Villes libres sans tabac, nouvelle approche dans la lutte contre le tabagisme

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En plus d'une application rigoureuse de la loi, cette initiative vise à informer les fumeurs et les fumeurs potentiels sur les risques encourus avec les produits du tabac, certains étant peu connus des Français : fumer moins ne réduit pas les risques pour la santé, l'impact du tabagisme passif (pollution de l'air pour les riverains et collègues) ou encore pollution des sols et de l'eau par les mégots de cigarette.
En plus d'une application rigoureuse de la loi, cette initiative vise à informer les fumeurs et les fumeurs potentiels sur les risques encourus avec les produits du tabac, certains étant peu connus des Français : fumer moins ne réduit pas les risques pour la santé, l'impact du tabagisme passif (pollution de l'air pour les riverains et collègues) ou encore pollution des sols et de l'eau par les mégots de cigarette. (Crédits : Reuters)
OPINION. Près de 4 semaines après le début du reconfinement, la mortalité exorbitante liée à la Covid-19 peine à se réduire - on enregistrait près de 40.000 décès cumulés au début du mois de novembre. Un chiffre qui fait froid dans le dos, mais qu'il faut mettre en perspective avec les autres grandes causes de mortalité prématurée, au premier lieu desquelles on retrouve le tabagisme. La lutte contre le tabagisme ne pourra être efficace qu'en agissant conjointement au niveau local, national et européen. Par Yves Martinet, président du Comité National Contre le Tabagisme (CNCT), de Grand Est sans tabac, et professeur émérite à la faculté de médecine de Nancy.

Chaque année, en France, le tabac tue 75.000 personnes. Cela souligne l'urgence de la lutte contre le tabagisme. Les lois françaises en matière de santé publique et de consommation de tabac sont bonnes. Mais malgré ça, 12% des 15-16 ans fument quotidiennement, et risquent d'être des fumeurs à vie. A titre de comparaison, ce taux de consommateur chez les 15-16 ans est de 2% en Islande et de 5% en Irlande. Quelque chose ne va pas.

« Il faut agir au niveau local »

Le 27 octobre s'est tenue une conférence de presse en ligne pour annoncer une initiative innovante dans la lutte contre le fléau qu'est le tabagisme : «  Villes libres sans tabac ». Elle est née du constat que l'action nationale était insuffisamment efficace. Il fallait donc agir au niveau local, en laissant aux villes le choix des actions qu'elles veulent mener et du rythme auquel les mener. Trois villes ont donc été sélectionnées afin de lancer ce projet - une petite, une moyenne et une grande : Joinville (Haute-Marne), la communauté urbaine de Thionville (Moselle), et Mulhouse (Haut-Rhin).

Il s'agit d'une action qui s'articule autour de deux axes : les Mairies libres sans tabac (lancée fin octobre) et les Programmes locaux de lutte contre le tabac (qui devraient suivre prochainement). La première initiative revient à balayer devant sa porte et s'assurer de la bonne application de la loi localement. Les Programmes locaux sont des boites à outils pour les municipalités du territoire, dont l'objectif est de faire baisser le tabagisme au niveau local.

La France dispose d'une législation relativement complète en matière de lutte contre le tabagisme qui s'est construite depuis la loi Veil de 1976 et qui est renforcée par les mesures européennes ainsi que par les jurisprudences des juridictions françaises (interdiction de vente aux mineurs, de fumer dans les lieux publics, dans un véhicule où se trouve un mineur...). Cependant, l'une des faiblesses du dispositif français est la faible effectivité de certaines de ces mesures - combien compte-t-on d'ateliers ou de voitures de la mairie où le personnel fume ? C'est pourtant explicitement interdit par la loi.

« Il est plus difficile d'arrêter la cigarette que d'arrêter l'héroïne »

En plus d'une application rigoureuse de la loi, cette initiative vise à informer les fumeurs et les fumeurs potentiels sur les risques encourus avec les produits du tabac, certains étant peu connus des Français : fumer moins ne réduit pas les risques pour la santé, l'impact du tabagisme passif (pollution de l'air pour les riverains et collègues) ou encore pollution des sols et de l'eau par les mégots de cigarette. Il est par ailleurs nécessaire d'augmenter les espaces sans tabac (parc, abords des écoles, certaines rues) afin de rappeler que fumer n'est pas anodin. C'est un geste qui tue, et à ce titre, on ne devrait pas le faire partout.

En outre, plus des deux tiers des fumeurs interrogés déclarent vouloir arrêter la cigarette, mais n'y parviennent pas. Et pour cause, la recherche a permis d'établir que la nicotine est une drogue dure, et qu'il est plus difficile d'arrêter la cigarette que d'arrêter l'héroïne.

