S'attaquer aux racines de la machine inégalitaire

 |   |  963  mots
(Crédits : Reuters)
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, s'attaquer aux racines de la machine inégalitaire

VIDEO

Face à la montée des inégalités de revenu et de patrimoine, on songe immédiatement à la redistribution. La progressivité de l'impôt d'une part. Tout l'arsenal des transferts sociaux d'autre part, les revenus dits secondaires (prestations sociales en espèce et en nature, les revenus de solidarité). Réduire les inégalités, c'est plus de progressivité de l'impôt d'un côté, et c'est flécher les aides vers ceux qui sont en position de fragilité de l'autre.

De ce point de vue, la France est un cas d'école. Les indicateurs d'inégalité avant et après impôt et transferts montrent que le système fiscalo-social contribue très fortement à la réduction des inégalités primaires. Si l'on se réfère à l'outil standard de mesure des inégalités que constituent l'indice de Gini, les inégalités primaires de revenu avant impôt et transfert sont d'ampleur similaire, voire légèrement supérieure à celles des principales économies développées. Après impôts et transferts, la France figure plutôt en bas de l'échelle. De façon incontestable, l'État providence continue à jouer un rôle décisif en matière de cohésion.

Le débat s'engage alors inévitablement sur les effets collatéraux non désirés des politiques correctrices. Taxer le capital, ponctionner le revenu des plus riche, affecter des revenus de substitutions à ceux qui qui ne travaillent pas ou peu, revient à punir l'efficacité d'un côté et à récompenser la sous-qualification de l'autre. Une distorsion qui saperait les racines mêmes de l'attractivité et de la productivité et dégraderait la performance d'ensemble de l'économie. Ce dilemme équité / efficacité, on le connaît. C'est un des plus structurants en économie. Et l'accroissement des inégalités primaires ne fait qu'attiser ce conflit d'objectifs. Il faut alors s'interroger sur le risque d'épuisement de la capacité correctrice de nos outils standards de redistribution. Et sur l'acceptabilité de ces politiques quand elles mettent de plus en plus à contribution les classes moyennes supérieures, pour éviter le risque de fuite de l'assiette fiscale des plus riches.

S'attaquer autrement aux inégalités, est-ce possible ? Il faut d'abord être conscient que nos indicateurs monétaires ne donnent qu'une image très partielle des inégalités. Parmi les angles morts, il y a le fait que pour un même niveau de revenu monétaire, dans certains pays, les ménages ont accès à une ample gamme de services collectifs dont le coût est socialisé, en matière de santé et d'éducation de formation de service de l'emploi notamment, et dans d'autres pas. Ces services sont selon les pays de bonne qualité, d'accès homogène ou sont au contraire dégradés. C'est précisément sur ce terrain que se bâtit l'égalité des chances. Et il est clair c'est une des dimensions décisives de la construction de la cohésion sociale. Ce que certains appellent l'investissement social. C'est en enjeu monétaire certes, mais aussi d'organisation, de ressources humaines, qui engage le grand chantier de la réforme de l'État.

Les inégalités de patrimoine

Autre angle mort de la mesure des inégalités de revenu. C'est tout ce qui relève des plus-values. Les inégalités de revenu se cristallisent en inégalités de patrimoine, et les revenus du patrimoine créent une dynamique propre d'accroissement de la richesse qui concentre les gains sur les plus riches. Dans nos mesures standards de revenu, il y a bien ce que l'on appelle les revenus de la propriété, loyers, qui peu ou prou évoluent comme l'inflation, les intérêts et les dividendes qui diminuent avec la baisse des taux. Mais ne figurent pas les plus-values, qui sont la source numéro 1 de concentration des effets de richesse depuis trois décennies. On peut certes taxer ces plus-values au risque que les détenteurs aillent rechercher des cieux fiscaux plus cléments. Mais il faut surtout s'interroger sur le métabolisme de la finance, dont la rentabilité est de plus en plus bâtie sur ces plus-values. Avec des acteurs de la gestion d'actifs de plus en plus concentrés, et influents, to big to fail, et des banques centrales dont la mission première est de maintenir en apesanteur le prix des actifs, au risque de provoquer la grande culbute de la planète finance. Il y a là un dérèglement majeur, dont la correction devrait faire appel à la politique de la concurrence, et mobiliser un arsenal réglementaire qui aujourd'hui demeure toujours insuffisant.

