"Grand Paris" ou "Paris en Grand" : Emmanuel Macron se prononcera à l'automne

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(Crédits : Reuters//Gonzalo Fuentes)
[ SOMMET DU GRAND PARIS ] La Tribune a organisé son premier Sommet du Grand Paris à la Grande Arche de la Défense mardi 19 juin. Dix ans après son lancement par Nicolas Sarkozy, le projet vise à faire de la métropole une « ville monde ». Mais la route sera longue et cahoteuse. Emmanuel Macron doit annoncer la réforme institutionnelle que tous les acteurs attendent à l'automne prochain, a annoncé le préfet de Région.

[ Article publié le 19.06.2018 à 20:22, mis à jour avec VIDÉO le lundi 25.06 à 8:11]

L'avenir du Grand Paris est suspendu à la parole présidentielle. Emmanuel Macron doit trancher d'ici l'automne sur le périmètre de cette nouvelle entité administrative pour « aboutir à une organisation institutionnelle stabilisée et efficace ». En attendant l'oracle jupitérien, les diverses parties prenantes font entendre leur voix.

Patrick Ollier, président de la Métropole du Grand Paris et maire de Rueil-Malmaison (92), rappelle qu'il n'a pas été facile de mettre d'accord 131 maires de toutes tendances politiques : « nous avons réussi et les délibérations ont été votées à la quasi unanimité ». Mais il regrette aussi que le budget alloué à cette structure qui rassemble depuis deux ans 7,5 millions de personnes sur 90 000 hectares soit aussi réduit : « je lance un appel au secours, ce budget est indigne ! Il faut revoir le mode de taxation. Les douze territoires du « millefeuille » peuvent fixer des taux différents, c'est ahurissant. Il faut que la Métropole reçoive les produits fiscaux puis fixe les taux ».

Le logement, dont le coût élevé fait souffrir les Franciliens en général et les Parisiens en particuliers, est au cœur des espoirs que soulève le Grand Paris. Ce « chantier du siècle » sera-t-il l'occasion de fournir un logement moins onéreux à tous les habitants ? Pour Geoffroy Didier, vice-président de la Région Île-de-France chargé du logement, « il faut construire plus pour fluidifier le marché immobilier ». Car les besoins restent énormes : 700 000 demandeurs de logement, 100.000 personnes hébergées dans des dispositifs d'urgence, 425 000 ménages en précarité énergétique, comme l'a rappelé Marianne Louradour, directrice régionale Île-de-France de la Banque des territoires (groupe Caisse des Dépôts) : « le Grand Paris va changer la donne en donnant au logement une valeur qualitative forte. La CDC apporte une réponse massive et globale grâce aux 400 milliards d'euros d'épargne populaire et aux prêts à très long termes à taux fixe ». Olivier Wigniolle, directeur général d'Icade, réclame lui des baux emphytéotiques (baux immobiliers de très longue durée, le plus souvent 99 ans) pour alléger la part du foncier (50 %) dans le coût des logements.

Allô New-York, je voudrais le 22 à Asnières

Pour Eric Groven, directeur immobilier des réseaux France de la Société Générale, il va falloir se résoudre à construire verticalement, car « l'extension horizontale à des limites, alors que 75 % de la population mondiale sera urbaine en 2050 ».

Reste le problème majeur du Grand Paris : qui contacter quand on est un entrepreneur désireux de s'installer, un habitant cherchant des informations ou un banquier chassé de la City par le Brexit ? Comment éviter que chacune des cinq composantes du « millefeuilles » (communes, intercommunalités, départements, métropole, région) ne tire la couverture à soi ?  Pour Patrick Braouezec, président de Plaine Commune, un Établissement public territorial regroupant 9 municipalités de Seine-Saint-Denis qui fête ses 20 ans, « c'est un peu le sketch du 22 à Asnières de Fernand Raynaud. Il semble qu'il soit plus facile de répondre aux intérêts du monde économique qu'à celui de nos populations. S'il faut se débarrasser des pauvres pour faire le Grand Paris, ce n'est pas ma conception. Le projet ne fonctionnera pas si l'unique préoccupation est financière ».

Justement, du côté des entreprises, on est plutôt optimiste. Pour Michel Valache, président de la commission aménagement et développement de la CCI Paris Île-de-France, « on parle de 100 millions d'euros d'opportunités d'affaires d'ici 2030. Pour 36 % des chefs d'entreprises interrogés par Médiamétrie, le Grand Paris est un facteur de croissance. Mais en l'absence de guichet unique, le chef d'entreprise doit faire face au « millefeuilles » avec des compétences qui se chevauchent. Moi-même j'ai du mal à comprendre ». Et de citer le cas d'un véhicule de livraison qui, lorsqu'il traverse l'Île-de-France « est en infraction permanente ».

