Qui a peur de l'Intelligence Artificielle  ?

Les craintes liées à l'uberisation sont aussi vieilles que le développement et la transformation économiques. Les prévisions en la matière ne mènent pas bien loin: nul ne sait vraiment où se trouveront les nouveaux emplois, c'est le marché qui dictera sa loi. Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, professeurs à l'Essec.

4 mn

Marc Guyot et Radu Vranceanu, professeurs à l'Essec.
Marc Guyot et Radu Vranceanu, professeurs à l'Essec. (Crédits : DR)

Lors du dernier meeting de l'American Association for the Advancement of Science tenu récemment à Washington, des scientifiques de renom se sont émus ouvertement du risque pour l'homme du développement de la robotique et des avancées en Intelligence Artificielle (IA). Dans un proche futur, les machines seront capables de faire quasiment toutes les tâches dévolues à l'homme, plus efficacement que lui. Les investissements massifs consentis par des firmes comme Facebook, Google ou Microsoft vers la voiture qui se conduit seule, pointent le risque pour l'homme d'être éliminé de l'activité économique par les machines. Ils citent le chiffre de 10% des emplois américains qui impliqueraient de conduire des automobiles et qui seraient en danger. Même les travailleurs du sexe seraient en danger, à terme, d'être supplantés par des Robots du sexe plus performants, animés par une intelligence artificielle.

La mise à l'écart de l'homme par la machine?

L'histoire de l'humanité a été en permanence caractérisée par des phases d'inquiétudes et de rejets du progrès technique, vu comme destructeur d'emplois. La révolte des canuts lyonnais détruisant les métiers à tisser, voleurs d'emplois de tisserands, est un exemple emblématique. Pourtant, force est de constater qu'en 2016, malgré un progrès technique continu, cette fameuse mise à l'écart de l'homme par la machine ne s'est toujours pas matérialisée. Bien au contraire, les économies des pays développés continuent à créer des emplois à un rythme soutenu.

Une vision planiste et malthusienne

Cette approche pessimiste vient en général d'une vision planiste et malthusienne de l'économie et relève donc d'une profonde méconnaissance du fonctionnement de l'économie de marché. Le problème n'est pas de contester le chiffre de 10% d'emplois détruits par la voiture autonome, il est peut-être vrai. Le développement du moteur à explosion a bien éliminé à terme 100% des emplois liés à la traction animale comme les emplois de cocher, maréchal-ferrant, éleveur de chevaux de traits, palefrenier, garçon d'écurie et a éliminé les entreprises de transport hippomobile et les entreprises de fourrage.

Le marché va révéler les usages pertinents du travail

A cette époque, les homologues de notre scientifique de renom, tout en concevant leurs moteurs se lamentaient sur l'extinction de ces métiers et le danger pour l'homme d'être mis irrémédiablement au chômage. Ils avaient raison et tort à la fois. 100% des emplois liés à l'activité ont bien disparu et l'activité humaine et l'emploi ont continué à se développer dans un sens que ces scientifiques, comme les scientifiques actuels, sont incapables de prédire.

En effet, c'est le marché qui va révéler les usages pertinents du travail dont les usages potentiellement rentables se modifient en fonction des évolutions technologiques, et personne d'autre. Aucun planificateur de ministère n'est capable d'entrevoir l'avenir de l'économie. Celui-ci se révèle progressivement si les marchés fonctionnent librement en trouvant systématiquement le meilleur usage pour les ressources en travail de l'économie. En effet, le marché concentre, transporte, révèle et distribue les millions d'idées, d'innovations, d'un nombre infini d'entrepreneurs, placés sur toute la surface de la planète, au contact d'une infinité d'opportunités que chacun voit dans son coin et chacun bénéficiant, toujours par l'intermédiaire du marché, des idées et avancées des autres, comme l'a parfaitement conçu le prix Nobel d'économie Friedrich Von Hayek.

Uberisation ou adaptation au progrès technologique?

Après coup, les spécialistes des sciences de gestion pourront expliciter la nature géniale de l'évolution qu'ils n'ont pas vu venir ni su prédire car personne ne le peut. Tous les commentateurs de ce qu'il est convenu d'appeler l'uberisation de l'économie, qu'ils l'abordent sous l'angle de la stratégie, la sociologie, le marketing passent le plus souvent à côté de la dynamique institutionnelle de ce phénomène qui est simplement l'adaptation du marché à un progrès technologique en termes de miniaturisation des composants électroniques et de développement de la 4G qui rendent facile et pratique l'utilisation de smartphone.

