Municipale à Marseille : à droite, les concurrents se jaugent

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Renaud Muselier, Martine Vassal et Bruno Gilles. La présidente du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône serait la mieux placée pour être la candidate des Républicains à Marseille.
Renaud Muselier, Martine Vassal et Bruno Gilles. La présidente du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône serait la mieux placée pour être la candidate des Républicains à Marseille. (Crédits : DR)
[SONDAGE EXCLUSIF 2/3] Martine Vassal, Renaud Muselier, Bruno Gilles… Si la succession de Jean-Claude Gaudin reste un sujet quelque peu tabou au sein de la droite marseillaise, sur la scène et en coulisses elle occupe les esprits… et plus encore.

Il semblait que la rentrée peinait à se faire vraiment sous le ciel marseillais. Une météo d'été, une reprise des affaires en douceur, une actualité qui ronronne. Pas vraiment endormie, pas vraiment repartie de plus belle, l'ambiance à Marseille en ce début septembre sent encore les relents indolents de l'été. Pourtant, dès le 3 septembre, il suffit d'un communiqué et l'annonce pour le lendemain d'une conférence de presse sur la « vie de l'institution » Aix-Marseille Provence pour d'un coup, réveiller l'ensemble de la classe politico-économique. Et cette question qui revient alors durant vingt-quatre heures : partira ou partira pas ?

Car avant la trêve estivale, il y avait bien cette rumeur, insistante, qui assurait que le président de la Métropole s'apprêtait à passer la main. Bientôt. Demeurait la question du moment exact. En ce début septembre, la réponse semble donnée. Le 4 septembre donc, lorsque Jean-Claude Gaudin annonce après un bilan des actions menées depuis deux ans et demi, qu'il démissionne de son poste de président, ce n'est pas vraiment le ciel qui tombe sur la tête des Marseillais. Tout au moins, dans le landerneau politique, c'est surtout le coup de sifflet d'un marathon qui s'engage : qui pour la Mairie en 2020 ?

Car la succession de Jean-Claude Gaudin, dans un premier temps à la présidence d'Aix-Marseille Provence n'est pas LE sujet qui déchaîne les passions. Déjà parce que l'ancien sénateur désigne son successeur ou tout du moins sa préférence, l'élection passant bien sûr par un vote conformément au code général des collectivités territoriales. Sa préférence, c'est Martine Vassal, qui, dit-il, « a toutes les qualités nécessaires pour assurer la présidence » et qu'il assure « de [son] entier soutien ».

Une succession que la présidente du conseil départemental a préparée. Discrète sur la scène politicienne mais omniprésente au travers des actions que mène, sur le territoire, le Département, celle qui a été vice-présidente d'Aix-Marseille Provence chargée de l'attractivité n'a jamais caché que la Métropole devait faire mieux sur des sujets aussi sensibles que la mobilité, l'emploi, l'aménagement du territoire ou l'attractivité. Autant de thèmes qu'elle a déjà investis justement en tant que présidente du Département.

Tombeuse de Guérini

Si, lorsqu'elle arrive à la tête des Bouches-du-Rhône il y a trois ans, c'est auréolée de sa victoire contre le socialiste Jean-Noël Guérini, président dix-sept ans durant de ce qui s'appelait alors encore le conseil général, aujourd'hui, cette « performance » ne compte presque plus. Mais Martine Vassal continue d'appliquer la méthode qui lui a réussi : concentrée sur son objectif, la tête dans le guidon et très peu sensible aux tentatives de détournement de l'attention. L'un de ses atouts repose sans nul doute sur son souci de proximité avec le terrain. Elle le disait déjà avant les élections départementales de 2015, le soutien doit aller aux communes. Dans un communiqué publié après l'annonce de la démission de Jean-Claude Gaudin et officialisant sa candidature à la présidence d'Aix-Marseille Provence, elle dit souhaiter « une Métropole de proximité qui donne aux communes les moyens nécessaires à la gestion de leur vie quotidienne et à leur action au service des habitants ». Alors que l'on reproche souvent aux acteurs politiques d'être déconnectés de la réalité, son soutien, notamment, aux maires du territoire, en fait un atout pour le futur, quel qu'il soit.

Car, sur la question des municipales, pour l'heure, Martine Vassal ne bronche pas. Le sujet est chatouilleux, notamment pour l'actuel maire qui, à 79 ans, s'énerve lorsqu'on lui demande qui il voit comme successeur. « Avant de me remplacer, il faut encore travailler », s'emporte-t-il au micro de France Bleu Provence. Sujet tabou, sauf que... Dix jours après ce premier coup de tonnerre dans la rentrée indolente marseillaise, c'est une autre annonce, moins attendue, qui agite à nouveau le monde politique local. En déclarant officiellement se positionner dans la course au mandat de premier magistrat, le sénateur (LR) Bruno Gilles prend tout le monde de court. Ses problèmes de santé en décembre 2017 ont persuadé certains que se trouvait ainsi court-circuité son avenir politique. Preuve en est que non. « Ma candidature est légitime », répète à l'envi le patron de la fédération Les Républicains dans le département, assurant être « encadré » par Jean-Claude Gaudin, Martine Vassal et Renaud Muselier, comme pour bien montrer que sa candidature est adoubée par le « patron » et par ceux qui comptent à la tête des institutions départementale et régionale.

