Climat : haro sur les producteurs d'énergie fossile

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Peut-être sommes-nous impuissants face aux conglomérats d'État saoudiens ou algériens répertoriés sur la liste des vingt premiers responsables d'émissions constituée par Richard Heede, mais nous ne le sommes pas face aux Chevron, Exxon Mobil, BP, Shell ou Total qui figurent sur cette même liste.
Peut-être sommes-nous impuissants face aux conglomérats d'État saoudiens ou algériens répertoriés sur la liste des vingt premiers responsables d'émissions constituée par Richard Heede, mais nous ne le sommes pas face aux Chevron, Exxon Mobil, BP, Shell ou Total qui figurent sur cette même liste. (Crédits : REUTERS/Alessandro Garofalo)
A l'occasion du Forum Smart City du Grand Paris, organisé par La Tribune les 26, 27 et 28 novembre prochains à l'hôtel de ville de Paris, experts, politiques et industriels ont pris la parole dans un numéro spécial consacré à la ville intelligente. Pour Susan George, présidente d'honneur du mouvement altermondialiste Attac France, il incombe aux 90 principaux producteurs de combustibles fossiles, à l'origine de 63 % des émissions mondiales émises au cours des 156 dernières années, d'investir dans des sources d'énergie renouvelables.

La Banque mondiale établit des statistiques sur les gaz à effet de serre, notamment sur le nombre de tonnes théoriquement émises par individu dans chaque pays. Que nous apprennent ces chiffres sur la « responsabilité des citoyens » dans le dérèglement climatique ? Pas grand-chose. Les statistiques « par habitant » sont plus révélatrices des niveaux de richesse et de développement national, ainsi que des actions menées par les pouvoirs publics, que de la quantité d'énergie utilisée par le citoyen lambda au quotidien. Il est parfaitement exact que « chaque Chinois » émet aujourd'hui davantage de CO2 par an que chaque Français (6,7 tonnes pour le premier contre 5,2 tonnes pour le second). Ce qui ne signifie pas pour autant que le Chinois moyen mène un train de vie plus prospère que son homologue français, mais simplement que les Français ont opté très tôt pour l'énergie nucléaire - filière qui présente ses propres problèmes - et que l'Europe occidentale achète à présent à la Chine énormément d'articles qu'elle fabriquait auparavant elle-même.

Aujourd'hui dans le collimateur, la Chine est accusée d'être le premier pollueur au monde, à un niveau 1,7 fois supérieur à celui des États-Unis. Pourtant, non seulement les États-Unis consomment, eux aussi, de gigantesques quantités d'énergie « chinoise » pour la production de biens à destination du marché intérieur, mais leur population est quatre fois moins nombreuse que celle de la Chine. Et, à votre avis, quel est le pays présentant le plus fort taux d'émissions de gaz à effet de serre des 90 principaux producteurs de pétrole, de gaz, de charbon et de ciment, entre 1854 et 2010 ? La palme revient, non pas à la froide et sombre Suède, mais à un émirat chaud et ensoleillé, le Qatar, champion du monde avec 44 tonnes d'émissions par habitant, soit huit fois plus que la Suède. Non pas que les Qataris roulent tous en Porsche, mais leur industrie pétrolière rejette des émissions massives.


90 géants à l'origine de 63% des émissions

Un chercheur persévérant du nom de Richard Heede a comptabilisé la totalité des émissions de gaz à effet de serre des 90 principaux producteurs de pétrole, de gaz, de charbon et de ciment entre 1854 et 2010. À l'issue de ses travaux, qui ont porté sur 50 entreprises du secteur privé et 40 du secteur public, la Banque mondiale a conclu qu'à eux seuls, ces 90 géants sont à l'origine de 63 % des émissions mondiales émises au cours de ces cent cinquante-six années. Continuez donc, par tous les moyens, à réduire votre consommation d'énergie et votre empreinte écologique, autant et aussi vite que possible, mais ne laissez pas les véritables responsables du dérèglement climatique s'en tirer à bon compte en leur donnant carte blanche pour poursuivre leurs émissions massives de CO2.

Les citoyens doivent lutter contre le changement climatique en infléchissant l'action des pouvoirs publics et le comportement des entreprises. L'évolution vers une énergie propre serait éminemment bénéfique pour la santé et la prospérité, et créerait énormément d'emplois. Retrouvez, sur le site Coalitionclimat21. org, l'actualité de la COP21 et les actions que vous pouvez entreprendre, même si vous êtes loin de Paris. Cette coalition, qui regroupe plus de 130 organisations, estime que, pour sauver le climat et la planète, nous devons renoncer à utiliser 80 % de la totalité des combustibles fossiles en les laissant dans le sous-sol terrestre. Libre à vous de rejoindre l'organisation de votre choix pour agir en solidarité avec d'autres.

Reconsidérer les aspects de notre vie ensemble

Appelez au désengagement financier vis-à-vis de ces géants pollueurs. Peut-être sommes-nous impuissants face aux conglomérats d'État saoudiens ou algériens répertoriés sur la liste des vingt premiers responsables d'émissions constituée par Richard Heede, mais toujours est-il que nous ne le sommes pas face aux Chevron, Exxon Mobil, BP, Shell ou Total qui figurent sur cette même liste. Il faut que ces acteurs investissent dès à présent dans des sources d'énergie renouvelables pour amorcer un virage digne de ce nom. Le mouvement « Villes en transition » encourage les villes et agglomérations à réduire leurs budgets énergétiques tout en améliorant leur qualité de vie. Jusqu'ici, les actions les plus constructives ont pris naissance dans les villes, et non dans les États. Dans le monde d'aujourd'hui, plus de 50 % de la population est citadine, et il n'est nul besoin de résider dans une ville opulente pour parvenir à un optimum inoffensif pour le climat. Il nous appartient de reconsidérer tous les aspects de notre vie ensemble, de la cantine scolaire à la tour de bureaux, et le tour est joué ! Seuls des citoyens, des citoyens organisés, réussiront.

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