Réformer notre système de santé  : l'atout décisif des dispositifs médicaux innovants

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OPINION. La crise que nous affrontons collectivement accouchera-t-elle d'un « monde d'après » enrichi de tous les enseignements qu'elle peut livrer ? Cette hypothèse impliquerait alors une réflexion profonde sur les choix et les leviers dédiés à la transformation de notre système sanitaire. Avec un horizon commun qui reste à construire, une société plus ouverte à l'innovation et un modèle plus agile. Par les réprésentants de l'APIDIM. (*)

A nouveau durement mis à l'épreuve, les personnels soignants, réagissent avec un dévouement et une compétence qui suscitent l'admiration.

Durement impactés, avec des conséquences lourdes sur le plan social et économique, les industriels du dispositif médical ont su se mobiliser dès le début de la crise, aux côtés des soignants et des autorités, pour affronter l'urgence, garantir la continuité des soins, résoudre des équations logistiques inédites.

Alors que l'histoire se répète, la filière des dispositifs médicaux recèle d'un savoir-faire et d'une richesse technologique décisifs en pareille circonstance. Ce mélange d'agilité et d'expertise dessine une vraie réponse, pour un système de santé confronté à de terribles tensions. Assistance technique 24h/24 auprès des services hospitaliers, mise à disposition en libre accès des spécifications de conception de certains respirateurs, solution numérique de partage des données diagnostiques et d'imagerie, logiciel d'optimisation des flux entre patients Covid et non-Covid, et pour répondre à l'afflux des patients vers les services d'urgences, déploiement de solutions de télésurveillance permettant aux patients chroniques de conserver de chez eux le lien avec leurs médecins : autant d'exemples qui illustrent un engagement, une utilité et une détermination au service de l'intérêt général mais aussi la force des synergies et l'apport décisif de l'innovation. Réduire la pression sur notre secteur hospitalier, pour aujourd'hui et pour demain, implique en effet de faire confiance à des solutions technologiques, thérapeutiques et organisationnelles novatrices, pérennes et sûres. Pour placer notre système de santé sur les vrais rails de la modernité, trois leviers stratégiques paraissent déterminants : le développement - indispensable - de la télémédecine pour simplifier les parcours patients, le recours accru à des techniques moins invasives pour libérer des lits et du temps médical, et le déploiement du numérique pour faciliter, grâce à l'intelligence des données, la prise de décision médicale tout autant que l'autonomisation des patients.

Des dispositifs médicaux innovants pour réformer notre système de santé

Rendre notre système plus résilient, le défi est de taille. Les déprogrammations de plus en plus massives que les hôpitaux doivent mettre en place à contre-cœur face à l'ampleur de la deuxième vague le rappellent. Hors de l'urgence sanitaire, relever ce défi contribuera à dégager des marges de manœuvre dont les établissements de santé ont cruellement besoin. Un exemple : dans le champ de l'insuffisance cardiaque, qui représente à lui seul la moitié des hospitalisations évitables en France, le gisement sera considérable si notre système de santé sait déployer les instruments permettant d'anticiper les phénomènes de décompensation et de suivre les patients à distance.

Il n'est pas trop tard pour que notre pays construise enfin une véritable vision stratégique de la santé qui doit reposer sur l'innovation. Ce choix politique, culturel et même sociétal nécessite d'abord de raisonner à la bonne échelle. Car disons-le clairement : l'acte fort et positif du « Ségur de la Santé », ne propose les fondements d'une vision qui demeurent encore trop centrés sur l'hôpital. Ces fondements doivent être complétés par une vision systémique misant notamment sur l'apport des nouvelles technologies et en faisant donc de l'innovation « l'alliée » de notre devenir sanitaire.

Pour bâtir cette vision stratégique de la santé dont notre pays a besoin, la cohérence est clé. Or, force est de constater que les signaux que renvoient les autorités gouvernementales sont ambivalents : d'un côté, une vraie volonté politique, un discours d'ouverture et un dialogue avec les industriels que la crise a intensifiés.

