Changement climatique et suppression des pesticides : la science invente la vigne du futur

ENTRETIEN - Didier Merdinoglu, directeur de recherche à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae), directeur de l'unité Santé de la vigne et qualité du vin à Colmar, détaille les enjeux du changement climatique que la vigne et détaille le programme de recherche qui aboutira aux cépages de demain, issus de croisement variétale, beaucoup plus résistants.

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Le pinot noir représente actuellement 38 % du vignoble planté en Champagne, devant le meunier (32 %) et le chardonnay (30 %).
Le pinot noir représente actuellement 38 % du vignoble planté en Champagne, devant le meunier (32 %) et le chardonnay (30 %). (Crédits : Olivier Mirguet)

LA TRIBUNE - Quels sont les effets du dérèglement climatique dans le vignoble en France, et particulièrement dans le Grand-Est ?

DIDIER MERDINOGLU - Le premier impact, c'est un raccourcissement du cycle de la vigne liée aux températures élevées. En Alsace, sur le riesling, on a gagné quatre semaines en moyenne sur quatre décennies. La conséquence, c'est une élévation de la richesse en sucre dans les jus, et donc de l'alcool dans le vin. L'autre impact, c'est la baisse de l'acidité, élément qui détermine l'impression de fraîcheur d'un vin.

Ces deux éléments font sortir certains vins de leur typicité. En Champagne, on n'en est pas là. Pour contrecarrer les excès potentiels, les Champenois récoltent plus tôt. Le réchauffement peut aussi avoir un effet bénéfique sur le vin : on n'a plus de problème pour atteindre les conditions de maturité du raisin, notamment en région septentrionale.

Quel est l'état sanitaire de la vigne ?

Je ne pense pas que le dérèglement climatique ait globalement détérioré la situation sanitaire. Mais les stress thermiques peuvent favoriser des maladies de dépérissement liés à des pathogènes du bois, comme dans la forêt. Le mildiou aime les alternances d'humidité et de chaleur. Les viticulteurs bio ont moins de moyens disponibles pour lutter contre la prolifération contre ce champignon qu'on a vu proliférer cet été.

Quels programmes de recherche avez-vous établis pour mettre au point de nouveaux cépages qui résistent à ces pathogènes ?

A l'Inrae, notre programme Resdur (Résistance Durable) a pour objectif de créer et de caractériser de nouvelles variétés de raisin, du point de vue agronomique et œnologique. Ces nouvelles variétés sont obtenues par croisement de cépages cultivés traditionnels et d'espèces sauvages de vigne. Les premiers apportent des caractères œnologiques de qualité du vin, les secondes apportent des éléments de résistance.

Comment obtient-on ces croisements ?

Il ne s'agit pas de technologies modernes. De tels croisements s'opéraient déjà il y a cent ans. La fleur de vigne est hermaphrodite. L'élément femelle est constitué par le pistil, et l'élément mâle par les anthères. Il suffit de prélever le pollen contenu dans les anthères, de l'apporter sur le pistil d'une autre plante pour la féconder et réaliser le croisement. On obtient des centaines, voire des milliers de pépins issus du croisement des deux parents. Nos marqueurs moléculaires permettent de savoir si les facteurs de résistance recherchés sont bien présents.

La plante subit ensuite une première étape d'évaluation dans le vignoble : trois ans avant d'obtenir la fructification, suivis de trois années de micro-vinification. Les meilleures variétés candidates font alors l'objet d'une nouvelle série d'essais, avec un schéma similaire. C'est un process long qui dure au total une quinzaine d'années.

Vos chercheurs ont mené il y a quelques années des essais sur des porte-greffes génétiquement modifiés. En août 2010, des militants anti-OGM étaient venus arracher votre parcelle expérimentale à Colmar. Avez-vous repris ces recherches ?

Pour les recherches auxquelles vous faites référence, les travaux ont été arrêtés suite à l'arrachage. Ils n'ont pas été repris et il n'y a aucun projet pour les reprendre. Le programme Resdur n'a rien à voir avec ces essais sur des porte-greffes génétiquement modifiés.

Quelles nouvelles variétés avez-vous obtenues avec le programme Resdur ?

Nous avons créé quatre nouvelles variétés. Voltis et Floréal sont à raisins blancs. Vidoc et Artaban sont des variétés rouges. Elles permettent de réduire de façon drastique le recours aux produits phytosanitaires. Une trentaines d'autres variétés devraient suivre au cours des cinq prochaines années.

Avez-vous entrepris leur culture à grande échelle ?

Nos quatre premières variétés sont déjà diffusées par les pépiniéristes. Environ 600 hectares ont déjà été plantés par des viticulteurs. De nouvelles variétés vont sortir d'ici 2026. Des expérimentations sont également menées par des organismes de défense et de gestion de la filière viti-vinicole afin d'intégrer les variétés résistantes dans leur cahier des charges d'AOC.

En AOC, ces nouvelles variétés dites "d'intérêt à fin d'adaptation" ne sont permises que sur 5 % de l'encépagement des exploitations. Elles sont obligatoirement assemblées, dans la limite de 10 % de l'assemblage final alors qu'elles peuvent être plantées librement dans les zones sans indication géographique.

Les consommateurs sont-ils prêts à accepter et à apprécier vos nouveaux cépages ?

Il est encore difficile de se prononcer sur ce point. Des études sont en cours. Nous ne sommes qu'un laboratoire de recherche. Nous proposons des solutions qui peuvent être intéressantes en termes d'adaptation au changement climatique et de réduction des pesticides. Sur les traitements sanitaires, elles permettent d'économiser chaque année jusqu'à 800 euros par hectare. Même si elles peuvent rendre de grands services à la viticulture, je n'ai pas de vision précise quant à l'avenir de ces nouvelles variétés. C'est à la profession de s'en saisir.

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Commentaires 2
à écrit le 13/11/2021 à 9:25
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Descendant de viticulteurs angevins, il y a plusieurs années que je signale ce désastre quand j'ai vu la vigne remonter au nord de la frontière naturelle de la Loire, le meilleur coteau du layon de l'année faut le chercher dans les côteaux du loir, 7...

à écrit le 08/11/2021 à 8:02
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Oui aux OGM vu que le secteur est incapable de penser plus loin que le bout de son nez mais non aux OGM qu'il faut traiter, l'intérêt de ce type de semences devrait être d'abord et avant tout d'avoir à se passer de tous les produits chimiques sinon c...

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