Budget des JOP Paris 2024 : la France pourrait devoir « combler un déficit », selon un sénateur

Dans son rapport sur les crédits « Sport » de la loi de finances 2023, le sénateur Lozach alerte sur un coût des Jeux olympiques et paralympiques qui risque de « croître de manière significative compte tenu en particulier de la hausse de l'inflation ». Une hypothèse déjà battue en brèche par la ministre des Sports et des JOP Amélie Oudéa-Castéra. Décryptage.
César Armand
Le triple champion olympique de canoe-slalom, Tony Estanguet, est le président du Comité d'organisation des Jeux olympiques et paralympiques (Cojop) Paris 2024.
Le triple champion olympique de canoe-slalom, Tony Estanguet, est le président du Comité d'organisation des Jeux olympiques et paralympiques (Cojop) Paris 2024. (Crédits : Reuters)

Il reste exactement 631 jours avant l'ouverture des Jeux olympiques et paralympiques (JOP) de Paris 2024, mais cela fait seulement trois mois et demi que le budget de l'événement sportif inquiète jusqu'au haut plus sommet de l'Etat. Après une réunion le 25 juillet à l'Elysée autour d'Emmanuel Macron et une mission d'information lancée par l'Assemblée le 19 octobre, c'est au tour du Sénat de témoigner de ses « inquiétudes ».

Dans son rapport pour avis sur les crédits "Sport" de la loi de finances 2023, rédigé dans le cadre de la commission de la culture, de l'éducation et de la communication, le sénateur (PS) Jean-Jacques Lozach, alerte sur un coût qui risque de « croître de manière significative compte tenu en particulier de la hausse de l'inflation ».

8,3 milliards d'euros de budget total

Le budget total de 8,3 milliards d'euros se divise en deux: 4,3 milliards - dont 1,87 d'argent public - pour la Société de livraison des ouvrages olympiques (Solidéo) qui construit les bâtiments type Village des athlètes ou Village des médias, et 4 milliards pour le Comité d'organisation (COJOP) qui gère la planification, l'organisation, le financement et la livraison (via la Solideo) de Paris 2024.

En réalité, du fait de l'actuelle conjoncture macro-économique, la Société de livraison des ouvrages olympiques (Solidéo) « a prévu une augmentation de son budget de 150 millions d'euros qui semble faire l'objet d'un accord des différentes parties concernées », relève le parlementaire. Pour ce faire, le gouvernement a fléché 61,3 millions dans le budget 2023 de l'Etat.

150 millions d'euros supplémentaires pour la Solidéo

De fait, sur ces 150 millions d'euros supplémentaires, 99,8 millions seront pris en charge par le budget de l'Etat, le reste par les collectivités concernées : 14,7 millions pour le conseil régional, 13,5 millions pour la ville de Paris, 1,2 million pour la métropole du Grand Paris, 700.000, 8,9 millions et 700.000 pour les départements des Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Yvelines. Mais aussi, 5,1 millions, 1,9 million et 400.000 pour les intercommunalités de Plaine Commune, de Paris Terres d'Envol, de Saint-Quentin-en-Yvelines et enfin 400.000 euros chacune pour les communes de Dugny, du Bourget et 2,8 millions d'euros pour Marseille.

« Le rapporteur estime nécessaire de veiller à ce que les collectivités les plus fragiles soient au besoin aidées », écrit le sénateur (PS) Jean-Jacques Lozach.

S'agissant du Comité d'organisation des Jeux olympiques et paralympiques, le parlementaire considère que le Comite des JOP « peine à boucler son budget ». Certes, un conseil d'administration est prévu le 12 décembre prochain et un rapport de la Cour des Comptes est attendu en janvier 2023, mais Jean-Jacques Lozach n'est guère optimiste.

« Il n'est plus garanti que le pays organisateur n'aura pas à combler un déficit à l'issue des Jeux de Paris 2024 et on peut craindre que l'effort financier déployé pour les organiser retombe dans les années qui viennent », dit encore le sénateur socialiste.

Le budget ne « va pas déraper dans les grandes largeurs » (ministre)

Une hypothèse battue en brèche par le gouvernement.

« Non, il est trop tôt pour dire ça, et ce qui est sûr c'est qu'il ne va pas déraper dans les grands largeurs » a déclaré la ministre des Sports et des Jeux olympiques et paralympiques, Amélie Oudéa-Castéra, sur France Info ce 10 novembre.

