Bataille pour la Mairie de Marseille : la droite en tête

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(Crédits : Charles Platiau)
[SONDAGE EXCLUSIF 1/3] Qui pour succéder à la figure tutélaire de Jean-Claude Gaudin, qui dirige la deuxième ville de France depuis 1995 ? La tension monte autour du Vieux-Port à deux ans des élections municipales, alors que le maire, âgé de 79 ans, vient de démissionner de la présidence de la Métropole et a annoncé qu’il ne fera pas le mandat de trop à l’Hôtel de Ville. Avec Elabe et Europe 1, La Tribune a interrogé les Marseillais début septembre sur le climat politique dans la cité phocéenne. Les résultats donnent une photographie de l’état de l’opinion locale. La droite fait la course en tête au premier tour, avec un net avantage à une femme, Martine Vassal, devant Renaud Muselier en embuscade. Christophe Castaner et Jean-Luc Mélenchon, au coude-à-coude, sont à la traîne.

Une femme à la tête de la deuxième ville de France ? Si la question « Qui pour succéder à Jean-Claude Gaudin ? » était aujourd'hui posée dans les urnes, elle permettrait à Martine Vassal, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, de se voir ouvrir grandes les portes de l'Hôtel de Ville de la cité phocéenne. C'est la principale révélation du sondage réalisé par Elabe pour LaTribune entre le 6 et le 12 septembre dernier, soit 48 heures après la démission de Jean-Claude Gaudin de la présidence de la métropole Aix-Marseille Provence et 24 heures avant la déclaration officielle de candidature du sénateur Bruno Gilles pour les prochaines municipales. Cette enquête exclusive offre un cliché instantané de la vie politique marseillaise, avec des surprises et des évidences.

L'évidence, c'est d'abord la très bonne notoriété du maire sortant, Jean-Claude Gaudin. Si on se doute que le premier magistrat de Marseille est connu de ses administrés, c'est autant la notoriété dont il bénéficie - 78 % des personnes interrogées indiquent connaître très bien ou bien leur maire - que son image positive (pour 6 Marseillais sur 10) qui tendent à prouver que si, après quatre mandats municipaux consécutifs, le locataire actuel de l'Hôtel de Ville entend raccrocher les gants, dans le match de sa succession, son poids, c'est-à-dire son avis, voire son adoubement, pèsera. Et peut-être aussi l'opinion positive que les habitants de Marseille ont pour le début de la transformation de leur ville dont l'image s'est améliorée, même si tout, loin s'en faut, n'est pas réglé concernant la propreté et la sécurité.

Lire aussi : Propreté et sécurité, les deux défis du prochain maire de Marseille

Évidente aussi et démontrée par notre sondage est la notoriété de Jean-Luc Mélenchon, député de la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône, qui fait presque aussi bien que Jean-Claude Gaudin. Une notoriété logiquement portée par l'envergure nationale du chef de file de La France insoumise.

Quant à Renaud Muselier, ancien ministre, député européen, actuel patron de la Région Sud Provence-Alpes-Côte d'Azur, il talonne le duo précédent et apparaît davantage connu que Martine Vassal ou même Samia Ghali, cette dernière étant pourtant souvent sollicitée par les médias dès qu'il s'agit de commenter l'actualité et les sujets marseillais. Une Samia Ghali néanmoins un peu plus absente des écrans télévisés et des ondes radio ces derniers mois.

Mais c'est bien la question « Qui ferait un bon maire de Marseille ? » qui apporte la réponse la plus significative et, surtout, la plus attendue. Pour 55 % des Marseillais, Martine Vassal, qui vient de prendre la présidence de la métropole Aix-Marseille Provence avec le soutien appuyé de... Jean-Claude Gaudin, serait la personne idoine pour prendre en main les destinées de la deuxième ville de France. Créditée de 55 %, soit 4 points de plus que sa cote d'image locale, elle gagne du crédit pour sa capacité à gérer la cité phocéenne. Si Jean-Claude Gaudin est désormais concentré sur sa ville, il entend bien préparer le terrain pour assurer sa succession.

La droite en tête

Positionné comme challenger, avec 43 % de personnes interrogées le percevant comme étant capable de faire un bon maire, Renaud Muselier, président de la Région Sud, est légèrement distancé, mais reste bien placé. Il devance Christophe Castaner (secrétaire d'état aux Relations avec le Parlement et patron du parti présidentiel, LRM), qui ne ferait un bon maire que pour 41 % des Marseillais, au coude à coude avec Jean-Luc Mélenchon (LFI, 40 %) et Samia Ghali (PS, 38 %).

