Transport aérien : les coûts d’une grève

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Emmanuel Combe
Emmanuel Combe (Crédits : DR)
Les coûts directs et indirects d'une grève dans le transport aérien vont bien au-delà de la période du conflit. Une analyse d'Emmanuel Combe, professeur à l'université de Paris 1, professeur affilié à ESCP Europe.

Après celle des Personnels Navigants Techniques (PNT) en juin 2016, Air France vient de faire face à une seconde grève, initiée par les Personnels Navigants Commerciaux (PNC). Sans porter de jugement sur le bien-fondé de ce mouvement social, il n'est pas inintéressant de lister les différents coûts qu'un tel évènement peut faire peser sur une compagnie aérienne comme Air France.

Selon une approche optimiste, une grève s'apparente à un simple choc transitoire sur les finances de l'entreprise : il s'agit alors d'un "bruit blanc", qui disparaît une fois que l'activité a retrouvé son niveau normal. On peut d'ailleurs faire un parallèle avec l'impact d'un accident aérien, qui est aussi un évènement non anticipable et temporaire : les études économétriques sur données boursières montrent que, suite à un crash, le cours de la compagnie concernée décroche fortement mais l'effet négatif s'efface assez rapidement, comme l'a illustré encore récemment le drame de Germanwings.

Impact conjoncturel

Dans le cas d'une grève, l'effet financier conjoncturel se décompose en plusieurs éléments. Certains clients vont choisir de se reporter sur un autre vol : l'effet n'est pas neutre dans la mesure où ces reports viennent prendre des places de dernière minute, qui auraient pu être vendues plus chères. D'autres clients choisissent d'annuler leur voyage : ils doivent être remboursés ; ceux qui ne peuvent être transférés sur d'autres vols perçoivent, outre le remboursement de leur billet, une compensation : en Europe, elle peut atteindre, selon le règlement 261/2004 jusqu'à 600 euros pour un vol long courrier. N'oublions pas aussi que si le client doit attendre un autre vol, la compagnie a l'obligation de prendre en charge ses frais de repas et d'hôtel. On peut également imaginer que la compagnie recourt à de l'affrètement pour que le client puisse effectuer son voyage. Bref, même si l'impact financier est transitoire, l'addition peut vite être salée ! Elle se chiffrerait pour Air France, selon les estimations de la direction, à près de 90 millions d'euros pour la grève du mois de juillet.

Effets durables sur l'activité et la rentabilité

Mais ce n'est pas tout : une grève peut avoir un effet plus durable sur l'activité et la rentabilité de la compagnie. En interne, une grève affecte la productivité à venir de l'entreprise : durant les grèves, l'ensemble des équipes (escales, programme, commercial, etc) est mobilisé sur la résolution des problèmes du moment, au détriment de la préparation de l'avenir. Dit en termes économiques, la grève présente en interne un coût d'opportunité. Par exemple, pour les équipes de "revenu management", activité stratégique pour une compagnie aérienne, une grève à l'été 2016 désoptimise le processus de prévision pour la saison 2017, puisque l'historique (prix, taux de remplissage, etc) de 2016 est faussé par l'effet du mouvement social.

Du côté des clients, un effet de halo négatif peut apparaître, s'ils considèrent que la grève n'est pas un évènement rarissime mais une composante intrinsèque et structurelle de la vie de la compagnie. Craignant d'être "cloués au sol" demain par un mouvement social, ils vont alors réserver ailleurs, à I'image de ce qui a pu se passer pour la SNCM dans le transport maritime. Il en résultera une perte durable de chiffre d'affaires, soit par baisse de la demande, soit parce que la compagnie est obligée demain de baisser ses prix pour compenser ce risque.

L'impact sur la réputation peut être particulièrement fort en période estivale, où la clientèle étrangère, en visite ou de passage en France, "teste" la compagnie du pays, notamment sur le long courrier, activité stratégique pour l'image de marque.

