Tourisme : qui sont les vrais pays performants ?

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(Crédits : DR)
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, qui sont les vrais pays performants sur le point du tourisme ?

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Pour déterminer quel est le pays européen le plus performant en matière de tourisme, se limiter au nombre de visiteurs étrangers passés sur le territoire est un leurre. Une diversion qui permet à la France de revendiquer la place de numéro 1 mondial avec près de 90 millions de touristes. En Europe, seule l'Espagne supporte la comparaison. L'Italie à la troisième place est distancée, tout comme le Royaume-Uni qui avec moins de 40 millions de visiteurs fait deux fois moins bien environ, et ainsi de suite jusqu'au Danemark qui avec un peu moins de 12 millions de touristes fait partie du top 12 européen.

Nombre de touristes par habitant

Premier accueil, il faut éliminer l'effet taille et rapporter le nombre de visiteurs à la population locale pour que cela ait du sens. Ce premier retraitement bouscule l'ordre établi. Deux pays se détachent. Le premier est devenu une destination star de l'été, la Croatie. Le pays bénéficie à la fois de son positionnement géographique, de son climat, des investissements massifs dans les infrastructures d'accueil depuis le début des années 2000, de son adhésion à l'Union européenne en 2013, puis plus récemment de la désaffection des touristes pour l'Afrique du Nord. A ses côtés, la destination phare hivernale, l'Autriche, et son important domaine skiable, fait du pays la première destination ski au monde. Croatie et Autriche accueillent ainsi plus de 3 touristes pour un habitant. La Grèce se place en 3e position avec plus de 2,5 visiteurs pour un habitant, quant à la France, elle glisse à la 7e place avec seulement 1,3 touriste par habitant. En queue de classement, trois pays reçoivent un nombre de visiteurs nettement inférieur à leur population : le Royaume-Uni, la Pologne et l'Allemagne.

Recettes touristiques et PIB

Second écueil à éviter : avec ces chiffres on passe en partie à côté de l'essentiel, c'est-à-dire le chiffre d'affaires réalisé par tous ces touristes sur le territoire. Et pour gommer l'effet taille, une fois de plus, il faut le rapporter au PIB. C'est un bon moyen de détecter les pays hyperspécialisés ou hyper-performants en matière touristique. Les recettes touristiques représentent ainsi près de 20% du PIB croate, mais c'est ici plus le révélateur d'une petite économie mono-spécialisée sur le tourisme qu'une indication sur la vraie performance de son secteur touristique. De même, à l'autre bout de l'échiquier, la place de l'Allemagne est la marque d'un secteur touristique sous-dimensionné et d'une économie à l'assise sectorielle très large. En revanche, la place de la France en 8e position, alors que le pays bénéficie des deux formes de tourismes de loisirs (estivale et hivernale), renforcé en plus par le tourisme d'affaires, est bien le révélateur d'une faiblesse, faiblesse que partage aussi l'Italie.

Chiffre d'affaires moyen par touriste

Les recettes moyennes dégagées par touriste complètent l'analyse. Une fois de plus le classement est chamboulé. Le Royaume-Uni arrive cette fois-ci nettement en tête avec plus 1 150 euros de gains par visiteur, devant le Portugal et l'Allemagne. La France se retrouve à nouveau en milieu de classement avec 618 euros seulement. De fait, beaucoup de vacanciers d'Europe du Nord, Anglais, Allemands, Belges, Néerlandais ne font que traverser le pays avant de rejoindre leur vraie destination finale, en l'occurrence l'Espagne ou le Portugal. Ils restent une nuit, dépensent peu et leur principal budget est celui du carburant et des péages.

En combinant les trois principaux indicateurs pertinents — celui du nombre de touristes par habitant, des recettes touristiques en fonction du PIB et du chiffre d'affaires moyen par touriste — c'est finalement le Portugal qui arrive en tête grâce à une stratégie offensive de montée en gamme et de développement de l'offre, tout comme la Croatie et l'Espagne qui complètent le podium. L'Autriche et la Grèce intègrent le top 5. La France tombe de son piédestal et se retrouve en 7e position et renvoie l'image d'un pays qui sous-exploite son potentiel touristique, tout comme l'Italie reléguée à la 10e place. Deux pays qui partagent pourtant l'un des plus beaux patrimoines culturels, mais qui vivent en bonne partie sur leurs acquis.

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Commentaires
a écrit le 25/06/2019 à 12:02 :
le patrimoine culturel fait de moins en moins recette , les jeunes veulent du soleil , des activités ludiques et sportives et surtout de la fête . les monuments historiques et musées français sont réservés aux seuls demandeurs de culture qui acceptent un accueil médiocre ,des tarifs élevés peu en rapport avec des services limités ( résas , horaires , assistance linguistique , accès personnes à mobilité réduite , parking , transports publics , espaces détente , ..) .
le ministère de la Culture concentre son action sur Paris et réserve quelques attentions estivales à quelques lieux de villégiatures de bobos parisiens dans le midi et sur la côte atlantique ; à part ça , pour animer la France profonde , reste le Tour de France -les chemins de St Jacques - les vendanges des grands vignobles .
a écrit le 20/06/2019 à 8:42 :
Le tourisme en France est très cher j'ai vu en dix ans le prix d'une semaine dans le même mobil home du même camping passé de 500 euros à 1000 euros la semaine sur la côté atlantique.

Par ailleurs la mafia s'est appropriée un grand nombre d'activités touristiques (allez j’essaye... ^^) en tout cas dans le sud ouest, des gros camping de plusieurs centaines de places au bord de l'océan bien souvent, alors j'imagine ce que ça doit être dans le sud est... , il est évident que du coup une partie des gains ne peut être officialisée et intégrée au PIB et on peut penser également du coup que le tourisme italien est bien trop sous estimé ainsi que dans nombreux autres pays.

Donc vous avez raison d'analyser ce phénomène sous un autre angle mais la compromission entre politiciens et hommes d'affaires fausse bien trop la donne pour offrir des chiffres fiables.

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