Volailler Doux  : pourquoi la région Bretagne s'engage à hauteur de 20,9 millions d'euros  ?

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(Crédits : Stephane Mahe)
La région Bretagne accompagnera à hauteur de 20,9 millions d'euros le projet industriel du consortium choisi par le Tribunal de commerce de Rennes pour la reprise du volailler Doux. Cette aide, qui se concrétise aussi par une entrée au capital de la structure Yer Breizh est soumise à condition : transformer le modèle, s'orienter vers des nouveaux marchés, en France et en Europe, comme celui du poulet frais.

Vendredi 18 mai, le suspens n'était pas à son comble mais le soulagement après l'incertitude était palpable.

En donnant son feu vert à la reprise du volailler Doux, placé en liquidation judiciaire, par le consortium Yer Breizh, réunissant notamment LDC, le leader français de la volaille (Loué, Le Gaulois, Maître Coq..), le groupe saoudien Al Munajem, distributeur de Doux dans la péninsule arabique, et l'actuel actionnaire Terrena, le tribunal de commerce de Rennes a validé l'offre la mieux disante en termes d'emploi.

Face au projet concurrent de l'ukrainien MHP, les sociétés partenaires se sont engagées, selon le tribunal, à reprendre 811 salariés directement, tout en proposant des accords de mobilité ou de reclassement aux salariés non repris directement. Ce sont donc 908 emplois que le consortium vise à sauver sur les 1.187 que compte la marque Doux, à Châteaulin notamment.

Dans ce dossier, le consortium a pu aussi compter sur un allié de poids : la région Bretagne s'était positionnée clairement en faveur du projet de reprise par Yer Breizh, et dans lequel elle va prendre part à hauteur de 20,9 millions d'euros. Notamment à travers une prise de participation de 5 % dans une nouvelle structure visant à assurer la modernisation des activités amont (aliments, accouvage, élevage) situées en Bretagne. Depuis l'application de la loi NOTRe, c'est la première fois qu'une région française entre au capital d'une entreprise.

« C'est un soulagement, après une longue période d'incertitudes pour les salariés et les éleveurs. L'essentiel des emplois est sauvé, des propositions sont faites pour ceux qui ne sont pas repris et un nouveau projet, porteur d'avenir, est sur la table, s'est félicité Loïg-Chesnais Girard, président de la Région. La période de liquidation se termine, celle de la transformation commence. Il faut maintenant que ces offres puissent devenir réalité pour en faire des succès économiques, sociaux et territoriaux. »

Engagement de 20,9 millions d'euros, ciblage du marché frais en France

En entrant au capital de la nouvelle structure Yer Breizh, la collectivité se transforme donc en un partenaire industriel mais a donné le ton. L'accompagnement que la Région apporte au consortium ne se conçoit qu'à la condition que le projet de reprise soit « porteur d'un modèle de production différent, notamment en faveur du marché français. »

SAS au capital de 6 millions d'euros, Yer Breizh est détenue à 33,5% par Al Munajem, à parité avec LDC, à 14% par Terrena, à parité avec Triskalia. La région Bretagne en détiendra 5% mais prévoit de monter à 33% (soit 2 millions d'euros) en 2021.

Son soutien ne s'arrête pas à la reprise. 12,7 millions d'euros seront investis dans une nouvelle usine pour cibler les nouveaux marchés du poulet frais en France, 1,2 million d'euros dans la modernisation de l'usine export et le maintien de l'activité et 5 M€ pour d'autres investissements dans la filière. Le site de Châteaulin accueillera en effet deux usines : l'une, gérée par Almunajem, qui poursuivra l'activité historique du groupe Doux (367 emplois), et l'autre créée par LDC qui y investira 60 millions d'euros pour produire du « poulet frais » à destination des marchés français et européens (290 emplois). Cette structure sera bâtie d'ici à deux ans.

« 85% des soutiens régionaux seront affectés aux activités orientées vers les nouveaux marchés précise la Région, dont l'objectif est de devenir un « acteur majeur de la conquête du marché français de la volaille », qui dépend à 45% des produits d'importation.

Pour Loïg Chesnais-Girard, le montage est innovant, c'est « une nouvelle façon de faire de la politique économique. On ne vient pas éponger des pertes, on vient en investisseur pour créer un nouveau modèle avec les industriels et les producteurs. » En clair, la marque Doux du futur s'inscrit dans une mutation et vendra aux consommateurs « des pratiques, un territoire, une authenticité, une proximité, de la qualité, de la traçabilité. » fait savoir Loïg Chesnais-Girard.

La fin des années d'errements ?

Si les éleveurs (240, 370.000 m2) et les salariés de Doux restent, ce sont donc à de nouvelles méthodes et à une transformation du modèle vers un poulet de qualité produit en France et répondant aux exigences du marché français et européen que devront se plier les nouveaux actionnaires.

La Région entend ne plus connaître de nouvelle crise et pouvoir renforcer la filière en France.

Racheté en 2016 par le groupe coopératif Terrena, le volailler Doux exporte principalement des poulets congelés au Moyen-Orient et accuse des pertes de plus de 35 M€ par an pour un chiffre d'affaires de 290 millions d'euros.

Depuis sa création en 1955, le groupe, symbole de l'industrialisation de la production de poulet (22 000 œufs et quatre poulets produits par heure) n'a même jamais gagné d'argent, si l'on en croit les explications de l'administrateur judiciaire lors de l'audience au tribunal, sauf en recevant les subventions européennes jusqu'en 2013.

En 2012, le groupe, alors leader européen de la volaille et cinquième exportateur mondial, avait déjà déposé le bilan, liquidant au passage son activité de volailles fraîches et 1.000 emplois. Il s'est fait plumer jusqu'à la récente faillite et la quête d'un repreneur.

Ce que Nadine Hourmant, déléguée FO de Doux, a résumé comme étant « un énorme gâchis, et la responsabilité des anciens dirigeants. »

Très suivi par les pouvoirs publics depuis des années, le dossier Doux va peut-être se refermer sur une note positive.

Aux soutiens régionaux s'ajoutera un plan d'accompagnement des éleveurs, de plusieurs millions d'euros. Il est en cours de négociation entre l'État et la Région.

Par Pascale Paoli-Lebailly, 
correspondante Bretagne pour La Tribune

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Commentaires
a écrit le 25/05/2018 à 9:23 :
A l'économie à la française ...
Les pouvois créént un environnement économique qui entraîne une sous compétitivé des entreprises françaises : charges élevées, services publics pas très efficaces, formations des personnels (ou futurs) notamment à l'Anglais insuffisante, ...

puis quand les boîtes coulent on remet encore une couche de subventions (d'Etat) qui seront forcément prélevées sur les entreprises qui génèrent encore du cash ou financées par de la dette qui nous rend de plus en plus vulnérables à une remontée des taux ou autres accidents.

Un vrai cercle vertueux quoi !
a écrit le 25/05/2018 à 8:29 :
J'ai un ami qui élève des poulets bio et qui déborde de boulot ne pouvant produire autant que ce qu'il pourrait vendre alors que produisant un peu plus chaque année.

Toutes ces entreprises liées à l'agro-industrie et son régime empoisonné ne peuvent que perdre du fric année après année mais bon faut sauver le soldat BAYER endetté de 65 milliards d'euros hein...

Libérons l'agriculture des lobbys et nous mettrons un terme définitif à cette crise endémique et exponentielle liée à la seule spéculation.

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