Vin : Weenat, cette startup qui prédit les épisodes de gel pour chaque parcelle

Six mois après l’acquisition de Weather Measures, acteur majeur de la météorologie spatialisée pour le secteur agricole, le spécialiste de l’agronomie de précision Weenat lance Weefrost : un outil, basé sur l’intelligence artificielle, capable d’affiner les prévisions de gel à la parcelle sur 4 jours. Une solution pour aider les arboriculteurs et les viticulteurs à engager ou non les moyens appropriés pour lutter contre les épisodes de gel printanier à répétition.

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La solution prédictive déployée par Weenat aurait permis de diviser par deux le nombre d’erreur de précision de plus de 3°, d'être plus précis jusqu’à 30% sur les prévisions minimales et de prédire 70% des situations de gel quarante-heures à l’avance, contre 50% avec les prévisions météo classiques. Ce qui a permis aux viticulteurs de choisir et d'adapter leurs moyens de lutte, selon les lieux.
La solution prédictive déployée par Weenat aurait permis de diviser par deux le nombre d’erreur de précision de plus de 3°, d'être plus précis jusqu’à 30% sur les prévisions minimales et de prédire 70% des situations de gel quarante-heures à l’avance, contre 50% avec les prévisions météo classiques. Ce qui a permis aux viticulteurs de choisir et d'adapter leurs moyens de lutte, selon les lieux. (Crédits : Weenat)

S'il y a bien longtemps que l'oreille n'est plus prêtée aux seules belles paroles des présentateurs Météo, le regard se porte aujourd'hui vers les données exhumées par les datas scientists et les relevés de Météo-France. Dans le monde d'après, là où les gels printaniers à répétition se font dévastateurs, le spécialiste de l'agronomie de précision Weenat vient de lancer Weefrost. Un outil basé sur l'intelligence artificielle pour enrichir et affiner les relevés fournis par Météo-France, concentrés sur de larges zones plus que sur des parcelles.

« Historiquement, on avait un coup de gel tous les trois ou cinq ans. Mais, depuis 2015, la tendance est plutôt annuelle, et même plusieurs fois par an. Or, avec le réchauffement climatique, la végétation bourgeonne plus tôt, et croise des épisodes de gel plus ou moins tardifs, qui fragilisent la plante. Si les prévisions ont beaucoup progressé ces vingt dernières années, elles ne sont pas encore à la hauteur des attentes des professionnels », rappelle Emmanuel Buisson, directeur Recherche et Innovation de Weenat, et co-fondateur de Weather Measures, spécialiste de la météorologie spatialisée, devenue en juin dernier, filiale de la startup nantaise Weenat. Un mariage entre ingénieurs et docteurs.

« Weenat a développé un réseau de capteurs connectés et d'interfaces vers les utilisateurs du secteur agricole, et nous, nous étions des spécialistes de la data et de l'utilisation d'algorithmes mathématiques pour valoriser les informations recueillies », explique l'instigateur de Weefrost, qui doit permettre aux viticulteurs et arboriculteurs de mieux prédire les risques de gel quatre jours à l'avance : « ou du moins de leur permettre de prendre des décisions en connaissance de cause. Et d'identifier vers quelles parcelles déployer les moyens de lutte car de toute façon, ils ne peuvent pas tout sauver », précise-t-il. Selon une étude statistique menée en interne, les prévisions classiques à J+2 se trompent en effet de 2°C en moyenne, avec des erreurs supérieures à 3°C dans 25% des cas. « Et le phénomène s'aggrave quand on s'intéresse aux situations de gel printanier. Pour une zone donnée, on constate en moyenne que près de 50% des situations de gel ne sont pas prévues par les modèles météo classiques, et que 22% des alertes de gel sont de fausses alertes », observe Emmanuel Buisson.

Bientôt deux milles stations connectées

Conçu sous la forme d'un modèle d'apprentissage, Weefrost s'appuie à la fois sur les données fournies par Météo-France pour les quatre prochains jours, et sur les données de stations de Météo-France ou des capteurs connectés de Weenat implantés sur le terrain pour collecter des informations de pluviométrie, température, humidité, vent, ensoleillement... L'historique de ces dernières permet de définir le microclimat d'un lieu et d'appliquer un correctif pour une zone d'un kilomètre.

