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Politique - La Tribune MontpellierPolitiques publiques - La Tribune Montpellier

Protection sociale : Macron prône "responsabilisation et accompagnement"

Photo de Cécile Chaigneau

Cécile Chaigneau

Publié le 13 juin 2018 à 14:46 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:51

Emmanuel Macron, lors du 42e congrès de la Mutualité française à Montpellier, le 13 juin 2018

Emmanuel Macron, lors du 42e congrès de la Mutualité française à Montpellier, le 13 juin 2018

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Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

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Emmanuel Macron s'est expliqué, le 13 juin devant le 42e congrès de la Mutualité française à Montpellier, sur les grandes orientations de sa politique sociale. En résumé, le message du Président est conforme à celui qui a fait polémique dans une vidéo diffusée la veille : il faut dépenser moins, responsabiliser et accompagner.

L'Elysée promettait un discours stratégique. Le 13 juin à Montpellier, en ouverture du 42e congrès de la Mutualité française, et durant plus d'une heure, le Président de la République a décliné les grandes orientations de sa politique sociale et des refondations qu'il souhaite entamer sur trois grands défis : la santé, le vieillissement et l'exclusion.

Le cadre et le calendrier avaient été choisis avec soin : le congrès de la Mutualité française, à un moment du quinquennat où le président est attendu sur le volet gauche de sa politique. La veille, l'Elysée avait posté sur Twitter une vidéo des préparatifs du Président dans laquelle il déclarait « On met un pognon de dingue dans les minima sociaux et les gens ne s'en sortent pas »... Il n'en fallait pas moins pour lancer une polémique dans l'attente des propositions présidentielles.

« La solution n'est pas de dépenser toujours plus d'argent »

« Nous continuons à faire fonctionner un système de protection sociale, mais tous les jours, l'effectivité de ces droits est remise en cause,affirme le Président. Nous avons maintenu des droits formels sans nous soucier qu'ils soient des droits réels. Pour beaucoup, ils n'existent que sur le papier. Pourtant nous consacrons une part toujours plus grande à la protection sociale. [...] Je n'ai pas le sentiment que lorsque l'on redresse l'économie, on soit contre le modèle social. Il faut produire pour pouvoir redistribuer. Notre système aujourd'hui est plus inégal qu'il y a trente ans sur le plan scolaire ou de l'accès aux emplois les plus qualifiés, il est plus déterministe ! S'attaquer aux inégalités, c'est reconnaître que tous ces défis ne sont pas monétaires, c'est savoir réinventer notre État-Providence qui n'offre trop souvent que le dernier filet de protection indispensable, et que nous maintiendrons, mais qui ne garantit pas suffisamment les conditions d'une vie digne ! Nous avons hérité d'un État-Providence de l'assurance, que nous devrons conforter, mais nous devons bâtir pour le XXIe siècle un État-Providence de la dignité et de l'émancipation. Il nous faut une organisation collective de fraternité qui assure la dignité de chacun. L'État ne le peut pas seul:c'est aussi le travail des collectivités territoriales, des partenaires sociaux et de l'ensemble des acteurs sociaux, dont les mutualistes. L'État ne le peut pas seul:c'est aussi le travail des collectivités, des partenaires sociaux et de l'ensemble des acteurs sociaux, dont les mutualistes. La part la plus précieuse de notre système social, c'est l'esprit qui l'a fait naître. C'est cette solidarité visionnaire des membres du Conseil national de la résistance. »

Pour résumer l'esprit de son action à venir, Emmanuel Macron prône « une révolution profonde autour de trois principes : la prévention qui attaque les inégalités avant qu'il ne soit trop tard, l'universalité qui donne les mêmes droits à chacun, et la dignité par l'aide et l'accompagnement, avec le travail comme clef d'émancipation. La solution n'est pas de dépenser toujours plus d'argent ».

Reste à charge zéro

Concernant la santé, les enjeux portent sur une trop grande renonciation aux soins, souvent pour des raisons financières, sur un « trop grand nombre d'actes médicaux inutiles », selon Emmanuel Macron, et sur des pathologies d'aujourd'hui (maladies chroniques ou liées au vieillissement) mal couvertes.

Le Président confirme, conformément à sa promesse de campagne, que sur la question du reste à charge, l'accord conclu prévoit une prise en charge à 100 % des lunettes, prothèses dentaires et prothèses auditives à compter de janvier 2020.

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«C'est une conquête sociale essentielle, c'est un investissement que nous allons partager ensemble », ajoute Emmanuel Macron, déclenchant les huées de l'assemblée.

Interpellé par deux personnes dans l'assistance, le Président se dit « prêt à discuter de la fiscalisation » des mutuelles...

