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Climat : comment Paris peut devenir en 2050 une capitale sans émissions

Photo de Dominique Pialot

Dominique Pialot

Publié le 15 mars 2017 à 15:10 - Mis à jour le 15 mars 2017 à 16:32

Le Quotidien Numérique

17 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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A l’occasion de la révision de son plan énergie climat, Anne Hidalgo et ses équipes ont mandaté des cabinets spécialisés pour étudier la faisabilité d’une capitale neutre en carbone au milieu du siècle. Verdict : c’est possible, à condition de changements drastiques des modes de vie mais aussi d’une gouvernance permettant de graver les objectifs parisiens dans le marbre et d’assurer leur cohérence avec ceux de son environnement.

Des JO neutres en carbone comme ceux que propose la candidature Paris 2024 n'ont rien d'un coup ponctuel ; ils préfigurent au contraire l'ambition affichée par la capitale française : devenir une ville neutre en carbone à l'horizon 2050.

C'est à l'occasion de la révision de son plan air-climat énergie incluant un plan d'action détaillé à 2030 et une vision à 2050, qui doit être soumis aux élus parisiens l'automne prochain, que la Ville de Paris s'est livrée à un exercice peu commun. Plus précisément, Anne Hidalgo et ses équipes ont fait plancher Elioth, un groupement constitué des cabinets Egis Conseil, Quattrolibri et Mana, pour explorer la faisabilité et les pistes d'un avenir sans émissions nettes de CO2. Conclusion de ce rapport intitulé « Paris change d'ère, vers la neutralité carbone en 2050 » : cet objectif est atteignable, mais il implique d'accélérer très nettement les efforts entamés ces dernières années. En effet, si Paris a déjà réduit ses émissions de 9% entre 2004 et 2014, la neutralité carbone en 2050 passe par une baisse drastique de 50% d'ici à 2030 et 80% d'ici à 2050. Alors que dans le même temps, la population parisienne devrait passer de 2,2 à 2,4 millions d'habitants...

Les calculs des consultants prennent en compte les émissions indirectes des Parisiens, notamment celles correspondant à la production et au transport des biens de consommation fabriqués ailleurs, y compris à l'étranger. En revanche, ça n'est pas le cas de leurs déplacements aériens, ni de ceux des nombreux touristes qu'accueille la capitale.

Faire feu de tout bois

Transport, bâtiment, alimentation, déchets... tous les postes d'émission de gaz à effet de serre sont passés en revue.

A tout seigneur, tout honneur, les transports (personnes et marchandises), qui pèsent aujourd'hui 50% des émissions totales de la capitale, feront l'objet de multiples évolutions destinées à diminuer de 75% leurs émissions : pour la mobilité, division par deux du parc de véhicules (600.000 aujourd'hui) en circulation ; taux d'occupation passant de 1,1 aujourd'hui à 2 personnes par véhicule ; multiplication des modes de transport partagés, des transports en commun et des motorisations électriques. Pour le fret, un accroissement très important du recours au fluvial (multiplié par cinq) et au ferroviaire.

En revanche, l'équipe actuelle se refuse toujours à envisager toute forme de péage urbain, une solution à laquelle elle préfère l'extension des zones à basses émissions (et restriction de circulation), jusqu'à l'A86 le cas échéant. Plus aucune voiture ne serait autorisée à circuler le weekend, et le boulevard périphérique serait transformé en boulevard urbain accueillant espaces verts, agriculture urbaine, logements mais aussi centres de tri et logistique ?

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Les résultats attendus passent également par une diminution des déplacements, notamment grâce à un développement important du télétravail qui va de pair avec la généralisation des lieux de travail partagés. Un partage qui devrait également se développer en matière d'habitat.

