Comme ailleurs, dans le vignoble nantais, les épisodes de gel du printemps sont dans toutes les mémoires. « Huit nuits de gel... » se souvient Vincent Lieubeau, vigneron à Château-Thébaud (44). La plus terrible fût celle du 12 avril où le mercure est descendu à -3°. « Avec beaucoup de pluie la veille... ». Une catastrophe.
Sur le domaine familial de 65 hectares tenu par les Lieubeau depuis six générations, les pertes devraient, cette année, atteindre 70%. Si les dommages n'ont pas été plus considérables, c'est grâce à l'investissement dans deux éoliennes de 30.000 euros chacune et l'allumage de feux. « On a réussi à sauver six hectares », souffle le vigneron, repreneur de l'exploitation familiale avec son frère, François et sa sœur, Marie, tous inquiets pour la pérennité de leur vignoble.
À vingt kilomètres de là, à Vallet, sur le domaine David & Duvallet, où vingt-cinq des trente-deux hectares de vignes bénéficient aussi de l'AOC Sèvre et Maine, Stéphane David estime que ces pertes s'élèveront cette année à 80%. « C'est la tendance, sur l'ensemble du vignoble, on dépasse les 85% », confirme Etienne Goulet, directeur régional de l'Institut Français des Vins (IFV).
Si le spectre de 1991, année devenue un étalon dans l'échelle du gel, hante toujours les viticulteurs, « l'évolution climatique, et en particulier l'élévation des températures, conduit à une avancée et un raccourcissement du cycle phénologique des plantes », explique Etienne Goulet. Autrement dit, la vigne démarre précocement et atteint sa maturité plus tôt.
« Cette année, au gré des fluctuations de température, elle a démarré deux ou trois fois. En puisant dans ses réserves, la plante s'affaiblit et va demander plus d'eau. Selon les estimations, le phénomène d'évapotranspiration devrait augmenter de +16% d'ici à 2030 et de +50% d'ici à 2070 », précise Thomas Chassaing, à la Chambre d'agriculture des Pays de la Loire.