L'action politique joue un rôle non négligeable dans la lutte contre le tabagisme. Aussi, cette initiative s'inscrit dans le prolongement de l'action de l'Etat, qui lutte contre le tabagisme au travers du Programme national de lutte contre le tabac - ce dernier veut faire des enfants nés depuis 2014 la première génération d'adultes non- fumeurs (<5% de fumeurs) - et des Programme régionaux de lutte contre le tabac. L'action à l'échelon local vient désormais fermer la boucle.

Directive européenne : « la plus grande opération de lobbying de l'Histoire de l'UE »

Ce projet s'inscrit dans l'esprit de la Convention Cadre de l'OMS pour la Lutte Anti-Tabac (CCLAT ; 2005) qui a établi que la mise en œuvre coordonnée d'un ensemble de mesures est plus efficace que d'appuyer sur un seul levier à la fois. Durant son mandat, François Hollande a par exemple choisi d'adopter le paquet neutre, qui a produit des effets encourageants. Par la suite, Emmanuel Macron a procédé à des augmentations répétées du prix du tabac. Ces mesures sont toutes deux efficaces, mais l'auraient été sensiblement plus si combinées l'une avec l'autre.

La prochaine grande bataille politique contre le tabagisme se joue au niveau européen, avec la révision de la directive sur les produits du tabac. Pour rappel, l'élaboration et le vote du texte en 2014 avaient donné lieu à la plus grande opération de lobbying de l'histoire de l'UE. Un des principaux enjeux est la requalification des produits du tabac chauffé qui, malgré une communication mensongère et un statut particulier, représentent un risque certainement similaire au tabac fumé.

« Les cigarettes électroniques sont nocives d'après l'OMS »

L'autre enjeu majeur est celui des cigarettes électroniques, qui, bien que présentant des risques inférieurs au tabac classique, n'en sont pas moins qualifiées de « nocives » par l'OMS. Elles bénéficient, elles aussi, d'un statut préférentiel, qui ne prend pas cette dangerosité en compte. Aussi, sur ces deux questions, les « écrans de fumée » que déploient aujourd'hui les cigarettiers rappellent leurs manœuvres lors de l'introduction du filtre.

Enfin, afin d'éviter les achats transfrontaliers, qui réduisent considérablement l'impact des hausses votées par certains Etats membres, il convient d'harmoniser la fiscalité des produits du tabac au sein de l'UE et de prélever un droit d'accise sur les nouveaux produits du tabac, comme c'est le cas pour les produits traditionnels.

S'il n'est pas raisonnable de penser, compte tenu de leurs pouvoirs d'achat respectifs, que le Luxembourg et la Pologne pourraient afficher le même prix pour un paquet, ces derniers pourraient être alignés par grandes régions. La lutte contre les méfaits sanitaires du tabac est une question complexe et éminemment politique, et ça n'est qu'en associant une action locale, nationale et européenne que le tabagisme reculera vraiment. Grand Est sans Tabac a montré la voie, à nous de suivre.

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Commentaires
a écrit le 28/11/2020 à 8:13 :
Je cite "la recherche a permis d'établir que la nicotine est une drogue dure" avec un lien spécifiant que l'arrêt de la cigarette serait plus dur que celui de l'héroïne...
En fait quand vous cliquez sur le lien, vous tombez sur un article de Top Santé (une annale de la recherche française comme chacun sait...) qui fait référence à un SONDAGE.
Cela laisse à désirer sur le sérieux de cet article.
a écrit le 27/11/2020 à 8:55 :
"Comité National Contre le Tabagisme "

Non mais franchement tandis que l'effondrement annoncé par le GIEC arrive avec des mois de novembre toujours plus chauds et surtout secs vous avez pas l'impression qu'il y a des millions de priorités avant ?

J'ai deux oncles qui sont décédés du fait de l'alcool je n'en fais pas une cause nationale hein, j'ai la capacité intellectuel de comprendre que le monde ne tourne pas autour dem on petit nombril.

Jusqu'à notre exctinction nous aurons des gens pour nous dire comment nous devons vivre et des experts pour nous dire qu'ils ont raison, c'est franchement épuisant, laissez nous au moins tranquille pendant la fin du monde, merci.

Un ancien fumeur.
a écrit le 27/11/2020 à 8:49 :
deja il aurait ete bien de preciser que ce monsieur est président du Comité National Contre le Tabagisme. Apres le ridicule ne tue pas. parler de "mortalité exorbitante liée à la Covid-19" alors qu elle ne tue que des vieillards en mauvaise santé(age moyen des morts > 82 ans) . Doit on rappeller a l auteur que 40 000 morts (le chiffre qu il donne) c est 0.0597 % de la population francaise. Pour info la peste a marseille en 1720 a eliminé 50 % de la population ....
a écrit le 27/11/2020 à 4:24 :
Savoir arreter une addiction est simple une fois la prise de conscience realisee.
Ensuite ce n'est plus qu'une question de volonte.
Accepter une dependance a du tabac demontre une grande faiblesse quant on constate les degats qu'il occasionne sur sa propre personne.
Comportement auto destructif propre au francais et grand depressif par nature.

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