Plus inquiétant encore : dans un univers ultra-concurrentiel comme l'aérien, des clients pourtant fidèles à la compagnie vont avoir la tentation - ou l'obligation, faute de vol - de tester les concurrents, aériens ou non, pour s'apercevoir que ce n'est finalement pas si mal et .... ne plus revenir demain. Ce risque est particulièrement grand pour Air France qui affronte une redoutable concurrence - low cost, intermodale, des compagnies du Golfe ou asiatiques - sur tous ses segments de marché : la grève d'Air France est sans doute la meilleur alliée de concurrents comme Lufthansa, Emirates, easyJet ou la SNCF. S'il est très difficile de chiffrer le coût indirect d'une grève sur la valeur d'une marque, on peut toutefois se tourner vers les marchés financiers et constater que la valeur boursière d'Air France reste faible, comparativement à celle de ses homologues européens de taille comparable : Air France KLM "vaut" environ 1,5 milliards d'euros, contre 4,8 pour Lufthansa et 8,2 pour IAG. Au-delà des différences de rentabilité entre les trois compagnies, on ne peut exclure que cette forte décote s'explique par un effet de réputation négatif.

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Commentaires
a écrit le 04/08/2016 à 15:34 :
"Les personnels sont des gens rationnels et ce n'est seulement quand ils ne pensent pas que leur job est confronté à une menace réelle, qu'ils se comportent de manière irrationnelle" (Willie Walsh)

A vouloir coûte que coûte, c'est à dire celui de couler la compagnie et donc leurs propres emplois avec, les salariés grévistes d'AF sont dans cet aveuglement. Tout comme les pilotes, les autres PNC restent pourtant les mieux payés et servis (avantages hors salaires) du secteur.

AF va suivre le sort de la SNCM qui a cessé son activité depuis le 05/01/2016 (coulée par d'irréalistes revendications salariales à répétition).
Autre possibilité : le véritable intérêt de ceux qui font et revendiquent cette grève serait justement que la boite dépose le bilan pour percevoir les grasses indemnités du fonds de garantie des salaires et partir à la retraite tranquilles.

Seuls vrais perdants : les autres salariés non grèvistes et les actionnaires ... dont le contribuable (doublement : en tant qu'actionnaire majoritaire et en tant que garant du versement des salaires suite à liquidation judiciaire).