L'inflation aura un impact sur le Cojop « assez comparable voire un peu supérieur » aux 150 millions d'euros prévus pour la Solidéo, a-t-elle aussitôt ajouté.

Toujours est-il que le gouvernement négocie avec le Comité international olympique (CIO) pour « revoir le cahier des charges ». Lors d'une réunion de 2h30 le 9 novembre, ils ont évoqué l'existence « d'une polyclinique sur le Village », les délais d'ouverture dudit Village ou encore de l'installation de la production audiovisuelle, a fait savoir la ministre Oudéa-Castéra.

Danone, 22ème partenaire officiel et pas d'impôt JO

Trois ans et demi après le rejet de Total sous la pression de la ville de Paris, les partenaires privés continuent dans le même temps d'affluer pour financer le Comité d'organisation. Le 8 novembre, Danone est devenu le 22ème partenaire officiel de Paris 2024. Le groupe fournira un million de produits laitiers aux athlètes et en vendra un autre million sur les sites de la compétition.

Triple champion olympique de canoë-slalom et président du Cojop, Tony Estanguet s'était engagé à boucler 80% du 1,1 milliard d'euros de recettes sponsoring d'ici à la fin de l'année. Soit 870 millions d'euros. Interrogée par L'Equipe, la direction des partenariats du Comité d'organisation affirme seulement être « très confiante pour atteindre cet objectif », sans donner davantage de précisions financières.

Egalement interrogée sur la possibilité d'un "impôt JO" - comme cela a pu exister ailleurs -, la ministre des Sports et des JO est restée sur la même ligne que le président de la République. Autrement dit, ce sera niet. En revanche, un projet de loi dit olympique est toujours prévu pour la fin 2022 en Conseil des ministres, notamment pour traiter la question de la sécurité. Les images des incidents en finale de la Ligue des Champions au stade de France le 1er juin dernier ont en effet fait le tour du monde...

César Armand

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Commentaires 9
à écrit le 22/11/2022 à 11:29
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Le comité d'organisation fait appel à des consultants anglo-saxons hors de prix ... et demande au contribuable français de régler l'addition. Cherchez l'erreur.

à écrit le 14/11/2022 à 15:56
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La mascotte révélée ce lundi 14 novembre est affligeante. Elle préfigure le risque qui pèse sur ces J.O. Un désastre !

à écrit le 13/11/2022 à 18:12
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Tony Estanguet s'en fout d'un éventuel colossal déficit. Il s'est trouvé une bonne place...

à écrit le 12/11/2022 à 7:58
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Et pourtant il y en a des parasites dans ces Jo, qui savent tous qu'a la fin il y a des oncs qui payent.

à écrit le 11/11/2022 à 20:01
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Les JO ne peuvent pas être bénéficiaires : faire des "profits" est complètement étranger à tous les lobby qui ont mis la main sur les JO et qui imposent leur "éthique" aux autres pourvu que leurs postes à eux soient bien rémunérés. Ils dépensent don...

à écrit le 11/11/2022 à 16:21
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Ce n'est pas l'état dans ce cas qui doit payer mais les parisiens. 90% des retombés sont à Paris et les autres français n'ont pas voté pour les JO.

à écrit le 11/11/2022 à 13:28
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Vous avez raison ! Quoiqu'étant parisien, mon désaccord n'a, comme beaucoup, pas été pris en compte. Pas plus que ceux de la "petite couronne" qui vont, aussi, en pâtir... Mais, bon, il se dit que l'on a "les politiques" qu'on mérite. On a vu l'attra...

à écrit le 11/11/2022 à 8:49
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ben voyons... les JO n ont JAMAIS ete beneficiaire. Il est evident que le contribuable va devoir payer. Mais il faut que ca soit le contribuable PARISIEN qui paie, pas celui de trifouillis ! Ils ont elu Hidalgo, qu ils assument ! Et que ca serve de l...

le 12/11/2022 à 11:45
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Pourquoi vouloir que cela serve de leçon puisque à part aux USA ( parce qu'ils conservaient les recettes ) partout ailleurs dans le monde, ce barnum débilisant n'a apporté qu'au mieux pertes colossales et au pire faillites et guerres. Les médias étan...

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