La Tribune revient sur la fusion des trois ex-régions Aquitaine, Limousin, Poitou-Charentes, qui a bien failli déraper en 2016, et tente d'y voir plus clair sur l'après-fusion avec Jean-Noël Gout, vice-président de la Chambre régionale des comptes de Nouvelle-Aquitaine. Une CRC dont le nouveau président, Paul Serre, vient d'arriver. Malgré le manque de visibilité provoqué par la crise du Covid-19, la nouvelle région semble avoir montré qu'elle se renforçait sur le plan financier. Et comme la CRC a pu établir un état comptable zéro de la nouvelle région à sa naissance, Jean-Noël Gout sait...Avec le Grand Est, la Nouvelle-Aquitaine est le seule autre nouvelle collectivité produite par la fusion de trois régions : Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes : d'où sa première appellation d'ALPC. Prévue pour être une opération aussi indolore que possible, dans le cadre de la loi Notre (Nouvelle organisation territoriale de la République), cette réforme territoriale actée au 1er janvier 2016 va se solder à Bordeaux par une crise politique surprise très intense. Ceci après la mise au jour d'un problème budgétaire en Poitou-Charentes à la résolution duquel la Chambre régionale des comptes (CRC) va s'atteler.
Premier président de la nouvelle région (et ex-président d'Aquitaine), Alain Rousset annonce en février 2016 la commande au cabinet EY (Ernst and Young) d'un "audit flash" sur la situation de l'ex-Poitou-Charentes. Objectif : disposer d'éléments comptables assez solides pour boucler le premier budget d'ALPC avant le 31 mai. Le cabinet EY vient juste de démarrer son audit et Jean-François Monteils, président de la CRC de la région ALPC, dont Jean-Noël Gout est le vice-président, recadre alors pour La Tribune l'ensemble des enjeux.
Du déficit, pas d'épargne, des dettes toxiques
"Nous avons mis ce dossier de la fusion à notre programme 2016 en décembre 2015, avec l'intention de faire un travail ambitieux, c'est-à-dire établir la base de compréhension de la future région. Cet objectif passe par l'élaboration d'un état zéro des trois régions avant la fusion. Ce qui implique une enquête financière, à laquelle s'ajoute une autre enquête consacrée aux domaines à fusionner et aux différentes politiques (...) la fusion doit permettre de voir les économies, de les mesurer, d'où l'obligation de partir d'un état zéro de la situation financière", explique alors Jean-François Monteils.
Quand il sort en avril suivant, "l'audit flash" d'EY conclut à un déficit de l'ex-région Poitou-Charentes de 132 millions d'euros, avec un niveau d'épargne "quasi nul". Ce déficit est rendu d'autant plus critique éclaire "l'audit flash", qu'il est lesté par une bombe à retardement, soit près de 50 millions d'euros d'emprunts toxiques à "très hauts risques".