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Yémen : l'avant-dernière bataille

Gérard Vespierre

Publié le 27 juin 2018 à 10:35 - Mis à jour le 27 juin 2018 à 10:51

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La bataille d'HodeÏda vient de commencer. Dernière grande ville avant la capitale. Action militaire mais aussi diplomatique, et la France est particulièrement active. La bataille de Saana pourrait-elle être évitée par la diplomatie ? Par Gérard Vespierre, chercheur associé à la Fondation d'Etudes pour le Moyen-Orient, FEMO, fondateur associé de Strategic Conseils.

Il y a maintenant 4 années que la guerre se déroule au Yémen, depuis que le Mouvement Houthi, appuyé par l'ancien président Saleh, et le soutien de l'Iran, ont conduit le président en place Abdrabbo Mansour Hadi, à se replier vers Aden, et finalement à trouver refuge en Arabie Saoudite.

Au moment où nombre de critiques, virulentes, se font jour contre l'action de l'Arabie Saoudite au Yémen, il n'est pas inutile de rappeler que ce pays abrite le président yéménite en titre. Les efforts de la coalition menée par cette même Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis, ne visent donc qu'à ramener au pouvoir un président réfugié sur leur sol, officiellement élu, et poussé à l'exil par une minorité à la fois politique et religieuse, le mouvement Houthi, épaulé par l'Iran.

Quelle est la situation ?

Il faut rappeler qu'un évènement majeur est survenu dans ce conflit le 3 Décembre 2017. Ce jour-là, l'ancien Président Ali Abdallah Saleh constatant l'absence de résultats décisifs de la rébellion et le coût de cette guerre pour le peuple yéménite annonçait sa décision de proposer l'ouverture de pourparlers avec l'Arabie Saoudite.

Le lendemain de ce spectaculaire, car inattendu, changement de cap, ses alliés Houthis l'assassinaient. Pour eux, comme pour l'Iran, pas question de déposer les armes. Pas question pour Téhéran, d'arrêter un conflit se déroulant directement sur le flanc sud de l'Arabie Saoudite.

Car si sur le plan géostratégique et militaire, Téhéran ne peut se permettre de bombarder directement Riyad, les missiles de plus de 800 kilomètres de portée, lancés depuis le Yémen, vers la capitale saoudienne, de fabrication iranienne, le peuvent.. Nikki Haley, ambassadrice des Etats-Unis à l'Onu, en a apporté les preuves. Pas question pour Téhéran de se priver de cette carte, et de cette pression sur l'Arabie Saoudite.

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Comme un certain nombre de faits de base dans ce conflit, tous ces éléments d'analyse sont généralement mis de côté.

Les conséquences à terme du changement d'analyse politique et d'alliance entre les Houthis et les supporters de l'ancien président Saleh ont été ignorés. Cette rupture et l'élimination physique de l'ancien président ne pouvaient ne pas se traduire par des conséquences sur le terrain dans les mois qui allaient suivre, à savoir un affaiblissement sur le terrain militaire. Quand on réduit son périmètre d'alliance, on s'affaiblit.

Que se prépare-t-il ?

Depuis de nombreuses semaines, un mouvement militaire se dessine visant pour les troupes du gouvernement officiel à reprendre le contrôle du port d'Hodeida. Situé sur la Mer Rouge, il est un poumon de ravitaillement pour la région et pour la capitale Saana située à moins de 200 kilomètres.... occupée par la rébellion.

Ce mouvement militaire s'est dessiné à partir de la ville d'Aden en passant par la province de Taiz, naturellement sur la route.

Pour ce faire, l'armée gouvernementale est puissamment soutenue par la coalition menée par l'Arabie Saoudite. Cette dernière appuie principalement les opérations par son support aérien, comme on le sait depuis plusieurs années, avec les erreurs de frappe qui ont été souvent mentionnées. En parallèle, les Emirats Arabes Unis fournissent un appui terrestre important.

Il est fort probable que la prise du port d'Hodeida ne soit qu'une question de temps, jours ou semaines, nul ne le sait. Il ne semble pas envisageable que les Houthis, même avec l'appui de l'Iran, soient en capacité d'opposer une longue résistance. Sur le plan des capacités militaires, les forces gouvernementales appuyées par la coalition disposent d'une puissance de feu très supérieure, grâce au support Emirati.

A preuve, la prise de l'aéroport de la ville, la semaine dernière, quelques jours seulement après le début de l'offensive.

Il n'est pas inutile de mentionner l'appui que le Pentagone est en capacité d'assurer, tant par les forces spéciales américaines basées à... Djibouti (à moins de 500 km d'Hodeida) que par l'usage des drones de reconnaissance et leur précieuse capacité d'imagerie....

Que fait la France ?

La France est très présente dans l'ensemble de cette stratégie. Elle se trouver en effet à « une encablure » du conflit, depuis notre base militaire du Camp Lemonier à Djibouti.

De plus, les Emirats Arabes Unis ont mis en action sur le terrain depuis 2015 entre 70 et 80 chars Leclerc, vendus par notre pays. Nous pourrions donc être amenés « naturellement » à fournir une assistance technique à l'emploi.

En outre, si l'on regarde l'ensemble des pays de la région où des conflits se sont déroulés, ou se déroulent encore, Syrie et Irak, nous avons été conduits soit par l'intermédiaire de nos forces spéciales, soit par assistance militaire directe (l'Irak et la mise à disposition de 5 canons CAESAR, avec équipage) à être présents au sol. Notre tradition dans le savoir-faire « Humint » fait partie des acquis politico-stratégiques de notre pays.

Mais il faut également compléter ce panorama militaire par l'autre et indispensable volet, à savoir le politique et le diplomatique.

Dans quelques jours en effet, et précisément le 27 juin se tiendra à Paris une conférence co-organisée par la France et l'Arabie Saoudite. Le timing semble fort à propos, d'autant plus que notre ambassadeur au Yémen, réfugié en Arabie Saoudite, est venu 2 jours à Saana, la semaine dernière... En reprenant les déclarations faites par le ministère des Armées à l'agence Reuters, il est possible d'apporter les précisions suivantes : "Il n'y a pas d'action militaire française aujourd'hui dans la région de Hodeïda, et la France ne fait pas partie de la coalition qui est engagée sur ce théâtre", a déclaré le ministère.

"L'actualité sur le terrain nous convainc de la nécessité que la communauté internationale prête une attention toute particulière à la question de l'accès humanitaire", poursuit-on. "Une action de déminage des accès au port d'Hodeïda après la fin des opérations militaires est donc actuellement à l'étude." "Elle aurait pour but de faciliter l'acheminement, en sécurité, de l'aide humanitaire à la population de la ville."

Les précisions du ministère sont très utiles, car plus on est précis, plus il est facile d'être, paradoxalement, en dehors des précisions, sans pour autant « camoufler » la vérité.

Une étape-clé

De tout cela, nous pouvons retenir que la France, deuxième réseau diplomatique mondial, continue d'être à l'œuvre, là où il y a besoin, tant d'un pont de vue géostratégique, d'accompagnement des pays avec lesquels nous avons des liens importants, que du point de vue humanitaire.

Nous pouvons donc être « naturellement impliqués » dans le conflit Yéménite pour aider, à notre façon et avec nos moyens, à y mettre fin. La France semble attendre avec confiance la fin des opérations militaires à Hodeida.

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En plus, cela traduirait un certain, et nouveau revers, pour le pouvoir à Téhéran. N'oublions pas que la communauté internationale demande le retrait, sur un autre front, en Syrie, des forces iraniennes et de ses alliés. Double pression sur la politique extérieure de l'Iran. La prise et libération du port d'Hodeïda sera la fin de l'avant-dernière bataille.

La dernière bataille sera celle de Saana, si d'ici là, les négociations en cours avec les Houthis, ne parviennent pas à l'éviter.

Gérard Vespierre

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