Quelques heures après le naufrage dans la Manche, mardi 3 septembre, d'un canot de fortune où étaient entassés des femmes avec des mineurs en provenance de la Corne de l'Afrique, de nouvelles embarcations étaient mises à l'eau. Au nez et à la barbe des patrouilles de police françaises, sous l'œil des caméras de télévision, par des mafias qui se jouent depuis bien longtemps des déclarations musclées des partisans d'un objectif « territoire zéro migrant ».
Les chiffres parlent d'eux-mêmes pour dire l'échec total de la politique migratoire mise en œuvre par la Grande-Bretagne et la France dans la région de Calais. Le nombre de traversées réussies vers l'Angleterre n'a jamais cessé de croître. Depuis 2018, elles représentent selon les autorités britanniques un total de 140000 personnes (en juin 2024). Celles-ci sont principalement de nationalités afghane, iranienne, turque, érythréenne, irakienne. Elles fuient les dictatures et la guerre. Le nombre de décès dans le détroit de Douvres, situé à 250 kilomètres de Paris, suit également une courbe exponentielle, atteignant 37 morts depuis le 1er janvier 2024.
Cet échec, chacun le constate. À commencer par Gérald Darmanin - il n'est jamais trop tard -, quand l'ex-ministre de l'Intérieur déclare le 3 septembre qu'il appartiendra au prochain gouvernement de négocier un nouveau traité migratoire avec la Grande-Bretagne. Cet accord existe depuis 2003. Il s'appelle le traité du Touquet. Il a été renégocié à six reprises, en 2009, 2010, 2014, 2018, 2022 et la dernière fois en mars 2023. Le principe est toujours le même: Londres paie Paris afin d'externaliser sa frontière de Douvres à Calais. Ce qui lui permet, de fait, de ne pas respecter l'examen obligatoire des demandes d'asile. La Grande-Bretagne impose ainsi le déploiement de ressources technologiques et humaines, de drones, de barrières électroniques et de policiers en nombre toujours plus important sur le territoire français, dans l'objectif de verrouiller les différents accès ferroviaires et maritimes à son sol. Chacun comprend que le contrôle de centaines de kilomètres du littoral du Nord et du Pas-de-Calais est une tâche impossible.