Le président de la Région, qui monte souvent au créneau, que ce soit sur les sujets d'économie, de transports, de politique nationale ce qui lui permet d'être très souvent visible et audible médiatiquement, reste donc dans la course pour la mairie de Marseille. Le sondage Elabe montre de fait que quelles que soient les têtes de liste se présentant au scrutin municipal, le candidat étiqueté Les Républicains arriverait en tête, que ce candidat soit Martine Vassal (à 44 %) ou Renaud Muselier (27,5 %). La présidente du Département réaliserait un score supérieur de 6,5 points à celui de l'actuel président de la région Sud Provence-Alpes-Côte d'Azur. Cela s'explique par un meilleur report de voix des électeurs de François Fillon (87 % contre 72 %) et d'Emmanuel Macron (35 % contre 17 %). Cette préférence pour Martine Vassal se confirme lorsque, invités à choisir le meilleur candidat LR, les sondés citent d'abord son nom avant celui du patron de la Région. Réalisé avant la déclaration officielle de Bruno Gilles, le sondage Elabe confirme le manque de notoriété du sénateur des Bouches-du-Rhône et patron départemental des Républicains, puisqu'à la question « Qui chez LR serait le meilleur candidat ? », son nom n'est cité en premier que par 14 % des interrogés.

Député des Bouches-du-Rhône, Jean-Luc Mélenchon est certes très connu des Marseillais - 96 % avouent le connaître au moins de nom - mais seuls 40 % d'entre eux considèrent qu'il ferait un bon maire de Marseille, signe qu'il ne rassemble pas toute la gauche. Samia Ghali, pour le PS, qui dispose pourtant d'une bonne image - et qui n'a pas vraiment caché son intérêt pour le scrutin municipal - ne fait pas mieux que Stéphane Ravier (RN) en cas de premier tour favorable aux Républicains. La sénatrice (socialiste) des Bouches-du-Rhône est créditée de 14,5 % des voix si Martine Vassal arrive en tête et de 16 % si c'est Renaud Muselier. Quant au conseiller régional et sénateur RN, il oscille, dans la même configuration, entre 15 % et 16,5 %.

Certes, ce sondage arrive très en amont de la vraie campagne, alors que les élections municipales ne sont prévues que fin mars 2020. Il reste encore plus de dix-huit mois pour que la bataille pour la mairie se dessine plus clairement. En se déclarant le premier, le sénateur LR Bruno Gilles a cependant ouvert les hostilités à droite et le climat politique sous le soleil de la Provence et le regard de la Bonne Mère risque de réserver encore bien des surprises. Ce sondage marseillais est aussi intéressant par ce qu'il nous dit de la France entière, alors qu'Emmanuel Macron est à la peine dans l'opinion. Pour les partis traditionnels, la messe n'est peut-être pas encore dite, et c'est aussi au niveau local que les stratégies politiques se jouent pour l'avenir. Marseille sera de ce point de vue une ville-test importante, au moins autant que la capitale, éternelle rivale.

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ANALYSE DE BERNARD SANANES*

Entre résultats étonnants et d'autres plus logiques, le fondateur de l'institut de sondage Elabe décrypte le climat marseillais politique actuel.

« Notre sondage montre que les Marseillais donnent clairement avantage à Martine Vassal même si Renaud Muselier n'est pas out. »

Pendant ce temps, Christophe Castaner surprend par une faible notoriété.

« Le fait de ne plus être porte-parole du gouvernement a gêné la progression de sa notoriété », analyse Bernard Sananes et le moment d'impopularité que vit actuellement l'exécutif le dessert également. « Une forte partie de l'électorat Macron ne le suit pas et voterait plutôt Vassal. »

La très bonne image de Jean-Claude Gaudin est évidemment le signe que « son avis comptera et qu'il a marqué la ville de son empreinte ». Le probable candidat du Rassemblement national, Stéphane Ravier, ne séduit « que » 70 % des sympathisants du parti présidé par Marine Le Pen, contre 90 % habituellement, dans ce type de configuration.

« Ce score montre que son image personnelle pose problème. Stéphane Ravier n'apparaît pas aujourd'hui comme une locomotive suffisante pour permettre au RN d'amplifier ses scores. » Même s'il bénéficie d'une bonne notoriété et s'il fait un score très correct, « Jean-Luc Mélenchon ne rassemble pas toute la gauche, notamment une bonne partie de l'électorat socialiste qui est tentée par Martine Vassal et qui ne voit visiblement pas le leader des Insoumis à la mairie. »

* Bernard Sananes est Président d'ELABE

MÉTHODOLOGIE

Un échantillon de 1 001 personnes représentatif des résidents de Marseille âgés de 18 ans et plus, sélectionnés selon la méthode des quotas appliquée aux variables sexe, âge, profession et arrondissements de l'interviewé, ont été intérrogés par téléphone du 6 au 12 septembre 2018.

