Une église, une école, une mairie, une épicerie, 1 400 habitants et une vague dont la réputation dépasse désormais le cercle des surfeurs. Teahupoo, petit village sur la côte sud de Tahiti (Polynésie française), en plein cœur du Pacifique, s'apprête à accueillir les épreuves de surf de Paris 2024 (du 27 au 30 juillet). Un énorme coup de projecteur sur l'archipel, qui fut le berceau du horue, l'ancêtre du surf. « Avant, quand je disais que je venais de Tahiti, on me répondait : "Oh, de Bora Bora ?", sourit le surfeur local Kauli Vaast, 21 ans, qualifié pour les épreuves de cet été. Avec les Jeux, les gens connaissent désormais Teahupoo. »
Pour les hôteliers, les chauffeurs de taxi, les vendeurs de matériel ou encore les acteurs de l'immobilier, les retombées économiques sont estimées à 1 million d'euros. « C'est beaucoup pour les familles modestes du village, mais par rapport aux 4 milliards investis [le budget du Comité d'organisation (Cojop) est de 4,397 milliards d'euros], c'est relatif, nuance Astrid Drollet, secrétaire de l'association de défense de l'environnement Vai Ara o Teahupoo. Avait-on vraiment besoin de construire un village olympique temporaire de 3 000 mètres carrés, par exemple ? Ça nous semble démesuré pour quatre jours de compétition. » Pour le Cojop, ce choix est « l'opportunité d'associer les Outre-mer et leurs populations aux JO tout en valorisant la diversité et la richesse du patrimoine ».
Depuis qu'il a été choisi il y a quatre ans, le site est au cœur de tensions entre le gouvernement local, le comité d'organisation, les riverains et les associations écologistes. La construction de la nouvelle tour des juges, accusée de dégrader les fonds marins et de nuire à la biodiversité, est le principal point de crispation. Qui a atteint son paroxysme début décembre quand une barge a brisé du corail. Si bien que la question du maintien des épreuves s'est posée. « Tant qu'il y a la volonté et des solutions, il n'y a aucune raison de revenir dessus, y compris quand ça secoue un peu », estime le patron du Cojop, Tony Estanguet. Cette semaine, la fédération internationale (ISA) a proposé de se passer de la tour. « Un peu tard », a répondu le président de la Polynésie française, Moetai Brotherson. « Option déjà étudiée et écartée », a appuyé le Cojop.
Louise Le Borgne (avec Solen Cherrier)