Nicolas Carboni : "Le principe de création destructive est une évidence"
Olivier Mirguet, à Strasbourg
Olivier Mirguet, à Strasbourg
Nicolas Carboni soutient un discours à contre-courant : il revendique le droit à investir des fonds publics sur des projets qui n'aboutiront pas toujours à des créations d'entreprises, ni à des contrats de collaboration, ni à des dépôts de brevets.
L'Alsace, terre d'adoption en quête d'une stratégie collective de reconversion high-tech, lui a ensuite ouvert les bras.
En 2012, six partenaires issus de la recherche et de l'enseignement supérieur (universités de Strasbourg et de Haute-Alsace, Institut national des sciences appliquées, École nationale du génie de l'eau et de l'environnement, Inserm et CNRS) se sont retrouvés sous un même toit, dotés d'une promesse de budget de 36 millions d'euros sur dix ans et d'un financement par le programme Investissements d'avenir. La belle aubaine pour Nicolas Carboni, recruté à la présidence de la Satt Conectus pour piloter cet outil d'innovation.
Avec 71 projets de maturation financés depuis 2012 pour 20,8 millions d'euros, le bilan des investissements s'inscrit en phase avec la feuille de route établie il y a cinq ans. Mais le transfert de technologies ne se limite pas à la création de startups : le président de Conectus Alsace (l'une des 14 SATT réparties sur le territoire national) assure aussi la gestion de la propriété intellectuelle des établissements de recherche publique de sa Région. Soit 111 brevets et savoir-faire, établis de façon dominante (44% du portefeuille) dans le secteur médical et les biotechnologies. Sur 14 projets soutenus en 2016, neuf se sont positionnés dans ces deux spécialités. En Alsace, les sciences de la vie occupent environ 30.000 salariés dans l'industrie et la recherche. Soit 2% de la population active. La médecine est-elle vraiment l'industrie d'avenir entre les Vosges et le Rhin ?
Un discours en phase avec celui de l'université de Strasbourg, qui abrite quatre Prix Nobel en exercice dont trois en médecine et en chimie.
Fort de son expérience canadienne, où il dirigea pendant dix ans une société de conseil établie avec l'un de ses professeurs à la Business School de Montréal, Nicolas Carboni a établi un schéma de détection de projets en cinq étapes. L'équipe de Conectus Alsace (50 personnes) détecte des innovations technologiques au sein des laboratoires alsaciens de recherche publique. Elle engage dès lors les démarches pour sécuriser la propriété intellectuelle et évalue la conduite à suivre en fonction de la maturité de la technologie.
Le projet est soumis au conseil d'administration (13 membres, dont des représentants de la Direccte, de Bpifrance et de la Caisse des dépôts). Une prématuration s'engage alors pour dix-huit à vingt-quatre mois, jusqu'à l'industrialisation sous forme d'une licence ou de création de startup. Cinq étapes, et autant de garde-fous.
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Quinze startups ont franchi le cap en 2016.
Le développement en cours de Syndivia en témoigne. Cette jeune entreprise s'est engagée dans un projet de valorisation de deux technologies de rupture sur des prises en charge ciblées sur le cancer du pancréas ou sur les cancers du sein. Conectus lui a fourni les moyens (350 000 euros) de développer de nouvelles thérapies en oncologie. Syndivia vise la création d'une quarantaine d'emplois.
Malgré les discours optimistes dans l'écosystème alsacien du soutien à l'innovation, les sorties industrielles sont encore rares.
La société Defymed, issue d'un laboratoire strasbourgeois du CNRS, a mis au point un prototype de pancréas artificiel, levé des fonds en sortie d'incubation et validé ses principes thérapeutiques. Elle vient de signer un accord de financement pour 500 000 dollars avec une fondation nord-américaine pour le traitement du diabète et s'apprête à entrer en phase industrielle, avec un risque de délocalisation. Voilà où le bât blesse : l'Alsace n'a pas encore apporté la preuve de sa capacité à conserver ses startups quand elles se transformeront en PME. Précédée par sa réputation, la chasse aux compétences made in Alsace est ouverte.
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