Mais de l'autre côté, un système de santé excessivement cloisonné et des technologies médicales innovantes « lestées » par des process mécaniquement calqués sur ceux qu'on applique traditionnellement au secteur du médicament. Confusion que reflète notamment le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2021, pure continuité de celui de 2020 : celui-ci avait intégré un dispositif comptable de régulation budgétaire dit « clause de sauvegarde » pénalisant en premier lieu et contre-intuitivement la diffusion des technologies innovantes. C'est pourquoi nous portons la vision d'une « clause de régulation » qui permettrait de sanctuariser l'accès à l'innovation, conjuguant l'aspiration affichée par les pouvoirs publics de tirer les enseignements de la crise en transformant le système de santé, et l'ambition de promouvoir la France comme terre d'innovation, singulièrement dans le domaine de la santé.

Donnons corps aux orientations données par le gouvernement lors du Conseil Stratégique des Industries de Santé (CSIS) de juillet 2018, selon une approche alors équilibrée, dynamique et co-construite entre le service public de la santé et les industries du secteur. Et comment ne pas se souvenir du cap, plus récent encore, fixé par Jean Castex, soucieux d'améliorer « la qualité des prises en charge et, ce n'est pas un gros mot, l'efficacité et l'efficience de notre système de soins » ?

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(*) Au nom de l'APIDIM - l'Association pour la Promotion de l'Innovation des Dispositifs Médicaux :

  • Philippe Emery, Président d'Abbott France
  • Francis Lemoine, Président d'Allergan France
  • Eric Thepaut, Président de Boston Scientific EMEA
  • Bénédicte Garbil, Directrice générale d'Edwards Lifesciences France
  • Clément Cabanes, Président de Guerbet France
  • Christophe Duhayer, Président de Johnson & Johnson Médical France
  • Laurence Comte-Arassus, Présidente de Medtronic France
  • David Corcos, Président de Philips France
  • Frédéric Amariutei, Directeur Gérant de WL Gore et Associés France

Lire aussi : Quel système de santé à l'heure de la médecine 4.0 ?

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Commentaires
a écrit le 26/11/2020 à 10:58 :
"Réformer" n'est qu'une vision future dogmatique avec les données du présent, alors qu'il nous faut une adaptation permanente au réel! Nous l'avons bien constaté avec la covid!
a écrit le 26/11/2020 à 10:50 :
Surtout que c'est bel et bien dans la technique médicale que les soins apportés aux humains sont effectifs, que les progrès sont réels voir bien souvent bluffant, tandis que les laboratoires pharmaceutiques eux ont baissé les bras ne sachant plus que faire de l'argent sur leurs brevets ils ont abandonné le combat pour la santé.

Si nos dirigeants d'ailleurs pensaient à notre santé ils réorienteraient plus l'argent public vers la technique médicale que vers les laboratoires pharmaceutiques qui ne trouvent rien parce que au final ne cherchant pas grand chose.

J'ai même l'impression que les professionnels de santé ne s'y trompent pas et investissent bien plus dorénavant dans le matériel médical non ? Il vaut mieux compter sur soi même, là la technique peut fortement vous y aider, plutôt que de compter sur des gens aliénés par leur pathologique cupidité dont ne sait plus trop où ils en sont côté vitalité.
a écrit le 26/11/2020 à 10:10 :
Tout ce qui peut être fait pour réparer les corps, adoucir les souffrances est utile.
Cependant, il ne faut pas oublier qu'au bout du bout, il y à la mort, inexorable. Sur ce sujet, (et tant d'autres...), il n'est pas inutile de relire Montaigne.
a écrit le 26/11/2020 à 9:58 :
A la notion de réformer (ces réformes successives ne mènent nul part) je préfèrerais celle de mieux gérer et surtout d'adopter une politique claire sur plusieurs années. Pour rappel le magistrat Charles Prats défend une fraude sociales de 50 milliards mais personne n'en sait rien n'y semble s'en intéresser.

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