Ce 30 novembre, c'est jour de crise à l'Olympique lyonnais. L'entraîneur Fabio Grosso est débarqué. Pour succéder au champion du monde italien 2006, qui avait lui-même remplacé le champion du monde français 1998 Laurent Blanc, deux mois plus tôt, Lyon choisit un inconnu : Pierre Sage. À 44 ans, le directeur du centre de formation est envoyé au chevet d'une équipe en perdition, dernière de Ligue 1, un seul succès en treize matchs. Face aux joueurs, le nouvel arrivant plante le décor : « Je ne vais pas me présenter, leur dit-il. Ça ne sert à rien, je ne suis personne. »
Deux mois et cinq victoires plus tard, l'OL n'est pas sorti d'affaire, loin de là, mais Pierre Sage est devenu quelqu'un. Au moment d'accueillir l'Olympique de Marseille (20 h 45, Prime Video), son équipe est remontée à la 16e place, lisière de la zone rouge, et s'est hissée en 8e de finale de la Coupe de France. Son intérim s'est mué en CDD jusqu'au 30 juin. Le propriétaire américain, John Textor, ne cesse de louer ses compétences techniques de haut niveau alors que, longtemps, l'intéressé n'a été qu'un simple gardien de but amateur devenu éducateur de district dans l'Ain.
Face à cette trouvaille, la L1 est surprise. Mais partout en France, des éducateurs du foot d'en bas sont goguenards. Ils savaient. Pour eux, Pierre Sage représente l'expert absolu de la chose tactique. Une inspiration. Un mentor, même, pour certains. Julien Gourbeyre est le premier témoin et le dernier étonné par cette trajectoire. Il a fondé le magazine Vestiaires. Pendant près de dix ans, l'actuel coach lyonnais a été une signature de cette revue de référence pour les éducateurs, qui revendique 12 000 abonnés, « dont tout le gratin des entraîneurs pro », fait savoir son créateur.