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Commentaires
a écrit le 23/09/2018 à 1:14 :
Il faut une nouvelle majorité et éviter de se retrouver devant une situation à la Deferre où les différents héritiers se sont entretue et pendant ce temps la ville s'est endormie.
a écrit le 22/09/2018 à 11:00 :
Je pense que Martine Vassal ferait une excellente maire ,compétente
a écrit le 22/09/2018 à 8:42 :
Tous ces politiques déploient des ruses de sioux pour se faire élire, après ca fait pshiiiit!
a écrit le 21/09/2018 à 13:10 :
GAUDIN est comme CHIRAC à la fin de son mandat :
Agés et populaires parce qu'ils n'ont RIEN fait à part profiter des avantages de la fonction .Du coup , comme ils n'ont rien fait , pas ou très peu de mécontents .
a écrit le 21/09/2018 à 12:41 :
Quelque soit l'issue de ce scrutin pour la gouvernance de cette cite, les magouilles continueront. Quand le peuple de France va t-il comprendre que les vrais enjeux ne sont pas ces elections pipees ? On est en train de leur voler leurs libertes et ils paradent.
Pourquoi sont morts les Dantons et autres Desmoulins ?
Réponse de le 23/09/2018 à 17:03 :
Cher monsieur du matin calme .
MRS n'est pas la FRANCE , c'est un mélange de phéniciens , grecs, corses, italiens, arméniens,maghrébins .. bref le melting pot méditerranéen .
Demandez vous donc why aucun attentat n ' a eu lieu dans cette ville contrairement à Nice,Paris,New York, Trèbes ,Londres ...Ne savez vous point que la royauté qui a construit les forts St Jean et Nicolas y a posté des canons dirigés non vers la mer mais vers la ville ? Bien loin de SEOUL tout ça .
a écrit le 21/09/2018 à 11:03 :
Gérontocratie ! dehors tous ces vieux !
Réponse de le 21/09/2018 à 17:56 :
Dehors et en marche :

La recomposition est-elle définitivement actée? Un an et demi après les élections présidentielle et législatives, La République en marche s'est véritablement installée dans le paysage politique français. Mais le profil de ses sympathisants restait encore inconnu jusqu'à présent. C'est pourquoi la Fondation Jean Jaurès, dirigée par Gilles Finchelstein, a réalisé une étude à partir d'un panel électoral établi par l'institut Ipsos - dans le cadre de son partenariat avec le Centre de recherches de Sciences Po (Cevipof) et Le Monde .
Selon les conclusions de ces travaux, les macronistes seraient nettement plus riches que la moyenne des Français. En effet, la proportion de sympathisants LaREM qui gagnent plus de 3500 euros par mois se situe 12 points au-dessus de la moyenne (38% contre 26%). Un écart qui se retrouve à l'inverse - et dans quasiment les mêmes proportions - lorsque l'on se concentre sur ceux qui gagnent moins de 2000 euros par mois: ils sont 11 points en dessous de la moyenne (21% contre 32%).Ces données s'expliquent notamment par leur niveau d'étude et leur catégorie socioprofessionnelle. Il n'y a en effet que 17% d'employés et d'ouvriers chez les macronistes contre 27% dans le pays ; et 16% de cadres supérieurs contre 11% pour la moyenne des Français. Enfin, l'étude révèle que, contrairement à des idées reçues depuis la campagne, les sympathisants d'Emmanuel Macron ne sont pas plus jeunes ni particulièrement plus urbains. Les Français de plus de 64 ans qui soutiennent le chef de l'État sont 6 points de plus que la moyenne nationale
a écrit le 21/09/2018 à 11:02 :
Je ne suis pas le sujet particulièrement, mais ne peut-on penser que c'est l'éventuelle fusion au 2e tour de plusieurs listes qui amènera la victoire ?
... et dans ce cas, Christophe Castaner n'est-il pas le mieux placé pour faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre ?
Réponse de le 21/09/2018 à 16:36 :
Castaner jamais de la vie... car toute alliance avec Mélenchon, le PCF ou EELV est impossible pour en marche.

Par contre au vu de ce sondage à 1 an et demi des élections, une alliance PS-EELV-France Insoumise-PCF aurait toutes ces chances.
a écrit le 21/09/2018 à 9:02 :
En cette époque de néolibéralisme destructeur, touchant droite et gauche, distinguer encore les uns des autres avec cette vieille unité de mesure qui n'a plus grand sens actuellement n'est pas opportun.

Soit on a ceux qui ne voient que par la finance parce qu'elle seule fait de bons gros chèques, soit on est du côté de la société civile et donc de l'économie réelle accentuant ou orientant selon ses idées plus ou moins l'activité des salariés.

Trump est de droite donc pour tout le monde par exemple, je pense que cela ne prête à aucune confusion et pourtant il favorise le pouvoir d'achat et le travail en luttant contre le dumping social généré par les marchés financiers, pas par idéologie mais par rationalisme économique tandis qu'Obama qui se disait moins de droite lui n'a fait qu'alimenter les établissements financiers générant délocalisation de masse et dumping fiscal ravageurs.

Ensuite voilà quoi, mélenchon, muselier, castaner c'est bon ça va hein... -_-

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