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Nicolas Carboni : "Le principe de création destructive est une évidence"

Olivier Mirguet, à Strasbourg

Publié le 06 mars 2017 à 07:38 - Mis à jour le 21 mars 2017 à 10:49

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Depuis 2012, il préside Conectus, la première société d'accélération du transfert de technologies (Satt) créée en Alsace. Sous son influence, la recherche publique alsacienne a opéré, en cinq ans, plus de 150 contrats de valorisation, projets de maturation et créations de startups. Quelque 36 millions d'euros de fonds publics sont à investir, et un portefeuille de 111 brevets attend déjà d'être valorisé.

Nicolas Carboni soutient un discours à contre-courant : il revendique le droit à investir des fonds publics sur des projets qui n'aboutiront pas toujours à des créations d'entreprises, ni à des contrats de collaboration, ni à des dépôts de brevets.

«La société d'accélération du transfert de technologies est faite pour absorber des risques qu'aucun actionnaire n'est prêt à assumer», explique ce juriste de formation, reconverti au management de l'innovation mis à profit pendant une décennie passée au Canada.

L'Alsace, terre d'adoption en quête d'une stratégie collective de reconversion high-tech, lui a ensuite ouvert les bras.

En 2012, six partenaires issus de la recherche et de l'enseignement supérieur (universités de Strasbourg et de Haute-Alsace, Institut national des sciences appliquées, École nationale du génie de l'eau et de l'environnement, Inserm et CNRS) se sont retrouvés sous un même toit, dotés d'une promesse de budget de 36 millions d'euros sur dix ans et d'un financement par le programme Investissements d'avenir. La belle aubaine pour Nicolas Carboni, recruté à la présidence de la Satt Conectus pour piloter cet outil d'innovation.

«On n'est pas parti de rien. La politique des pôles de compétitivité apportait déjà de bons résultats dans l'innovation thérapeutique. Le projet alsacien de société d'accélération du transfert de technologies s'est inscrit dans la continuité de ce qui existait déjà», reconnaît Nicolas Carboni.

Avec 71 projets de maturation financés depuis 2012 pour 20,8 millions d'euros, le bilan des investissements s'inscrit en phase avec la feuille de route établie il y a cinq ans. Mais le transfert de technologies ne se limite pas à la création de startups : le président de Conectus Alsace (l'une des 14 SATT réparties sur le territoire national) assure aussi la gestion de la propriété intellectuelle des établissements de recherche publique de sa Région. Soit 111 brevets et savoir-faire, établis de façon dominante (44% du portefeuille) dans le secteur médical et les biotechnologies. Sur 14 projets soutenus en 2016, neuf se sont positionnés dans ces deux spécialités. En Alsace, les sciences de la vie occupent environ 30.000 salariés dans l'industrie et la recherche. Soit 2% de la population active. La médecine est-elle vraiment l'industrie d'avenir entre les Vosges et le Rhin ?

«L'excellence de ce segment n'est que le reflet des résultats de la recherche publique sur le terrain», tranche Lilla Merabet, vice-présidente du conseil régional du Grand Est et membre du conseil d'administration de Conectus.

Un discours en phase avec celui de l'université de Strasbourg, qui abrite quatre Prix Nobel en exercice dont trois en médecine et en chimie.

«Le principe de création destructrice est une évidence. Il est important de créer les conditions qui facilitent l'émergence d'idées et de projets. Cela n'est viable et soutenable que si l'on sait tuer assez tôt», estime Nicolas Carboni, qui revendique «un taux d'attrition de 33 %». En Alsace, une « pépite » sur trois passe à la trappe.

Schéma de détection de projets

Fort de son expérience canadienne, où il dirigea pendant dix ans une société de conseil établie avec l'un de ses professeurs à la Business School de Montréal, Nicolas Carboni a établi un schéma de détection de projets en cinq étapes. L'équipe de Conectus Alsace (50 personnes) détecte des innovations technologiques au sein des laboratoires alsaciens de recherche publique. Elle engage dès lors les démarches pour sécuriser la propriété intellectuelle et évalue la conduite à suivre en fonction de la maturité de la technologie.

Le projet est soumis au conseil d'administration (13 membres, dont des représentants de la Direccte, de Bpifrance et de la Caisse des dépôts). Une prématuration s'engage alors pour dix-huit à vingt-quatre mois, jusqu'à l'industrialisation sous forme d'une licence ou de création de startup. Cinq étapes, et autant de garde-fous.

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«Cette phase est la plus risquée. Parfois, nous arrêtons les frais après avoir investi 80.000 euros dans un projet, parce que nous ne sommes plus en phase avec le spectre de performances que nous nous étions fixé», reconnaît Nicolas Carboni.

Quinze startups ont franchi le cap en 2016.

«Elles sortent avec la capacité de lever des fonds beaucoup plus rapidement que la moyenne et de sceller des partenariats industriels structurants», estime Nicolas Carboni.

Le développement en cours de Syndivia en témoigne. Cette jeune entreprise s'est engagée dans un projet de valorisation de deux technologies de rupture sur des prises en charge ciblées sur le cancer du pancréas ou sur les cancers du sein. Conectus lui a fourni les moyens (350 000 euros) de développer de nouvelles thérapies en oncologie. Syndivia vise la création d'une quarantaine d'emplois.

«Depuis cinq ans, nous avons signé 661 contrats de ce type», calcule Nicolas Carboni.

Malgré les discours optimistes dans l'écosystème alsacien du soutien à l'innovation, les sorties industrielles sont encore rares.

«L'une des fonctions de l'argent public, c'est de dérisquer. Mais à terme, est-ce que le reste de la chaîne suivra ?», s'interroge Lilla Merabet.

La société Defymed, issue d'un laboratoire strasbourgeois du CNRS, a mis au point un prototype de pancréas artificiel, levé des fonds en sortie d'incubation et validé ses principes thérapeutiques. Elle vient de signer un accord de financement pour 500 000 dollars avec une fondation nord-américaine pour le traitement du diabète et s'apprête à entrer en phase industrielle, avec un risque de délocalisation. Voilà où le bât blesse : l'Alsace n'a pas encore apporté la preuve de sa capacité à conserver ses startups quand elles se transformeront en PME. Précédée par sa réputation, la chasse aux compétences made in Alsace est ouverte.

«L'année dernière, j'ai refusé trois postes qu'on est venu me proposer en dehors de la région», reconnaît Nicolas Carboni...

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  • 2012 Président de la Satt Conectus
  • 2007 Directeur général d'Alsace BioValley
  • 2004 Directeur d'ULP-Industrie, service de valorisation de l'université Louis-Pasteur (Strasbourg)
  • 1994 Création de Valoritech au Canada : conseil en valorisation et management des technologies
  • 1991 Business School de Montréal
  • 1990 Agent immobilier, professeur de tennis
  • 1990 Licence de droit (Paris-XI)
  • 1970 Naissance à Deauville

Olivier Mirguet, à Strasbourg

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