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RégionsSmart cities

Au Maroc, les villes intelligentes à l'épreuve de la régionalisation avancée

Abdelmalek Alaoui

Publié le 30 novembre 2015 à 07:00 - Mis à jour le 30 novembre 2015 à 17:22

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Avec la réforrme de la "régionalisation avancée" qui se met en place, les élus locaux ont désormais les moyens d'agir. Mais sauront-ils s'entendre ?

Depuis près de deux décennies, l'urbanisation croissante du Maroc a généré de nombreux défis pour les villes du royaume, poussant les pouvoirs publics et les acteurs associatifs à mettre au premier plan le débat crucial des villes intelligentes. Au cours des deux dernières années, cette conversation nationale autour du futur des cités semble avoir atteint un point de cristallisation qui a débouché sur un certain nombre d'initiatives totalement tournées vers la question de la gestion intelligente des villes, parmi lesquelles on peut citer le pôle de compétitivité e-madina (www.e-madina.org/) de Casablanca, dont l'objectif affiché est de « créer et animer un écosystème smart cities d'acteurs publics et privés ». Début octobre, le Maroc accueillait dans la ville balnéaire de Skhirate le second sommet des villes intelligentes d'Afrique du Nord, agora au sein de laquelle il fut beaucoup question d'environnement, proximité de la COP21 oblige.

Au-delà de ces initiatives - certes nécessaires pour la pédagogie de la transformation des villes - qu'en est-il réellement sur le plan opérationnel ? Disons-le d'emblée, de manière globale mais inégale, les villes marocaines s'appuient peu sur la technologie pour optimiser les grands sujets qui sont au coeur du concept de smart cities.

Des villes à deux vitesses de développement

Hormis la généralisation récente de la possibilité du règlement par Internet des factures d'eau et d'électricité, les Marocains et les environnements urbains dans lesquels ils évoluent ne disposent pas de services numériques qui permettraient de rendre la circulation plus fluide, l'éclairage public plus économique et la gestion des déchets optimale. De manière générale, le taux de congestion des grands centres urbains, Casablanca en tête, a plutôt eu tendance à progresser, créant de fait une entrave à l'émergence économique d'une cité qui se veut pourtant la porte d'entrée sur l'Afrique.

C'est là, bien entendu, le premier effet pervers de la croissance soutenue de ces dernières années, concentrée sur l'axe Casablanca-Rabat, et la résultante de la forte augmentation du nombre de véhicules en circulation, de l'ordre de 55 % en douze ans, comme le rappelait récemment l'expert Nidam Abdi. Or, selon le même auteur, l'enjeu pour le Maroc est de taille, à savoir l'articulation d'une « ambition afro-méditerranéenne de la ville intelligente ».

Au-delà de la formule - certes séduisante - il faut rappeler ici que le principal frein au développement de villes intelligentes au Maroc est notamment dû à la faiblesse du leadership local ces dernières années.

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S'appuyant le plus souvent sur des alliances hétéroclites issues d'une forte fragmentation politique, les maires et les présidents de région ont, au cours des quinze dernières années, régulièrement composé avec des conseils paralysés par la combinaison de la recherche du plus large consensus, compatibles avec la poursuite des agendas clientélistes. Cette conjonction de facteurs s'ajoute à la forte tradition centralisatrice du Maroc post-indépendant, et a contribué à créer des villes à deux vitesses. Ces dernières ont avancé au gré du rythme de leur gestion locale, puis ont connu des accélérations fortes autour de projets intégrés bénéficiant du soutien actif de Rabat.

Tanger-Med et Ouarzazate, réalisations symboliques

Plusieurs initiatives exemplaires sont en effet directement issues de la volonté du chef de l'État d'inscrire le développement des villes dans des temps plus longs, afin de les sortir de l'étroitesse de l'agenda local.

Parmi celles-ci, l'impact de la création du port de Tanger-Méditerranée sur les villes de TangerTétouan a été considérable en matière de redynamisation du tissu économique et de création des infrastructures. Jadis en retard sur le reste du pays, la région a renoué avec la croissance et s'inscrit désormais dans une dimension d'ouverture sur le reste du monde. De ce fait, ces villes ont vu leur vocation changer profondément : elles ne seront plus des récipiendaires de la solidarité nationale, mais des contributrices nettes au développement.

À Casablanca, l'intervention du pouvoir central est également considérée comme une initiative salvatrice dans plusieurs cas : résorption des bidonvilles, préservation de la médina historique et lancement du mégachantier intégré de Wessal Casablanca Port. Mais c'est au sud du Maroc que l'articulation vertueuse entre dynamisation économique, gestion intelligente de la ville et développement durable a vu le jour de la manière la plus emblématique. Le Maroc a en effet installé à proximité de la ville de Ouarzazate la plus grande centrale solaire du monde, Noor 1, qui devrait être inaugurée sous peu. Cette centrale, aussi étendue que la capitale Rabat, constitue un exemple d'inscription de l'action dans un temps long, puisque cette dernière devrait à terme contribuer à hauteur de 40 % aux besoins en énergie du Maroc, pays dépourvu de ressources en hydrocarbures. Au plan local, son impact est tout aussi énorme, permettant à une région qui ne vivait alors que du tourisme et de l'industrie cinématographique, de diversifier son tissu productif et d'offrir près de 1000 emplois directs.

Enfin, concernant les transports, la volonté de doter Casablanca et Rabat d'un tramway - devenu un vrai succès populaire après que nombre de commentateurs lui avaient promis un avenir funeste - est également à mettre au crédit d'une vision globale qui veut faire des cités marocaines des centres économiques.

Une nouvelle relation centre-périphérie

Toutefois, le fait que l'État central ait eu à se substituer à la faiblesse de la gestion locale au cours des décennies passées n'est pas sans poser un certain nombre de questions sur le rôle des acteurs locaux et leurs responsabilités.

C'est pourquoi, en parallèle de ces actions phares directement suivies par Rabat, le Maroc s'est engagé dans une démarche de décentralisation-déconcentration dans le cadre de la réforme constitutionnelle de 2011.

Cette réforme, dite de « la régionalisation avancée » constitue, à la fois sur le fond et la forme, une minirévolution qui a un impact direct sur le virage qui sera pris par les cités marocaines dans les années à venir. Les responsables locaux, désormais dotés de moyens et de pouvoirs beaucoup plus importants transférés par l'État, sont désormais à la croisée des chemins. À ce titre, il n'est pas anodin que la plupart d'entre eux se soient engouffrés dans la brèche des villes intelligentes, affirmant en faire l'une des priorités de leur action.

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Reste à trancher la question cruciale de l'émergence de nouvelles élites locales, qui aient à la fois l'envie et les capacités de porter ces projets. Les récentes élections locales ont semble-t-il apporté un début de réponse. Aux libéraux incombe désormais la gestion de la plupart des régions alors que le Parti islamiste de la justice et du développement (PJD) a ravi la plupart des mairies. Leur interaction conditionnera fortement le devenir des villes intelligentes au Maroc, les mettant à l'épreuve de la régionalisation avancée.

Abdelmalek Alaoui

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