Reste enfin le champ de la réglementation des revenus primaires. Revenu minimum ... on connaît. Revenu maximum ? Le débat revient régulièrement sur la table quand certains scandales défraient la chronique. Je n'entrerai pas dans ce débat complexe, mais il est clair que là encore, dans le dégradé des solutions possibles, tout n'a pas été fait pour éviter les dérives extrêmes. Il existe surtout, tout un pan sur lequel le législateur fait du surplace : celui du pillage de la data et du travail informel qu'opèrent les plateformes numériques. C'est pourtant là aujourd'hui, avec la finance, que se concentrent les revenus extravagants parmi les 0,1% les plus riches qui s'arrogent le plus gros des fruits de la croissance.

Réforme de l'État, réglementation financière, formalisation de l'économie des plateformes... on ne le dit pas assez, mais ce sont trois chantiers qui s'attaquent aux sources de la machine inégalitaire.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 13/11/2019 à 9:53 :
Très sincèrement il y en a marre de ces "inégalités" idiotes. Aujourd'hui y a des femmes dans mon entreprise et des hommes, les deux sont très mal payé et a l'identique, pourtant l'un comme l'autre se plaignent mais aucun ne cherche d'emploi ailleurs... Si moi j'ai un salaire supérieur a eux c'est uniquement parce que je l'ai négocier à l'embauche, et demain il augmentera car je n'hésite pas a allez ailleurs si ça me plaint pas... Quand aux inégalité pourquoi un homme qui veut garder ces gosses malade on lui fait comprendre qu'il a une femme pour ça? Plutôt que de faire en sorte de donner une soit disant égalité aux femmes, ne serait il pas plus logique de donner cette égalité au femmes ET aux hommes?...
a écrit le 07/11/2019 à 14:21 :
La pauvreté est la conséquence des mesures de régressions sociales pour permettre à ceux qui «  sont à la pointe , d’être équivalent raisonnablement à un «  standard international «  mené par le Dow Jones ( ancêtre du système financier actuel )

Si ce «  taux » baisse raisonnablement , l’UE va respirer , la croissance va reprendre , la précarité va reculer .

A quoi ça sert d’avoir des milliards ( je dis ça pour les gens qui gagnent du Dow Jones ) si vous ne savez même pas si vous allez vous réveillez de votre lit demain matin , la mort ce n’est pas que «  pour les pauvres « ( c’est la vie , dans une seconde , on ne sait même pas ce qui va se passer)

Soyez moins avide et dépend de l’argent ( c’est un conseil ) et arrêter d’étouffer la croissance mondiale a cause de votre «  maladie «  de l’argent
a écrit le 07/11/2019 à 12:15 :
Bonjour,

Si vous voulez le changement : ( régler ce problème à la racine )

1) réforme des partages financiers et changement du système aux usa.

Bon courage , ce n’est pas demain ,même jamais ... ça n’arrivera pas.

Cordialement,
a écrit le 06/11/2019 à 18:00 :
moi je propose directement un regime facon chavez
et comme melenchon et hamon sont ses soutiens incoditionnels, ca va, ' ca n'a rien d'ultraliberal'
2 euros par jour pour tous
et laissez moi vous dire que quand tout le monde est socialiste a 2 euros par jour, y a plus d'inegalites, juste des pauvres, ce qui est bien et moral, surtout quand on pense aux inegalites entre bill gates et warren buffet qui se comptent en milliards
fabriquons des pauvres, le probleme de l'inegalite est resolue instantennement
et ceux qui ne sont pas convaincus peuvent relire Lenine, l'idee n'est pas neuve!
( evidemment, ca ne resoud pas le probleme de la pauvrete, mais ca c'est pas un pb a resoudre, surtout en france!)
a écrit le 06/11/2019 à 9:22 :
IL y a tellement d'alternatives que nous avons juste à tendre le bras pour en attraper et essayer autant que l'on veut !

Prenez les retraites par exemple, combien de gens se retrouvent dans l'embarra d'une cessation d'activité immédiate ? Je connais un homme qui est mort d'ennui, aisé au gros patrimoine, qui n'arrêtait pas de dire qu'il s'ennuyait depuis 4 ou 5 ans et qui en est mort.

Avec une base de 35 heures par semaine à 60 ans on peut passer à 30 heures, payées pareil bien sûr, à 65 ans 25h, 70 ans 20h et-c... avec un minimum de 5 heures hebdomadaires pour ceux qui le peuvent bien entendu. Même s'il vaudrait mieux tomber à 30 heures de travail hebdomadaire pour tour le monde et 25 pour les 60 ans...

Cela permettrait par ailleurs aux plus vieux et donc ceux qui votent le plus, ceux qui ont le plus peur, de rester connecter avec l'économie réelle au lieu de faire ce que fait celle des trente glorieuses passées à la retraite, incapable de voir que le monde du travail a changé.

La dictature de la finance nous impose son dogme pour ses seuls revenus à elle.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :