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Politique - La Tribune Bordeaux

Patrick Bobet : "Il faudra rouvrir le dossier du métro avant la fin du prochain mandat"

Pierre Cheminade

Publié le 17 janvier 2020 à 08:10 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 00:29

Patrick Bobet, le président de Bordeaux Métropole, le 10 janvier 2020.

Patrick Bobet, le président de Bordeaux Métropole, le 10 janvier 2020.

Thibaud Moritz / Agence APPA

Le Quotidien Numérique

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Photo d'illustration de l'article
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Le projet de métro à Bordeaux a-t-il été enterré trop vite ? Malgré la décision du bureau métropolitain à l'automne dernier d'écarter sans débat l'hypothèse d'un métro à Bordeaux, Patrick Bobet, le président de Bordeaux Métropole, l'assure à La Tribune : "Je reste convaincu qu’il faudra rouvrir très sérieusement le dossier du métro avant la fin du prochain mandat, probablement dans trois ou quatre ans."

Le conseil métropolitain, qui réunit l'ensemble des élus métropolitains bordelais, est un lieu de débat public. On y discute, on y argumente et on y vote sur de très nombreux sujets relatifs au quotidien et à l'avenir de la métropole bordelaise. De très nombreux dossiers y sont abordés mais pas celui de la réalisation d'un métro à Bordeaux. C'est pourtant potentiellement le projet le plus engageant pour Bordeaux Métropole dans les quinze années à venir, avec des conséquences majeures sur les finances publiques, sur le quotidien des habitants et sur le fonctionnement global et l'attractivité du territoire.

Pas de débat en séance publique

Sitôt achevée, sitôt enterré, l'étude pré-opérationnelle réalisée l'été dernier par un ingénieur à la demande de la Métropole, a été rangée au fond d'un tiroir. En septembre 2019, les membres du bureau métropolitain, qui réunit le président, les vice-présidents et les maires de la Métropole, ont décidé collectivement, en âme et conscience, de "ne pas poursuivre par une phase d'analyse plus approfondie l'étude exploratoire réalisée lors du 1er semestre 2019". Jugeant le sujet pas assez ou peut-être trop important, le bureau métropolitain a donc décidé de ne pas publier l'étude en question ni de permettre d'en débattre publiquement au sein du conseil métropolitain ! Bref, de soigneusement clore le sujet à quelques mois des élections municipales au motif que "le financement de ce projet est peu compatible avec les contraintes financières de la Métropole et l'impact de la phase chantier tant sur la vie quotidienne que sur la circulation serait très élevé." Les autres élus, les habitants, les citoyens, les contribuables sont priés d'attendre et de passer à autre chose.

"Par principe nous ne sommes ni opposés, ni favorables à un métro mais on aimerait que l'étude soit publique et qu'on puisse en débattre publiquement. La situation actuelle est un peu gênante même si notre préférence va à un mode de transport de surface qui permet de prendre de la place à la voiture", réagit Christian Broucaret, le président régional de la Fnaut (Fédération nationale des associations d'usagers des transports). Mais que dit exactement cette étude que La Tribune a pu lire en intégralité ? La synthèse tient en quelques lignes :

"Les principaux résultats montrent qu'un métro est techniquement possible et devrait présenter un bilan socio-économique nettement positif si la ligne est choisie avec pertinence, en reliant les plus importants générateurs de déplacements de la Métropole (Arena, gare Saint-Jean, Victoire, quartier Mériadeck, parc des expositions...). Toutefois, le financement d'une telle infrastructure semble difficilement imaginable au vu des autres engagements financiers incontournables de notre Métropole liés à la politique de mobilités. Enfin, l'impact travaux de la réalisation d'un métro n'est pas à négliger."
Métro de Bordeaux
Photo d'illustration (Crédits : Étude exploratoire sur la réalisation d’un métro à Bordeaux, septembre 2019)

En jaune et en bleu, les deux lignes de métro modélisées dans l'étude exploratoire réalisée en 2019 (cliquez sur l'image pour l'agrandir).

"Un sujet qui est à mon sens incontournable"

Quelques mois plus tard, aucun des candidats à l'élection municipale ne soutient publiquement le projet d'un métro à Bordeaux, préférant défendre des solutions alternatives aux effets plus immédiats, l'aménagement de la rocade et le RER métropolitain. De même, les élus métropolitains se rangent derrière la position du bureau et estime que la page du métro est tournée. Pour autant, l'histoire n'est pas terminée. Interrogé sur le sujet, Patrick Bobet, le président de Bordeaux Métropole, qui était à l'initiative de l'étude réalisée l'an dernier, se montre même aussi clair que pragmatique :

"L'étude réalisée l'an dernier visait à répondre à trois questions : est-ce que c'est faisable ? La réponse est oui. Est-ce que l'évaluation socio-économique est positive ? La réponse est oui, très largement. Est-ce que cela coûte extrêmement cher ? La réponse est malheureusement oui également. Mais en ce qui me concerne, je n'ai pas changé d'avis. Je reste convaincu qu'il faudra rouvrir très sérieusement le dossier de métro avant la fin de la prochaine mandature, probablement dans trois ou quatre ans. C'est un sujet qui est à mon sens incontournable."

Pour autant, celui qui est aussi maire du Bouscat, juge que "ce n'est pas le moment d'en parler dans la campagne électorale alors que Bordeaux sort déjà d'une longue période d'importants travaux". Nicolas Florian, le maire de Bordeaux, aurait ainsi été l'un des plus fervents opposants au projet au sein du bureau métropolitain puisque c'est bien la ville centre qui serait la plus concernée par les nuisances du chantier. Sans même parler de l'investissement financier. "S'il refuse de prendre une position définitive, Nicolas Florian n'est absolument pas certain que l'on ait les moyens de financer un métro, ni que celui-ci soit adapté à l'aménagement de la ville telle qu'il a été conçu depuis 20 ans", indique à La Tribune son équipe de campagne, soulignant "l'impact sur plusieurs années de la phase de chantier sur la vie quotidienne et sur la circulation."

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Forte croissance du trafic attendue

Mais les prévisions démographiques sont têtues et tablent sur une métropole quasi-millionnaire en 2030 avec a minima 875.000 déplacements quotidiens en transports en commun, soit une hausse de 65 % par rapport aux 530.000 voyages quotidiens enregistrés par TBM en 2018. Cela représente 345.000 trajets à absorber quotidiennement. Sachant que dès 2025, certains tronçons du tramway seront probablement déjà au bord de la rupture. Christophe Duprat, le vice-président de Bordeaux Métropole, et partisan du métro, refuse désormais de s'exprimer sur le sujet mais reconnaît que les prévisions de trafic d'ici à 2030 sont problématiques "en particulier la partie centrale de la ligne A entre Porte de Bourgogne et Pellegrin et la desserte du campus par la ligne B". En 2018, la ligne A du tramway a transporté 40,5 millions de voyageurs, la ligne B 36,1 millions et la ligne C 28,9 millions. Soit déjà une hausse globale de 40 % par rapport à 2014 ! Lucide, Christophe Duprat déclarait ainsi en septembre dernier à Sud Ouest : "Si l'on n'étudie pas le projet maintenant, on sera face à un mur en 2030. On se retrouvera comme en 1995, avec un réseau à bout de souffle et aucune solution".

Et, sans sous-estimer l'obstacle financier - un investissement évalué à 1,4 Md€ pour une seule ligne et à 2,7 Md€ pour deux lignes - Patrick Bobet en est parfaitement conscient. "Au regard des prévisions de trafic, il me semble indispensable de réexaminer en profondeur l'hypothèse de la mise en service d'un métro au cours des années 2030. Le sujet n'est donc pas enterré en tant que tel mais mis entre parenthèses pour l'instant", sourit-il. Une mise entre parenthèses électorale le temps de la campagne des élections municipales. Le seul souci étant qu'il faut compter au moins dix ans entre les premières études et la mise en service d'une ligne de métro, même pour une ville ayant déjà de l'expérience en la matière. Toulouse Métropole a ainsi lancé la 3e ligne de son métro au lendemain des élections municipales de 2014 et sa mise en service est désormais prévue fin 2025 pour un coût de 2,7 Md€.

"Le plus frappant aujourd'hui, c'est le manque de projets d'avenir en dehors du RER métropolitain qui ne résoudra pas tout. Les projets sont en panne après la ligne D. Pourtant il faut anticiper sur ces sujets, particulièrement à Bordeaux où l'on voit la difficulté rencontrée pour mener à bien des projets d'infrastructures ces dernières années", souligne Christian Broucaret, de la Fnaut. "On a une certaine culture du manque d'anticipation dans cette agglomération", reconnaît un élu métropolitain membre de la majorité.

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Quoi qu'il en soit, la campagne électorale aurait dû être un moment particulièrement approprié pour évoquer ces sujets avec les électeurs plutôt que d'en reparler dans trois ans. "Si on n'en parle pas maintenant, quand est-ce qu'on le fera ? Dans quelques années sans consulter les citoyens ? Sachant que vu l'ampleur du projet, un projet municipal avec ou sans métro ce n'est pas vraiment la même chose", note ainsi Mickaël Baubonne, fervent partisan d'un tel projet, dont l'association Métro de Bordeaux vient de lancer une enquête en ligne sur les transports publics de l'agglomération bordelaise à l'horizon 2030. Il est possible d'y participer ici.

Pierre Cheminade

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