LA TRIBUNE - La gestion du massif des Landes de Gascogne semble être votre boussole pour décrypter le monde des incendies de forêt, pour quelles raisons ?
CHRISTIAN PINAUDEAU, ancien patron des sylviculteurs du Sud-Ouest - Les incendies, même les plus gros, sont des sujets archi-connus que l'on fait mine de redécouvrir à chaque nouvelle catastrophe. A l'exception de la forêt des Landes de Gascogne, qui s'étend sur les départements de la Gironde, des Landes et l'ouest du Lot-et-Garonne, en ex-Aquitaine, il n'y a aucune politique de prévention systématique des feux dans les massifs forestiers en France. La forêt des Landes de Gascogne c'est une forêt cultivée d'un million d'hectares : il n'existe rien de semblable ailleurs. Et la totalité de cet énorme massif est entièrement quadrillée, comme une grande ville, avec un point d'eau pour chaque quartier, 42.000 kilomètres de pistes pour atteindre très vite n'importe quel point de la forêt, qui est cartographiée, débroussaillée, surveillée en continu par tout un réseau de tours de guet. C'est unique au monde et c'est très efficace. Les incendies de 1949, qui ont brûlé 60.000 hectares de forêt et tué 82 personnes, ont provoqué un électrochoc dans la population et chez les élus politiques. Jamais aucun incendie de forêt n'avait tué autant de monde. Et ça, personne ne l'a oublié.