Un grand nombre de métiers vont être mis en cause, un grand nombre de métiers nouveaux vont apparaître. Les Cassandre voient, de bonne foi, le verre à moitié vide et prédisent la fin d'un monde ... qui survivra et se développera, comme d'habitude depuis 300 ans, tant que l'économie de marché organisera les échanges.

4 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 32
à écrit le 10/03/2016 à 18:53
Signaler
On oublie trop souvent qu'une invention, au quinzième siècle, a détruit définitivement une profession vieille d'au moins cinq millénaires, celle de copiste. L'imprimerie. Elle en a créé d'autres. Plutôt que d'intelligence artificielle, terme à la ...

à écrit le 10/03/2016 à 8:10
Signaler
Le chômage de masse qu'annonce l"article, comme une bien heureuse conséquence du modernisme, serait inéluctable. Et l'Humain, on y réfléchit à la " Business school " ?

à écrit le 09/03/2016 à 9:47
Signaler
Bonjour, Si j'ai bien compris, l'article, c'est toujours "la main invisible" de Adam Smith, qui prévaut. L'humain, les humains, au service, dépendants, esclaves, du marché et de la technologie. Il est, je pense, urgent, très urgent, de changer de ...

à écrit le 08/03/2016 à 18:00
Signaler
La personne qui a écrit cet article devrait réfléchir à ce qu'elle dit. D'abord : "Dans un proche futur, les machines seront capables de faire quasiment toutes les tâches dévolues à l'homme, plus efficacement que lui." Ensuite : "Un grand...

à écrit le 08/03/2016 à 13:23
Signaler
On aimerait bien savoir de qui il s'agit, et un petit lien, non? Parce qu'a mon avis, on gagne plus a lire Moshe Vardi que les poncifs de nos amis de l'Essec. http://www.eurekalert.org/pub_releases/2016-02/ru-wmc021016.php

à écrit le 07/03/2016 à 17:54
Signaler
Ce qui me désole c'est de voir la fascination que l'IA suscite mais surtout de constater que les êtres humains que nous sommes sont exclus petit à petit du processus par une dépersonnalisation , une déshumanisation des relations entre individus qui s...

à écrit le 07/03/2016 à 10:35
Signaler
Encore un commentaire; l'énergie ne répond pas aux critères des lois du marché. Voir le livre "déchiffrer l'énergie" de Benjamin Dessus.

à écrit le 07/03/2016 à 9:10
Signaler
@fredo30 désolé mais le revenu universel ne fonctionne que si l'argent a toujours une valeur. Si plus aucun humain n'a quelque chose à échanger, alors l'argent n'a plus de valeur pour lui. L'intelligence Artificiel c'est la fin de l'économie sauf s...

à écrit le 07/03/2016 à 8:54
Signaler
Allahu Akbar... Prosternation devant le dieu marché. Allahu Akbar... Intense recueillement, toute respiration retenue... Prière montante vers la main invisible. Allahu Akbar... Mais est ce bien une crainte? L'important est d'être actif, pas d'avo...

le 07/03/2016 à 10:23
Signaler
Ce n'est pas tout ou rien, mais les deux à la fois, progressivement et jusqu'à certain seuil qui correspondrait à un point d'équilibre entre le cout du travail et le prix de l'énergie. Merci.

à écrit le 07/03/2016 à 8:54
Signaler
Allahu Akbar... Prosternation devant le dieu marché. Allahu Akbar... Intense recueillement, toute respiration retenue... Prière montante vers la main invisible. Allahu Akbar... Mais est ce bien une crainte? L'important est d'être actif, pas d'avo...

à écrit le 07/03/2016 à 8:41
Signaler
"Un grand nombre de métiers nouveaux vont apparaître". Oui mais lesquels ? Les auteurs se gardent bien de le dire car ils n'en savent rien. La vérité c'est que les nouveaux métiers ne seront pas aussi nombreux que les anciens. La moitié des salariés ...

à écrit le 07/03/2016 à 0:10
Signaler
Révoltes, emeutes, sacages, naissance de régimes autoritaires. Faut pas rêver cela ne va pas se faire en douceur. Désoler de décevoir les investisseurs

à écrit le 06/03/2016 à 22:25
Signaler
La réponse à l'automatisation croissante de l'économie c'est le revenu universel. D'ici 20 à 40 ans suivant les avis on va donc assister à un grand remplacement des emplois tenus par des homo sapiens par des machines pseudo intelligentes. Il faudra b...

le 07/03/2016 à 9:27
Signaler
D'accord pour ce revenu universel. Cela pourrait correspondre à une allocation universelle récupérée sur les tranches d'imposition de l'impot sur le revenu.n Merci.

