C’est le cri d’alarme de Jean-Baptiste Arena. Le viticulteur et maire de Patrimonio, récemment élu à la présidence de la Chambre d’agriculture de Corse, en fait la priorité absolue tant les maladies animales et végétales sont aux portes de l’île. Certaines les ont déjà franchies causant des dommages irréversibles.En 2024, la filière ovine corse a été frappée de plein fouet par deux vagues épidémiques de fièvre catarrhale de deux sérotypes différents. Un bon tiers des troupeaux a été infecté. L'ILOCC, l'interprofession laitière ovine et caprine de Corse, a estimé les pertes entre 3 000 et 5 000 bêtes. En l'espace de quelques années, plus de 10 000 brebis mères ont été décimées, entraînant en même temps un lourd préjudice sur la production de lait et de fromage.
Les campagnes massives de vaccinations, qui ne couvrent qu'une faible partie des multiples variantes de la maladie, n'apaisent pas les vives inquiétudes et les indemnisations de l'État ne constituent qu'une maigre consolation pour les éleveurs. Durant l'été, la préfecture de Corse appelait les éleveurs bovins à la vigilance après des détections de foyers de dermatose nodulaire contagieuse sur le continent et en Italie, en particulier sur l'île voisine de Sardaigne située à 11 kilomètres à vol d'oiseau, une distance négligeable pour les insectes qui la véhiculent, notamment les mouches piqueuses ou les taons qui se nourrissent du sang des bovins. La durée d'incubation de 28 jours étant un facteur aggravant.
D'autres maladies insidieuses menacent la Corse : dernière en date, la peste porcine, présente en Sardaigne depuis 50 ans, a désormais atteint la proche Émilie-Romagne, épouvantant les 130 producteurs du célèbre jambon de Parme. Entre l'Italie et la Corse, les liaisons maritimes sont ininterrompues.
Obtenir la même compétence que les territoires ultramarins
« Si ces deux virus débarquent en Corse, on peut dire adieu à notre élevage ancestral » prévient Jean-Baptiste Arena qui alerte aussi sur les maladies végétales. Cette année, la bactérie tueuse d'oliviers, la Xylella Fastidiosa, a été détectée. De même, le spectre du Huanglongbing (HLB), aussi connu sous le nom de maladie du dragon jaune, plane de plus en plus dangereusement. La bactérie mortelle des agrumes, déjà présente dans la quasi-totalité des régions productrices, menace désormais le bassin méditerranéen avec l'arrivée de son insecte vecteur, le psylle. Entre les oliveraies et les vergers agrumicoles, ce sont plus de 20 000 hectares qui sont exposés dans l'île. L'interdiction d'importation de plants par l'État est inopérante car le transit s'effectue via d'autres ports européens avant d'arriver en France. Autre péril, celui que fait peser le frelon asiatique, l'ennemi public numéro un des abeilles et des apiculteurs, apparu en Corse pour la première fois l'été dernier.