... Et merci d'avance de ne pas répondre avec les mêmes rengaines d'un autre temps sur le néolibéralisme et la lutte des pauvres salariés spoliés par leurs employeurs.
a écrit le 04/08/2016 à 2:02 :
A.G pour moderniser, le nom ! Juste un Détail : " G " pas davantage que la lettre qui suit " F " : Compagnie " Air Grèves ". Ils vendronr la marque " Air France " 100 Millions d'eur çà aidera à payer une grève. Après ils pourront vendre les avions les plus récents : çà paiera 3 ou 4 Grèves, et puis ensuite d'autres trucs, pour partie aux enchères.
a écrit le 03/08/2016 à 17:22 :
" Les coûts d'une grève " : AF vient d'annoncer une prolongation de 4 mois de l'accord d'entreprise en vigueur ....Annoncée plus tôt, cette prolongation aurait permis d'éviter la grève qui a couté 90 millions (voir l'article de La Tribune, ce jour).
M.Combe, spécialiste de la concurrence, fait- il le lien entre concurrence, compétitivité, et coût social ? 3OOO personnes licenciées à AF : qui paye les pots cassés pour la sainte concurrence ? Ou vive le dumping social, les travailleurs détachés, et l'ubérisation de la société.
a écrit le 03/08/2016 à 15:54 :
Très bon article qui traite la grève sous un angle différent de ce que l'on a l'habitude de lire.
Je ne comprends pas très bien le lien qui est fait dans certains commentaires entre qui doit porter la responsabilité de la grève et l'article. Ce dernier explique simplement que le coût d'une grève n'est pas simplement conjoncturel mais entraîné des effets qui persistent une fois la grève finie notamment dans un secteur ouvert à la concurrence.
Il faut arrêter de pointer le néolibéralisme qui est loin d'être le système économique décrivant la situation française. La concurrence émanant d'autres compagnies est bien un des effets qui persistent suite à une grève et décrit dans l'article.
Après si le but des commentaires est juste d'opposer les salariés aux patrons, une chose: le monde a évolué que vous le vouliez ou non cela continuera avec ou sans vous!
a écrit le 03/08/2016 à 14:35 :
Excellent article que je résumerais ainsi: la grève, c'est pas bon pour les affaires.
C'est vrai, et on se demande pourquoi le salariés s'amusent à perdre de l'argent et à en faire perdre à leur entreprise.
Mais on peut en faire plein, des articles de ce style, je peux vous donner quelques pistes : augmenter les salaires c'est mal, ça nuit à la compétitivité; le temps de travail reglementé c'est un frein dans la compétition économique mondiale; les contrats à durée indéterminée sont un handicap quant il faut des entreprises " agiles" etc.....
Quel dommage que les entreprise ne puissent fonctionner sans cet outil archaïque qu'est l'être humain !
a écrit le 03/08/2016 à 14:18 :
Très bon article qui traite la grève sous un angle différent de ce que l'on a l'habitude de lire.
Je ne comprends pas très bien le lien qui est fait dans certains commentaires entre qui doit porter la responsabilité de la grève et l'article. Ce dernier explique simplement que le coût d'une grève n'est pas simplement conjoncturel mais entraîné des effets qui persistent une fois la grève finie notamment dans un secteur ouvert à la concurrence.
Il faut arrêter de pointer le néolibéralisme qui est loin d'être le système économique décrivant la situation française. La concurrence émanant d'autres compagnies est bien un des effets qui persistent suite à une grève et décrit dans l'article.
Après si le but des commentaires est juste d'opposer les salariés aux patrons, une chose: le monde a évolué que vous le vouliez ou non cela continuera avec ou sans vous!
a écrit le 03/08/2016 à 14:17 :
Très bon article qui traite la grève sous un angle différent de ce que l'on a l'habitude de lire.
Je ne comprends pas très bien le lien qui est fait dans certains commentaires entre qui doit porter la responsabilité de la grève et l'article. Ce dernier explique simplement que le coût d'une grève n'est pas simplement conjoncturel mais entraîné des effets qui persistent une fois la grève finie notamment dans un secteur ouvert à la concurrence.
Il faut arrêter de pointer le néolibéralisme qui est loin d'être le système économique décrivant la situation française. La concurrence émanant d'autres compagnies est bien un des effets qui persistent suite à une grève et décrit dans l'article.
Après si le but des commentaires est juste d'opposer les salariés aux patrons, une chose: le monde a évolué que vous le vouliez ou non cela continuera avec ou sans vous!
a écrit le 03/08/2016 à 13:57 :
Très bon article qui traite la grève sous un angle différent de ce que l'on a l'habitude de lire.
Je ne comprends pas très bien le lien qui est fait dans certains commentaires entre qui doit porter la responsabilité de la grève et l'article. Ce dernier explique simplement que le coût d'une grève n'est pas simplement conjoncturel mais entraîné des effets qui persistent une fois la grève finie notamment dans un secteur ouvert à la concurrence.
Il faut arrêter de pointer le néolibéralisme qui est loin d'être le système économique décrivant la situation française. La concurrence émanant d'autres compagnies est bien un des effets qui persistent suite à une grève et décrit dans l'article.
Après si le but des commentaires est juste d'opposer les salariés aux patrons, une chose: le monde a évolué que vous le vouliez ou non cela continuera avec ou sans vous!
a écrit le 03/08/2016 à 13:57 :
Très bon article qui traite la grève sous un angle différent de ce que l'on a l'habitude de lire.
Je ne comprends pas très bien le lien qui est fait dans certains commentaires entre qui doit porter la responsabilité de la grève et l'article. Ce dernier explique simplement que le coût d'une grève n'est pas simplement conjoncturel mais entraîné des effets qui persistent une fois la grève finie notamment dans un secteur ouvert à la concurrence.
Il faut arrêter de pointer le néolibéralisme qui est loin d'être le système économique décrivant la situation française. La concurrence émanant d'autres compagnies est bien un des effets qui persistent suite à une grève et décrit dans l'article.
Après si le but des commentaires est juste d'opposer les salariés aux patrons, une chose: le monde a évolué que vous le vouliez ou non cela continuera avec ou sans vous!
a écrit le 03/08/2016 à 13:55 :
Très bon article qui traite la grève sous un angle différent de ce que l'on a l'habitude de lire.
Je ne comprends pas très bien le lien qui est fait dans certains commentaires entre qui doit porter la responsabilité de la grève et l'article. Ce dernier explique simplement que le coût d'une grève n'est pas simplement conjoncturel mais entraîné des effets qui persistent une fois la grève finie notamment dans un secteur ouvert à la concurrence.
Il faut arrêter de pointer le néolibéralisme qui est loin d'être le système économique décrivant la situation française. La concurrence émanant d'autres compagnies est bien un des effets qui persistent suite à une grève et décrit dans l'article.
Après si le but des commentaires est juste d'opposer les salariés aux patrons, une chose: le monde a évolué que vous le vouliez ou non cela continuera avec ou sans vous!
a écrit le 03/08/2016 à 12:42 :
C'est toujours le personnel naviguant qui font grève alors que le personnel à terre, subit ... toujours et encore et ce, à tous niveaux.

