ENJEUX. Presque deux ans après la signature d’un contrat de filière à Crolles (38), c’est à quelques kilomètres de là que la ministre Agnès Pannier-Runacher revient ce jeudi. Objectif : proposer de nouveaux axes structurants pour cette industrie, en rebondissant sur les enjeux de souveraineté rencontrés sur le terrain des semi-conducteurs. De quoi annoncer une rallonge au sein du plan France relance, voire de poser les premiers jalons de la succession du plan Nano 2022, qui arrive à échéance d'ici 24 mois ?Depuis quelques mois, les retards de production au sein de certaines usines (automobile, électronique, etc) s'accumulent. A commencer par l'explosion des ventes de matériel informatique suite au confinement, mais également l'arrivée des téléphones 5G, la production en yoyo de l'automobile -repartie plus fort que prévu-, ou encore l'interdiction pour Huawei de se fournir en matériaux aux États-Unis et la bataille qui en a résulté avec la Chine... Cette série de facteurs a eu pour effet de provoquer une forte pression sur le marché des semi-conducteurs, et notamment sur la fourniture des composants.
À tel point que la dépendance envers des circuits de production, en grande partie hors des frontières de l'UE, a fini par inquiéter le gouvernement français. Récemment, le ministre des finances Bruno le Maire ainsi que le commissaire européen au marché intérieur Thierry Breton avaient d'ailleurs réaffirmé que la dépendance l'industrie automobile européenne vis-à-vis de l'Asie était « excessive » et « inacceptable ».
De quoi remettre une quinzaine de pays européens, dont la France et l'Allemagne, autour de la table, pour unir leurs forces et défendre leur souveraineté en matière de production, et leurs champions « locaux », tels que le franco-italien STMicroelectronics, le néerlandais NXP, l'allemand Infineon, mais aussi le Soitec. Car l'isérois -qui affiche une croissance de 30% cette année et annonce la création de 100 emplois en 2021- se situe à la naissance même de cette chaîne, fournissant une grande partie des substrats avancés entrant dans la composition des smartphones ou encore des antennes 5G.
En décembre, ces pays avaient annoncé la préparation d'une « alliance industrielle » européenne, visant à renforcer les capacités de production des puces les plus stratégiques. Avec à la clé, une enveloppe de 20 à 30 milliards d'euros qui demeurerait à trouver. Car l'industrie des semi-conducteurs se caractérise aussi par un fort appétit en matière d'investissements pour demeurer dans la course à l'innovation et à la miniaturisation des puces : dans ce domaine, jusqu'à une dizaine de milliards de dollars peuvent être nécessaires pour bâtir des fonderies de dernière génération.