Conclusion d'Alexandre Missoffe, directeur général de Paris Île-de-France Capitale Économique : « l'enjeu, c'est comment se coordonner entre les acteurs. Il faut se donner des rêves assez grands pour ne pas les perdre de vue pendant qu'on les poursuit ». Une citation d'Oscar Wilde qui résume bien les  défis que va devoir résoudre le Grand Paris avant de venir la « ville monde » que tout le monde appelle de ses vœux.

Représentant de l'Etat, le préfet d'Ile-de-France, préfet de Paris, Michel Cadot a confirmé en fin d'après-midi que le président Macron annoncerait la réforme institutionnelle à l'automne. L'architecte Roland Castro, missionné par le chef de l'Etat d'une réflexion sur le Grand Paris d'ici au 31 juillet entend, lui, suggérer d'appeler le Grand Paris « Paris en grand » : « on parlera de Paris-Versailles, Paris-La Courneuve ». Reste à savoir désormais si les maires de petite et grande couronne accepteront de telles dénominations. "Le Grand Paris est beaucoup plus qu'une ambition, c'est une réalité, une réalité mondiale" a conclu le préfet Michel Cadot. Il est vrai qu'avec le Brexit, la cote de Paris monte, comme l'a montré le classement EY qui place la capitale française devant Londres en terme d'attractivité. Le chemin est encore long, mais les premiers résultats arrivent...

>> VIDEO Revivez le Sommet du Grand Paris 2018

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Commentaires
a écrit le 25/06/2018 à 19:06 :
Il faut plus de créations d'entreprises en provinces !
a écrit le 25/06/2018 à 10:59 :
Ah enfin un problème adapté aux qualifications de nos dirigeants politiques !

Élections pièges à gonds.
a écrit le 22/06/2018 à 12:03 :
La France n'est pas Paris ou toutes les attentions sont concentrées; comment voulez-vous dans ces conditions que la France ne se désertifie pas ?
Réponse de le 25/06/2018 à 15:15 :
Savez vous que 80% de la clientele de la SNCF est d'ile de France ?
Reprendre 30Md de sa dette par l'etat c'est faire financer l'IDF par la province.

Stop au jacobinisme de nos enarques!!!
a écrit le 21/06/2018 à 15:36 :
Pourquoi n'a t on jamais proposé ce schéma :
Michel a écrit le 21/06/2018 à 13:29:

L'ideal serait une Métropole plus grande que la Région Ile de France.
Elle intégrerait :
1° la Région Ile-de-France composée de 9 à 10 Territoires d'environ 900.000 à 1 millions d'habitants chacun,Plus le Territoire Paris
2° la Region Normande composée de 2 territoires d'environ 1,5 millions d'habitants.

Donc :
1° Création d'une Metropole "Paris Seine" (environ 15 à 16 millions d'habitant ) avec Aeroports et Ports, composée de 13 Territoires
2° Suppression des départements
3°Création des Territoires
4° Maintien des Régions et Communes.

Liaisons de l'ensemble par Hyperloop
a écrit le 21/06/2018 à 13:29 :
L'ideal serait une Métropole plus grande que la Région Ile de France.
Elle intégrerait :
- la Région Ile-de-France composée de 9 à 10 Territoires d'environ 900.000 à 1 millions d'habitants chacun,Plus le Territoire Paris
- la Region Normande composée de 2 territoires d'environ 1,5 millions d'habitants.
Donc :
- Création d'une Metropole "Paris Seine" (environ 15 à 16 millions d'habitant ) avec Aeroports et
Ports, composée de 13 Territoires
- Suppression des départements
- Création des Territoires
- Maintien des Régions et Communes.

Liaisons de l'ensemble par Hyperloop
a écrit le 20/06/2018 à 11:22 :
C'est vrai que grand paris ou paris en grand, n'a pas la meme signification. D'ou reflexion
intense de vos tetes d'oeufs pas tres frais.
C'est ca la France, ergoter ou causer, faut choisir.
Pendant ce temps la, ailleurs ca bosse.
a écrit le 19/06/2018 à 21:45 :
"Grand Paris ou petite vérole" ? C'est plutôt cela l'interrogation, à voir comment la "conférence territoriale" destinée à clarifier les compétences et l'organisation territoriale en Ile-de-France est sans cesse repoussée... En attendant, plus personne n'est capable de décrire qui fait quoi. Alors, quand on est un investisseur étranger, confronté en plus à la grève "perlée" (c'est un si joli pour une vraie purge...) à la SNCF depuis bientôt trois mois, on peut avoir envie de poser ses valises ailleurs et d'y créer des emplois ailleurs aussi...

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