Reste qu'à titre personnel et/ou professionnel, nous ne prenons plus Air France depuis quelque temps déjà. Pas assez fiable ! La qualité/prix n'est pas là.

Arrivé à un moment, Air France se retrouvera dans la même situation que la SNCM et ce, à cause d'une minorité coropratiste, égoïste et avantagés. Dommage !
a écrit le 03/08/2016 à 11:51 :
Et la faute en revient au personnel gréviste ou à la direction :-) ?
Aux deux ?
Au fait que l'état français vende des Rafales en échange de l'ouverture à la concurrence Saoudienne ou Qatari, je ne sais plus lequel des deux, des lignes nationales ?

Visitez ceci, il paraît qu'en Arabie Saoudite, les grévistes n'existent pas car ils sont en prison... Et en plus, on pourrait même envisager de faire travailler les enfants selon Alexandre Juniac (Ex Pdg AirFrance) :
https://vimeo.com/116748738
a écrit le 03/08/2016 à 11:10 :
Je ne vois pas en quoi "encore un article contre la gréve", qui n'est pas hors sujet puisque cet article n'est qu'un pamphlet supplémentaire contre la grève, un énième, avait de répréhensible en soi. Il serait temps que chacun assume son dogme.

Donc, merci de me le valider, mais si les salariés étaient payés correctement et travaillaient dans de bonnes conditions il n'y aurait pas de grève et en plus le pouvoir d'achat permettrait de relancer l'économie.

Les commentaires réactionnaires anti-grèves étant régulièrement validés, ne pas valider le mien ne prouve qu'un parti pris improductif au possible.

Il y en a marre de cette pensée binaire qui fini par la dictature stupide du néolibéralisme exacerbé incapable d'anticiper l'économie plus loin que le très court terme.

Merci de faire preuve d'un minimum d'impartialité si ce n'est pas trop vous demander, ce n'est pas en refusant les opinions contraires aux vôtres que vous prouverez votre efficacité.
a écrit le 03/08/2016 à 9:15 :
Encore un article pour dénoncer les conséquences des grèves ?!

On en aimerait autant pour dénoncer les nombreux abus du néolibéralisme sur les salariés et l'incompétence notoire de nos décideurs économique, conséquence directe d'une économie qui sombre.

Si les employés étaient bien payés et travaillaient dans de bonnes conditions non seulement il n'y aurait pas de grève mais en plus la crise économique serait oubliée depuis longtemps.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

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