à écrit le 06/03/2016 à 21:09
Signaler
Oui mais ... Le marché avait le tant de s'adapter. Las la révolution se fera en quelques année. Et encore dans le cas où. Il reste un marché car qu'aurons- nous a échanger si nous sommes supplanté systématiquement ...

à écrit le 06/03/2016 à 20:35
Signaler
Quand on regarde la télévision, les politiques, et les pseudo-intellectuels du paf, on se dit que la question à poser est : Qui a peur de la bêtise artificielle ?

à écrit le 06/03/2016 à 18:48
Signaler
Messieurs, je me permets de vous répondre car votre article fait l'impasse sur plusieures problématiques. Certes, l'histoire nous enseigne que toutes les évolution technologique antérieures ont vu finalement se créer une autre économie et que le ...

le 07/03/2016 à 8:40
Signaler
@Remi. Votre question est primordiale et une réponse détermine toute l'économie: que faire pour financer ce temps rendu disponible par les gains de productivité. Les économistes devraient nous donner une réponse. Pour ma part, il faut penser à l'éner...

le 07/03/2016 à 9:06
Signaler
Suite. Une réponse devrait tenir compte des motivations pour la répartition de ce temps libéré et de l'énergie pour le financement.

à écrit le 06/03/2016 à 15:22
Signaler
Le travail subsistera non pas parce qu'il sera nécessaire mais simplement pour lutter contre l'ennui qui est le pire ennemi de l'homo sapiens...

le 06/03/2016 à 20:38
Signaler
D'accord, mais il faut tenir compte de la pyramide des motivations. Le travail n'a pas la même forme suivant la nécessité de travailler: une sécurité pour la survie ou une occupation. Merci.

à écrit le 06/03/2016 à 14:07
Signaler
Vous ,vous trompez,l'Uberisation n'est juste qu'une nouvelle forme de concurrence déloyale envers les autres,pas un modèle économique de développement du partage:ebay existe depuis longtemps sans créer de problèmes

à écrit le 06/03/2016 à 13:24
Signaler
comparer l'arrivée du métier à tisser avec celle de robots agrémentés d'une I.A est aussi stupide que de comparer une personne vivante avec une personne morte, comme toujours les analyses ridicules et sans mise en perspective ont pignon sur rue..arf ...

à écrit le 06/03/2016 à 12:57
Signaler
Il y a une transformation économique avec l'automatisation numérique. Ce qui importe, c'est de savoir comment adapter le modèle social. L'article se situe complètement à l'intérieur de l'idéologie du travail, c'est un article religieux qui pense que ...

à écrit le 06/03/2016 à 12:48
Signaler
"c 'est le marche qui dictera sa loi" Si le marche pouvait nous debarasser de ces pseudo scientifique d'une science qui n'en est pas une...On peut en douter. Si le marche etait juste et efficient, les deux duponts n'enseigneraient pas les stupides ...

à écrit le 06/03/2016 à 12:31
Signaler
En tant que programmeur de jeu d'échecs, je me suis posé et je me pose souvent la question : au moment où l'on lance n'importe quel programme (notamment avec une ia interne), doit-on en mesurer et accepter toutes les conséquences ? De l'ia opératio...

à écrit le 06/03/2016 à 12:20
Signaler
"les économies des pays développés continuent à créer des emplois à un rythme soutenu." ... avec les bras qui me sont tombés, je finis d'écrire avec le nez... Ouaich. L'essec, je connais plus HEC, mais il semble encore pire.

à écrit le 06/03/2016 à 12:01
Signaler
Il y a quand même une différence entre l'émergence de la technologie automobile qui rendait obsolète tout un secteur de l'économie et l'intelligence artificielle qui va toucher non plus un secteur d'activité mais l'ensemble des professions !

à écrit le 06/03/2016 à 11:24
Signaler
"c'est le marché qui dictera sa loi." la main invisible vous voulez dire ? Comme le fait d'interrompre le cours du pétrole afin de préserver ce pachyderme économique qu'il a généré !? Est-ce que monsieur Lémarché est vraiment sérieux ? A t'o...

à écrit le 06/03/2016 à 11:07
Signaler
Intéressant, mais il faut faire intervenir la notion de gains de productivité liés à l'usage de l'énergie. L'énergie remplace le travail. C'est un progrès. Il faut analyser cette aspect de "temps libéré".

à écrit le 06/03/2016 à 10:44
Signaler
Le jour où l'intelligence artificielle sera réellement opérationnelle, on n'aura plus ce genre de personnes, qu'il faut bien appeler des guignols qui oseront raconter n'importe quoi.

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.