Jeux équestres mondiaux : la Normandie a-t-elle misé sur le bon cheval ?
Dorian Perron
Dorian Perron
« La Normandie est heureuse d'accueillir le monde », s'enthousiasmait Fabien Grobon, président du Comité d'organisation des Jeux équestres mondiaux, lors de la cérémonie d'ouverture de ces jeux qui se sont tenus dans la région du 23 août au 7 septembre. Cette célèbre épreuve réunit tous les quatre ans les championnats du monde de huit disciplines équestres.
Le succès était en effet au rendez-vous. Les objectifs de vente de billets « ont été dépassés », indique Dobrina Perrody, directrice déléguée du comité d'organisation des JEM : au total, plus de 565.000 spectateurs - selon les chiffres de l'organisation -, et 2.000 cavaliers étaient de la partie. Pour un événement de cette envergure, des infrastructures adéquates étaient nécessaires.
Le processus d'organisation a été particulièrement coûteux : les 55 millions d'euros initialement prévus par les organisateurs ont été rapidement dépassés, jusqu'à atteindre 78 millions d'euros, provenant majoritairement des acteurs publics (49%) et de partenariats privés. A titre de comparaison, ce montant est 50% plus élevé que celui du budget des JEM 2010, qui s'étaient déroulés aux États-Unis.
Organisée à Lexington (Kentucky), la précédente édition des Jeux équestres mondiaux a été qualifiée de véritable succès économique. Ses retombées ont été évaluées à 201 millions de dollars selon le département du Tourisme de l'État, et même près de 400 millions de dollars, selon un rapport de la Fédération Équestre Internationale. Malgré cela, le bilan financier a finalement été négatif du fait des lourdes dépenses d'infrastructures.
La Normandie comptait sinon faire mieux au moins aussi bien. La directrice déléguée de l'organisation, Dobrina Perrody, se dit « confiante », l'équilibre devrait être atteint. Mais les profits de l'évènement pourraient se trouver ailleurs que dans le bilan financier.
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En effet, la « filière équine » en Normandie est particulièrement dynamique : les activités équestres génèrent chaque année 1,1 milliard d'euros de chiffre d'affaires et emploient plus de 16.000 personnes. Interrogé par La Tribune, le président de la région Basse-Normandie, Laurent Beauvais, justifie en cela l'engagement financier de la région - à hauteur de 15 millions d'euros - à la fois pour les Jeux et pour l'ensemble de cette filière à fort potentiel économique :
Afin d'imposer la région Normandie comme la première région équestre de France, l'organisation et les acteurs publics se sont unis pour lancer un projet territorial dédié, nommé « l'Elan des Jeux », pour stimuler l'aménagement du territoire, le tourisme et, surtout, le développement de la filière équine, « le cœur du travail de fond effectué dans ce projet de développement », insiste Laurent Beauvais.
De fait, les sous-traitants, les entreprises touristiques et du monde équestre ont vu leur activité dopée momentanément par et pour les Jeux équestres. Le fabricant de vans (remorques pour transporter des équidés) Theault, présent sur les Jeux, tire un « bilan extrêmement positif » des JEM, des propres mots de son PDG Olivier Paulmier, joint par La Tribune. Ayant la volonté de se développer à l'export, le fabricant français - qui produit en Normandie - a enregistré près de 400.000 euros de commandes sur son stand pendant les JEM 2014, soit « le double d'un salon du cheval classique » et a pu rencontrer « plus de 100 nouveaux clients potentiels, venant à 80% de l'étranger ».
Pour favoriser les synergies, le comité d'organisation des JEM a pris l'initiative, en association avec les régions Haute et Basse Normandie, de créer le Club Normandie 2014, réseau de 330 entreprises et associations normandes (dont les vans Theault). Cependant, sa pérennité au-delà des Jeux - soumise au bon vouloir des acteurs locaux - est loin d'être actée, comme nous l'a indiqué Dobrina Perrody.
Du côté des infrastructures, les investissements réalisés laisseront peu de legs. Seuls projets à se mettre sous la dent, la valorisation d'espaces naturels autour de Caen, la promotion de centres d'élevage déjà existants et le maintien de certains itinéraires de randonnée voués au tourisme équestre, qui concerne tout de même près de 2 millions de personnes montant à cheval en France, forment un maigre butin. Même le prometteur Fonds Développement Durable et Innovation, qui a perçu 5% des recettes de sponsoring (autour de 800.000 euros au total), n'aura été qu'une initiative sans lendemain, puisqu'il « n'a pas vocation à être pérennisé » selon Dobrina Perrody.
Cependant, contrairement aux
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