Pourquoi une officialisation maintenant alors ? « J'ai une idée différente, je veux un projet participatif, je veux prendre le temps d'écouter, je veux une vraie remise en question.  Il reste 18 mois avant le scrutin, c'est le temps qu'il faut pour apaiser les tensions et séduire », déclare à La Tribune Bruno Gilles, par ailleurs parfaitement conscient de son déficit de notoriété en dehors des quartiers où il est connu pour avoir été maire de secteur. Un timing choisi aussi, assure-t-il, pour ne pas polluer l'espace médiatique de l'élection de Martine Vassal à la présidence de la Métropole, organisée le 20 septembre. Sauf qu'en termes de timing, il n'est pas de l'avis de tous que celui-ci ait été parfaitement orchestré...

À la question de savoir s'il est donc soutenu dans sa démarche par ses « amis » Jean-Claude Gaudin, Martine Vassal et Renaud Muselier, Bruno Gilles insiste sur la légitimité de sa candidature, légitimité « plus importante que le soutien. Parfois mes amis politiques ne disent pas ce que vous avez envie d'entendre », souligne-t-il, rappelant qu'avec Renaud Muselier, le président de la Région, « qui ne tarit pas d'éloges sur moi, nous avons toujours été ensemble depuis son entrée en politique » et que « j'ai beaucoup aidé Martine Vassal. Mais je le dis avec modestie. On ne se lance pas à l'assaut de la deuxième ville de France » sans avoir « discuté des heures avec Jean-Claude Gaudin, Martine Vassal et Renaud Muselier ».

Martine Vassal qui a d'ailleurs salué la démarche de Bruno Gilles mais qui dit aussi que « ensemble, le moment venu, nous devrons proposer un nouveau projet municipal qui s'appuiera sur le bilan de Jean-Claude Gaudin et de son équipe » et que surtout il faudra aller à ce scrutin « unis ». Une suggestion à peine voilée...

Quant à Renaud Muselier, c'est peut-être lui, la clé du scrutin. Ira, ira pas ? D'aucuns assurent que l'ancien premier adjoint de Jean-Claude Gaudin ne pourra pas s'empêcher de se présenter à la succession de son ancien partenaire politique, forme de revanche sur le passé, et que le plus beau mandat est celui de maire. D'autres assurent que la présidence de la Région Sud Provence-Alpes-Côte d'Azur lui va bien, qu'il détient le pouvoir économique...

L'intéressé lui-même entretient habilement l'ambiguïté. Répétant souvent qu'il est président de région jusqu'en 2021. Mais ne s'empêchant pas de commenter le sujet marseillais. « Pour les municipales, je veux que l'on parle du projet pour les Marseillaises et les Marseillais avant des questions de personnes et de potentielles alliances », dit-il, interrogé le 12 septembre dernier sur la chaîne Public Sénat. « L'avenir de Marseille ? Je le vois en grand. Il faut créer de l'harmonie sur ce territoire », tweete-t-il quelques jours auparavant avec le hashtag #CapSurLAvenir. Il a fait réaliser un sondage - comme Martine Vassal d'ailleurs - en début d'année par son association Cap sur l'Avenir, sondage qui le donne vainqueur devant Jean-Luc Mélenchon. « Celui qui détient les clés pour les municipales, c'est moi. » Cette phrase, relayée par Paris Match résume parfaitement la situation. Si l'on sait que l'avis de Jean-Claude Gaudin sur son successeur sera pris en compte, celui qui aujourd'hui peut peser sur le scrutin municipal, c'est le patron de la région.

Y aura-t-il une bataille à droite pour Marseille ? Dix-huit mois d'ici au scrutin, c'est long et court à la fois. La question, pour l'heure, c'est qui sera le ou la prochain(e) candidat(e) à s'aligner à son tour dans les starting-blocks ? Une chose est sûre : pour le moment, selon notre sondage Elabe, si l'élection avait lieu aujourd'hui, la droite serait en tête au premier tour quel que soit le candidat, mais Martine Vassal, avec 34 % des intentions de vote, devance Renaud Muselier (27,5 %). Une liste La France Insoumise menée par Jean-Luc Mélenchon arriverait deuxième avec 19 % devant celle de LRM conduite par Christophe Castaner (14 % face à Vassal et 17,5 % face à Muselier). En clair, la gauche désunie part battue (Samia Ghali, sur une liste PS-EELV serait à 14,5 % face à Martine Vassal et à 16 face à Renaud Muselier). Mais 19 % des personnes exprimées n'ont pas encore exprimé d'intention de vote.

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MÉTHODOLOGIE

Un échantillon de 1 001 personnes représentatif des résidents de Marseille âgés de 18 ans et plus, sélectionnés selon la méthode des quotas appliquée aux variables sexe, âge, profession et arrondissements de l'interviewé, ont été intérrogés par téléphone du 6 au 12 septembre 2018.

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