Les orientations du Président prévoient de renforcer la prévention avec notamment un dépistage automatique des troubles visuels et auditifs renforcés dès le plus jeune âge, avec trois nouvelles consultations du médecin traitant ou scolaire, ainsi que, pour diminuer le recours aux soins protectifs dentaire, un examen « pour les enfants de 3 ans mais aussi les jeunes de 24 ans ».

«Cette prévention va aussi avec la responsabilisation des professionnels, c'est ça la cohérence de l'accord obtenu, martèle Emmanuel Macron.Par exemple, pour les dentistes, le fait de revaloriser fortement et de mieux rembourser les soins conservateurs va dans ce sens.»

Sans augmentation du coût de la complémentaire maladie

S'il promet que « la profession d'assistant dentaire sera étendue, nous irons plus loin dans la formation des opticiens et nous augmenterons le nombre d'audioprothésistes » (s'attirant les applaudissements de la salle), le Président en appelle à la responsabilité de tous sur la question du financement de la réforme, assuré en partie par l'assurance-maladie obligatoire. Et donc à celle des organismes complémentaires qui « se sont engagés à prendre leur part dans ce panier 100 % santé », sans que la réforme n'engendre une augmentation spécifique du coût d'acquisition d'une complémentaire santé pour les assurés.

La réforme, qui devra être finalisée d'ici 2022, prévoit également une réorientation du dispositif de soins : « Il faut passer d'une logique de gestion de l'offre de soin, d'une cartographie trop rigide, à une logique de demande fondée sur les services à rendre à la population sur les territoires, à une logique plus individualisée tournée vers le patient. Les acteurs doivent s'organiser en réseau, décloisonner la médecine de ville et l'hôpital, garantissant ainsi l'accès à cinq services au minimum : un médecin traitant, la permanence des soins et l'accès aux soins non programmées, la continuité des soins, la gradation des soins, le dépistage et la vaccination. La transformation en profondeur du système de santé impliquera de revoir l'ensemble des structures de la tarification à l'acte, de la tarification à l'activité, de la sacro-sainte summa divisio entre une médecine de ville et une médecine hospitalière ».

Retraite et grand âge : deux lois en 2019

Le président était aussi attendu sur la question des retraites.

«La chronologie de nos vies n'est plus celle d'il y a 30 ans. La durée de la retraite s'allonge aussi. Or nous dépensons beaucoup pour notre système de retraite, souvent plus que nos voisins. Nous avons 42 régimes qui ont construit des différences et des inégalités qui ne correspondent plus aux défis contemporains. Ce système n'est plus adapté. »

S'il confirme vouloir maintenir le système de retraite par répartition, Emmanuel Macron veut aussi instaurer « un système qui permettra qu'un euro cotisé donne le même montant de droits », avec l'objectif de « faire converger les régimes existants ».

Une loi sera présentée début 2019 et votée au cours du 1er semestre 2019, avec « un temps de transition accordé ».

Concernant le grand âge et la prise en charge de la dépendance, Emmanuel Macron annonce là aussi une loi avant la fin 2019, avec la nécessité de reconnaître « la part de la solidarité familiale et celle de la solidarité collective sociale » et avec la construction d'un nouveau risque.

« Il faut sortir d'une logique de guichet »

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Dernier volet de son intervention : la lutte contre l'exclusion. Il part d'un constat : « Nous avons dépensé de plus en plus ces dernières décennies, sans résoudre le problème, sans mieux le prévenir, sans mieux accompagner. Aujourd'hui, nous avons des dispositifs nombreux mais trop d'enfants naissent dans la pauvreté et y restent, et le déterminisme s'est installé. Nous avons créé un système qui s'est progressivement, pour ce qui est de l'Etat, déshumanisé, en pensant que la réponse, c'était de l'argent. Nous avons, ces dix dernières années, augmenté le RSA de 80 % mais l'accompagnement a baissé de 40 % ! Aujourd'hui, 50 % de ceux qui sont au RSA y sont toujours après quatre années ».

Alors qu'une concertation est en cours, le Président assure que l'ensemble du gouvernent est mobilisé « pour repenser notre solidarité nationale ».

«Les solutions ne sauraient être budgétaires, prévient Emmanuel Macron.Prévenir est notre 1er combat et la bataille est, là dessus, évidemment l'école.C'est la fin du déterminisme... Il faut assurer la solidarité collective pour les plus fragiles, des dépenses sociales pour ceux qui n'y arrivent pas. Nos engagements budgétaires seront maintenus et complétés par de l'accompagnement de ceux qui peuvent revenir vers le travail. Il faut accompagner et en même temps responsabiliser. Cet accompagnement va avec une responsabilisation, un contrôle pour éviter les cas de personnes installées dans l'exclusion. Il faut sortir d'une logique de guichet pour une logique d'accompagnement. »

Cécile Chaigneau

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