« Notre entreprise fabrique ces lipides complexes qui composent la couche de protection de l'ARN messager », explique Matthieu Giraud, directeur mondial Corden Pharma de la Plateforme Lipides, expert des lipides pour vaccins ARNm. Ces lipides ont deux rôles fonctionnels : permettre à l'ARN messager de voyager en toute sécurité jusqu'à la bonne cellule puis de libérer l'ARN messager une fois à l'intérieur de la cellule afin qu'il puisse remplir son rôle (donner l'information à la cellule de produire la fameuse protéine Spike). Corden Pharma est un sous-traitant historique de Moderna. Elle réalise de la chimie à façon pour l'industrie pharmaceutique au travers de cinq plateformes technologiques, dont les deux premières concernent le site de Chenôve (Côte-d'Or) : chimie des petites molécules, chimie des lipides et des glucides, chimie des peptides, produits hautement actifs et produits injectables.
Comme de nombreuses entreprises françaises de la chimie fine, le site de Chenôve, à proximité de Dijon, a été en difficulté ces dernières années. « Les principes actifs se sont beaucoup échappés en Asie, en Chine, depuis un an ou deux. Et le mot « principe actif » revient dans la communication depuis le Covid : réinternalisation, relocalisation », souligne Yves Michon, dirigeant de Corden Pharma Chenôve. En 2011, le site était proche de la cessation d'activité. Yves Michon et son équipe ont redressé la barre avec un retour aux bénéfices dès 2012. Depuis 2017, les ventes ont doublé pour atteindre un chiffre d'affaires de 57 millions d'euros en 2020 dont 90% à l'export. Le site chenevelier emploie 200 personnes, dont 30 dédiées à la recherche et au développement (soit 15% de l'effectif). « Le plan de relance a eu un effet déclencheur. Sans cet apport, nous n'aurions pas investi », explique ce dernier. Corden Pharma a élaboré deux projets : Conti sur la chimie continue et Licorne autour de la purification de lipides spécifiques. Ces investissements devraient générer une vingtaine d'emplois supplémentaires.