Afin d'abaisser des trois-quarts les émissions des bâtiments, le parc immobilier ferait l'objet d'un vaste plan de rénovation énergétique, qui concernerait pas moins de 75% des bâtiments. Seraient visés en priorité l'habitat social et les co-propriétés, qui traînent aujourd'hui les pieds en raison de complexités réglementaires en voie de simplification. Le développement de la construction bois permet aussi de séquestrer des émissions de CO2.

D'importants gisements d'économie se situent également dans l'assiette des Parisiens. En effet, associés au développement de l'agriculture urbaine sur 150 hectares et des circuits courts, des menus moins carnés, sans devenir totalement végétariens, permettraient d'abaisser de 70% ce poste qui représente aujourd'hui un cinquième des émissions parisiennes. Grâce à ces évolutions, ajoutées à une généralisation de l'économie circulaire, la quantité de déchets produits par habitant serait divisée par deux, passant de 500 à 220 kilos par an.

10.000 kilomètres carrés de forêts pour les émissions incompressibles

Evidemment, l'approvisionnement en énergie devrait se verdir radicalement. L'étude mentionne ainsi 20% des toits de Paris intra muros (soit six millions de mètres carrés) couverts de panneaux solaires, associés à des solutions de stockage et de réseaux intelligents. Contribuer au financement et à l'exploitation d'énergies renouvelables en dehors de ses murs permet même à la capitale de passer d'une baisse de -70% à -80% de ses émissions, Pour ce faire, il lui faut participer au développement de 20 GW de photovoltaïque (un tiers des capacités nationales prévues  dans le cadre du scénario central du scénario 100% renouvelable en 2050 de l'Ademe) et à l'installation de 15 GW d'éolien  (un sixième des capacités prévues selon le même scénario) .

Et ça n'est pas tout. L'étude estime qu'en poursuivant sur sa trajectoire actuelle, il faudrait 50.000 kilomètres carrés de forêts pour compenser les quelque 25,6 millions de tonnes d'équivalent CO2. En réduisant ses émissions de 80%, l'absorption de la part incompressible (5 millions de tonnes) permettant d'atteindre la neutralité carbone nécessiterait encore 10.000 kilomètres carrés de forêts, soit la superficie de l'Île-de-France...

Et c'est sans doute là l'un des points les plus épineux de cet ambitieux projet : comme l'a montré l'épisode des voies sur berges rive droite, Paris ne peut raisonner comme une île au milieu du désert. Depuis cette décision de la maire de Paris de fermer 1,3 kilomètre de cette voie rapide en septembre 2016, la Ville et la Région sont à couteaux tirés, même si les conférences de presse respectives de la présidente de la région Valérie Pécresse et de l'adjoint d'Anne Hidalgo aux transports Christophe Najdovski le 14 mars semblent montrer un apaisement dans ce feuilleton.

En revanche, la mutualisation de solutions avec d'autres villes au sein de réseaux tels que le C40 (qui regroupe les grandes villes les plus actives dans la lutte contre le changement climatique et dont Anne Hidalgo est l'actuelle présidente) sont un facteur d'accélération des progrès. D'autant plus lorsqu'elle se traduit par des actions communes telles que des commandes publiques pour des équipements plus performants, comme les véhicules électriques dédiés au ramassage des déchets.

L'imaginaire collectif plus puissant que la technologie

Plus que la technologie, la gouvernance est donc l'un des points essentiels du projet, d'autant plus que pas moins de cinq mandats électifs vont se succéder d'ici à l'échéance 2050.

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Et, plus que tout, l'adhésion des habitants à ce projet ambitieux. Sur ce point, l'étude insiste beaucoup sur l'importance d'un récit résonnant dans l'imaginaire collectif, ancré dans la culture et l'histoire de Paris et sur le caractère festif que devront revêtir les importants changements de comportements attendus des Parisiens. Et rappelle, manière de démontrer la faisabilité d'une telle évolution en un laps de temps si court, qu'il n'a pas fallu plus de 30 ans à la capitale française pour s'électrifier entre 1870 et 1900 et devenir la Ville Lumière...

Dominique Pialot

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