« Pour rendre l'algorithme intelligent, il a fallu récupérer les données sur les deux derniers printemps, les nettoyer et calibrer pour obtenir de l'information objectivée. Obtenir une base de données propre, c'est la plus grande difficulté », reconnaît Emmanuel Buisson.

Le processus de Recherche & Développement a duré six mois. Il s'est concentré sur cinq cents des mille stations de Météo-France et des 5 à 6.000 capteurs connectés de Weenat déployés en France. Très rapidement, la solution Weefrost devrait s'appuyer sur deux mille points de collecte. Des prévisions de température minimale mieux adaptées à la réalité du terrain et une probabilité de gel ont, d'ores et déjà, été définis pour 0°, -1° et -3°.

gel printanier weefrost

L'enjeu des positions commerciales

Expérimenté au cours de la saison 2021 par le Groupe Grands Chais de France sur cinq vignobles français (Bordelais, de Bourgogne, d'Alsace, du Val de Loire et du Sud-Est) et la Maison Hennessy en Charente et Charente Maritime pour la saison 2021, le système de calcul de Weefrost aurait, selon les dirigeants de Weenat, déjà permis des gains significatifs.

 « Nous avons divisé par deux le nombre d'erreurs de précision de plus de 3°. Nous avons été plus précis jusqu'à 30% sur les prévisions minimales et prédit 70% des situations de gel quarante heures à l'avance, contre 50% avec les prévisions météo classiques », assurent-ils.

Le Groupe Grands Chais de France (chiffre d'affaires d'1,1 milliard d'euros) qui exploite 3.600 hectares à travers 70 domaines, a, depuis trois ans, investi dans une centaine de capteurs et stations pour acquérir des informations en temps réel. « Les alertes Météo-France nous fournissaient un maillage au kilomètre mais il nous manquait des informations sur des lieux précis, selon la topographie des parcelles  », indique Matthieu Grassin, responsable Propriétés et Vignobles du Groupe Grands Chais de France.

Par mail, dans l'immédiat, Weefrost a envoyé des informations deux fois par jour, toutes les douze heures. « Cette fois, les alertes de seuil de probabilité du niveau de gel, nous ont permis une réponse adaptée comme, par exemple, au Château du Cleray dans le Muscadet, où nous avons pu optimiser la mise en place des moyens de lutte comme les tours à vents ou les bougies selon les besoins. Et ça a plutôt bien fonctionné », dit-il, même si seulement 4 des 80 hectares du vignoble nantais ont pu être sauvés. « C'est mieux que rien », se résout-il. « L'enjeu n'est même plus seulement économique, le problème, c'est que faute de vin, on disparaît des linéaires et on perd nos positions commerciales. Et je ne parle même pas de la qualité du vin... Pour la première fois, l'ensemble du vignoble français et européen est touché.»

Et pas seulement le gel...

Pour tenter de contrer ce phénomène et se protéger des aléas climatiques, le groupe Grands Chais de France envisage un vaste plan d'investissement et de recherche et développement pour les cinq prochaines années.

« Nous allons déployer trente tours à vent dans le bordelais, autant en Bourgogne et en Provence, avec des installations mobiles quand c'est nécessaire », explique-t-il.

Des millions d'euros en perspective. Décidés pour les 3.600 hectares du groupe, ces investissements serviront aussi de laboratoire d'expérimentation pour les 6.000 hectares exploités par les nombreux producteurs qui fournissent en raisins les Grands chais de France. Un transfert de technologie, en somme, envers ceux qui sont confrontés à des investissements de quelques dizaines de milliers d'euros pour l'acquisition d'une tour à vent.

« Et le gel n'est pas le seul aléa climatique, la fréquence de vagues de chaleur devient elle aussi problématique », souligne Matthieu Grassin. Du grain à moudre pour Weenat, qui fournit des données spatialisées sur kilomètre (un hectare) et couvre 5 millions d'hectares en France. Partenaire d'une vingtaine de Chambres d'agriculture et présent chez une coopérative française sur deux, le spécialiste de l'agronomie de précision devrait étendre son offre Weefrost à des cultures spécialisées à haute valeur ajoutée comme l'olive, les amandes, les noisettes... ou le maraîchage. L'entreprise qui tend à se développer à l'international vers l'Espagne, l'Italie... ambitionne de doubler son chiffre d'affaires 2020 (2,5 millions d'euros) d'ici à 2025.

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