des quatre décennies de règne du gouvernement sur l'économie du pays. Les politiques monétaire, budgétaire et de change du gouvernement ont mis toutes les variables macroéconomiques en mauvaise posture. L'ignorance de l'économie a fait que l'économie iranienne est classée très bas parmi les économies mondiales.

Résoudre cette situation nécessite des changements fondamentaux dans la structure politique. Sans ce changement, l'avenir ne peut être construit et le pouvoir politique ne peut être maintenu sans le pouvoir économique.

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Commentaires 2
à écrit le 24/09/2021 à 18:54
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L'Iran se fiche de son économie car seule la destruction d'Israël vaut tous les sacrifices... y compris celui de sa jeunesse!

à écrit le 23/09/2021 à 23:55
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D'après vous tous les scénarios sont catastrophiques pour l'Iran .. C tiré par les cheveux

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